DOSSIER

Les allergènes respiratoires et cutanés sont très présents dans les salons de coiffure. C’est pourquoi le centre de formation des apprentis (CFA) du lycée Anne-Veaute de Castres met à la disposition des élèves des équipements réduisant l’exposition aux allergènes. Le CFA met aussi les bouchées doubles sur la formation de ses apprentis qui seront les employeurs de demain aux risques professionnels.

L’usage systématique des gants est enseigné aux apprentis coiffeurs. Mais aussi les consignes d’hygiène qui accompagnent l’usage de ces protections.<br/>

L’usage systématique des gants est enseigné aux apprentis coiffeurs. Mais aussi les consignes d’hygiène qui accompagnent l’usage de ces protections.

Une douzaine d’élèves de deuxième année de brevet professionnel se retrouvent dans le salon de coiffure du lycée Anne-Veaute, en centre-ville de Castres, dans le Tarn. Ils sont tous en apprentissage : trois jours dans des salons de coiffure des environs et deux jours par semaine dans le centre de formation des apprentis (CFA) de l’établissement. Dans le salon de coiffure de 85 m2, les apprentis suivent les cours de pratique dispensés par Éliane Garric afin de perfectionner leurs gestes sur des modèles d’autres élèves du cours ou des enseignants du lycée.

De nombreuses techniques mettent en œuvre des produits contenant des substances allergisantes ou des irritants pour la peau ou les voies respiratoires. Pour beaucoup de ces apprentis, la coiffure est une vocation : pas question qu’une allergie ou une autre maladie professionnelle vienne mettre un terme à leur parcours.

Lorsque le salon a été refait à neuf, il y a quatre ans, un matériel intégrant la prévention des risques professionnels a été mis à la disposition des salariés (lire l’encadré ci-dessous). À la demande de l’enseignante et afin de limiter l’inhalation d’allergènes et d’irritants, deux postes ont été équipés d’un système de captage à la source. Des embouts sphériques transparents sont ainsi fixés à des bras amovibles reliés à une aspiration centralisée, avec rejet à l’extérieur. Ils sont utilisés pour toutes les techniques nécessitant des produits chimiques : colorations, décolorations, permanentes, lissages.

MONIQUE LANGLOIS, ENSEIGNANTE EN PREVENTION, SANTE, ENVIRONNEMENT (PSE)

« La PSE (prévention, santé, environnement) est une matière obligatoire dans tous les CAP et fait partie de l’examen final de ce diplôme. Concernant les risques professionnels, nous expliquons aux apprentis le fonctionnement du réseau prévention, et notamment le rôle des acteurs locaux la Carsat et les services de santé au travail. Nous leur enseignons aussi à trouver des solutions face à une situation à risque, que nous adaptons donc à la profession à laquelle ils se destinent : en coiffure, nous approfondissons les risques chimiques et de TMS. En brevet, c’est le cadre organisationnel et réglementaire de l’activité qui est enseigné, et aussi sujet à examen. Les lauréats de ce diplôme peuvent en effet ouvrir leur propre salon de coiffure et devenir chef d’entreprise. Nous y abordons notamment l’obligation du document unique et la réglementation relative aux produits cosmétiques. »

« Cela a été possible grâce au financement de la région Midi-Pyrénées », explique Éliane Garric. Un projet piloté par Léonard Pastore, alors chef de travaux de l’établissement. Pour les aspects techniques, il avait demandé conseil à la Carsat Midi-Pyrénées avant de choisir et d’installer la ventilation appropriée. « Cette installation ne me gêne pas pour travailler », estime pour sa part Maxine Cabrol, une apprentie. « On peut déplacer le bras articulé », apprécie sa camarade Clémence Duhamel. Pour la plupart des élèves, les salons où ils travaillent dans le cadre de leur alternance ne sont pas équipés de système de captage. Cependant, certains d’entre eux le ressentent comme une gêne dans leurs gestes ou dans leur relation avec le client.

Le matériel du CFA vise aussi à limiter les expositions cutanées. « Nous utilisons des ciseaux métalliques avec des anneaux plastifiés à l’intérieur, afin que la peau ne soit pas en contact avec les allergènes que ces outils de travail peuvent contenir », souligne Éliane Garric. Le nickel en particulier est une cause fréquente d’allergies cutanées.

Formation complémentaire

L’enseignement pratique est aussi une bonne occasion d’inculquer les bons réflexes de prévention en santé au travail, en complément de l’enseignement dédié à cette thématique. « Nous suivons certains élèves depuis leur première année de CAP, soit quatre ans », explique Éliane Garric. En fin d’année, les apprentis de la classe de brevet professionnel passeront les examens afin d’obtenir leur diplôme, obligatoire pour ouvrir un salon de coiffure… La plupart attendront toutefois plusieurs années avant de passer ce pas.

DES ÉQUIPEMENTS POUR PREVENIR L’APPARITION DES TMS

Les nouvelles installations du salon de coiffure du CFA prennent aussi en compte le risque de troubles musculosquelettiques. Les six bacs où sont réalisés les shampoings sont réglables en hauteur, afin que personne n’ait à se pencher, quelle que soit sa taille. Une douzaine de sièges de coupe pour les modèles, et autant de tabourets pour les apprentis, sont également réglables en hauteur. Des séchoirs plus légers remplacent progressivement les anciens (de 370 à 390 g au lieu de 450 g).

Depuis trois ans, les apprentis du lycée Anne-Veaute bénéficient d’une formation complémentaire dédiée au risque chimique dans les salons de coiffure. Cette formation, initiée par le service de santé au travail du Tarn, est dispensée aux nouveaux entrants du CFA. Les allergies y sont largement abordées : les substances les plus fréquemment rencontrées, les voies d’exposition, les moyens de prévention à mettre en œuvre…

En salon de coiffure, la plupart des tâches y compris le shampoing et le ménage nécessitent le port de gants, du fait de la présence d’allergènes et d’irritants cutanés présents dans les produits utilisés. « Au lycée, on nous martèle qu’il faut en mettre pour toutes les techniques, et même pour les shampoings », remarque Ludivine Ligeiro, une apprentie présente dans l’établissement depuis le CAP. « Il faut aussi faire attention à la matière des gants », précise Charline Childz, une autre apprentie.

« Nous mettons à la disposition des élèves des gants de différentes matières, étanches, à usage unique et non poudrés », souligne l’enseignante, Éliane Garric. La poudre peut en effet être la cause d’allergies. Bien informés sur l’utilisation des gants, les apprentis connaissent également les consignes d’hygiène pour éviter les irritations et les allergies. « Il ne faut surtout pas se laver les mains avec du shampoing, mais utiliser du savon. Et il faut bien les sécher avant de mettre les gants », détaille Maxine Cabrol. Des gants à usage unique sont aussi à disposition dans les salons où les apprentis travaillent. « C’est parfois moi qui rappelle à l’ordre la personne qui m’emploie, car elle n’en met pas toujours. Et elle apprécie », s’amuse Steven Tkaczyk.

REPÈRES

  • 190 apprentis en coiffure ont été formés par le service paritaire de santé au travail du Tarn, en trois ans. Cela a concerné quatre établissements du département.
  • Les produits capillaires (par exemple persulfates alcalins pour les produits de décoloration, colorants pour les teintures capillaires) sont le plus souvent en cause dans les allergies respiratoires et cutanées.

Katia Delaval

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