DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

La MSA Portes de Bretagne a mené dans les départements du Morbihan et de l’Ille-et-Vilaine une étude ergonomique sur la filière avicole.
Objectif : mieux connaître cette activité et les risques rencontrés par les éleveurs.

Travail & Sécurité. Pourquoi vous êtes-vous intéressés aux conditions de travail dans la filière des poulets de chair ?
Lucie Moreau,
conseillère en prévention des risques professionnels à la MSA Portes de Bretagne. Il y avait un besoin de mieux connaître l’activité de la filière avicole. La majorité des exploitations avicoles en France sont non spécialisées. Cette activité vient souvent en complément d’autres activités professionnelles, comme la production laitière, l’élevage, les cultures… Elle est dite secondaire. Cela reflète aussi une certaine instabilité de la filière. La filière avicole au début des années 2010 était donc peu visible en termes de maladies professionnelles et d’accidents du travail. C’est pourquoi nous avons commencé par chercher à mieux connaître les conditions de travail des éleveurs dans cette activité.

Comment avez-vous procédé pour mener cette étude ?
L. M.
L'étude a été menée par le service de santé au travail de la MSA (médecins, infirmiers, conseillers en prévention), soutenu par un cabinet extérieur. Il y a eu un premier temps d’observation des situations de travail. Un cycle d’élevage se décompose en plusieurs phases : la préparation (paillage, installation du matériel), l’arrivée des poussins, le suivi au quotidien, la pesée, l’enlèvement des poulets, la désinfection du bâtiment. Pour chaque temps, nous avons essayé de repérer les stratégies déployées par les éleveurs pour faire leur travail, de comprendre les pratiques mises en place et d’identifier les facteurs protégeant ou détériorant la santé. Puis nous avons souhaité faire se rencontrer des éleveurs pour qu’ils échangent directement entre eux. Nous avons convié six élevages deux labellisés, deux standard, deux en vente directe. À partir de leurs expériences, ils ont comparé leurs pratiques, se sont réinterrogés sur leur façon de faire, leurs stratégies construites avec le temps où les habitudes du quotidien prennent le pas. Ce temps d’échange est l’occasion de discerner des pistes d’amélioration. L’activité avicole est souvent perçue par les éleveurs eux-mêmes comme secondaire par rapport à leurs autres activités. Elle n’est donc pas prioritaire sur le plan de la charge physique.

DONNÉES CHIFFRÉES

  • 80 % des exploitations avicoles sont dites non spécialisées, l’élevage de volailles étant couplé à une ou plusieurs autres activités agricoles.
  • 76 % des aviculteurs ont plus de 40 ans : 34,4 % ont entre 40 et 49 ans et 41,6 % entre 50 et 59 ans.
  • 80 jours, c’est la durée moyenne d’un cycle d'élevage de type label. Un cycle d'élevage standard dure autour de 55 jours. La densité des sujets est de 11/m2 en label et de 23/m2 en standard.

Quel bilan avez-vous tiré de ces rencontres ?
L. M. Il est toujours intéressant de recueillir directement auprès des éleveurs leurs façons de faire. Cela a permis à chacun d’ouvrir son regard sur ses propres pratiques. Ces métiers appellent des compétences de plus en plus spécifiques et de plus en plus techniques, qu’il s’agisse de l’alimentation, de la gestion des températures, de l’hygrométrie... La question des manutentions est rapidement ressortie des échanges, ainsi que l’exposition aux poussières. L’organisation du travail a aussi fait l’objet d’échan­ges. À travers ces rencontres, on a pu constater que parler du travail et faire le lien avec la santé n’est pas toujours évident, mais que c’est essentiel pour faire évoluer sa pratique en se préservant.

Quelles suites ont été données à cette étude ?
L. M.
Nous avons publié des fiches qui présentent les constats sur les pratiques, apportent des aides ou des pistes pour organiser le travail aux différentes étapes d’un cycle d’élevage. Nous avons également organisé des journées de rencontres entre éleveurs. Toujours avec cette préoccupation de favoriser les échanges entre pairs. Ces rencontres, qui réunissent entre 10 et 15 professionnels, leur apportent dans un premier temps des informations théoriques sur la santé (biomécanique du dos, besoins de récupération, temps de repos…). Elles sont ensuite l’occasion d’échanger sur leurs pratiques, l’organisation du travail. 

REPÈRES

  • LE TRAVAIL de l’éleveur de poulets de chair : déterminants et impacts sur la santé, Caisse centrale MSA, référence 11981, 2018.
  • CONTEXTE et enjeux de la filière avicole, Caisse centrale MSA, référence 11982, 2018.
    Études disponibles sur www.ssa.msa.fr

Céline Ravallec

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