DOSSIER

Safran déploie une démarche ambitieuse d'introduction de l’ergonomie dans les projets de conception industrielle en lien avec l’usine du futur. Rencontre avec Jean-François Thibault, responsable du programme ergonomie à la direction développement durable du groupe, et Laurent Guisot, ingénieur ergonome rattaché au site de Seine-et-Marne.

Travail & Sécurité. Safran affiche sa volonté de mettre les ruptures technologiques au service de la performance autant que des conditions de travail. Quelle place occupe l’ergonomie dans les projets ?
Laurent Guisot.
Garant du « standard ergonomie Safran », j’ai pour mission de convaincre mes interlocuteurs que l’intégration de l’ergonomie à la conception de toute situation de travail – et non uniquement en correction – contribue à améliorer la santé et la sécurité au travail, mais aussi la performance. Nous sommes une vingtaine d’ergonomes au niveau du groupe et nous nous appuyons sur un réseau de correspondants opérationnels formés à l’ergonomie. Ceux-ci travaillent eux-mêmes en partenariat avec des acteurs de la prévention proches du terrain. Nous disposons d’outils, tels qu’une « check list ergonomie » et un guide pratique d’ergonomie en conception 

Comment cela se traduit-il ?
L. G.
L’activité réelle doit être au cœur des projets de conception. Le point de départ est donc l’analyse du travail de manière pluridisciplinaire, en impliquant les opérateurs. Elle est indispensable pour cerner leurs exigences et leurs contraintes et permet d’alimenter le cahier des charges. Pour Safran, l’industrie du futur doit être technique, numérique et innovante, mais surtout impliquer l’utilisateur final dans toutes les phases de conception.

Jean-François Thibault.L’ergonomie est un axe stratégique du projet Industrie du futur. Nous avons dans nos usines des problématiques classiques de manutentions manuelles, de postures, de charge de travail... Partant de ce constat, nous avons lancé, il y a trois ans, un axe majeur de développement de la robotique collaborative. La mise au point de ces machines, qui ne se substituent pas à l'homme mais travaillent avec lui, nécessite de penser à l'ergonomie de l'inter-action entre le cobot et l’utilisateur dès la conception, et d’évaluer les risques liés à la situation de travail dans sa globalité. Aujourd’hui, nous participons au Factory Lab du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, un consortium alliant recherche et développement grâce auquel nous travaillons sur de futures générations de cobots adaptés à des cas d’usage issus de nos ateliers. Des projets au long cours y sont menés. Nous avons également créé en interne une plate-forme de conception de robotique collaborative pour développer sur des temps plus courts – huit mois – des solutions spécifiques à certaines situations de travail.

Les opérateurs participent-ils au développement ?
J.-F. T.
Ils le sont à plusieurs niveaux. Nous utilisons dès les phases de conception des outils de réalité virtuelle pour simuler des scénarios d’activité. Pour aller plus loin, nous avons mis en place, avec le CEA, un démonstrateur permettant de tester à l’échelle 1, hors production dans l'environnement sécurisé d'un labo-ratoire, le nouveau poste de travail. L’opérateur est mis en situation avec le cobot et voit concrètement les questions qui peuvent se poser. La formation se poursuit en phase d’industrialisation, où le démonstrateur est installé sur site. Cette implication est essentielle pour prendre en compte la complexité des situations et accompagner la conduite du changement. 

ENTRE OPÉRATIONNELS ET CONCEPTEURS : FAIRE LE LIEN

D’importantes transitions industrielles sont en cours : déploiement de la robotique collaborative, arrivée d’outils de réalité virtuelle au poste de travail ou de technologies de réalité augmentée… Parfois, ces avancées sont à la main d’ingénieurs et concepteurs qui n’ont pas appris à prendre en compte l’humain. Or il est nécessaire de comprendre comment le besoin est ressenti sur les lignes et s’il n’est pas vécu comme une contrainte. La démarche ergonomique de Safran témoigne d’une volonté d’anticiper ces questions dès le lancement des projets. Sur tous les chantiers menés, la volonté est de mobiliser le plus grand nombre, faire du lien entre opérationnels et concepteurs afin que l’introduction de technologies poussées reste connectée au travail réel.

REPÈRES

Safran assure une présence nternationale dans les domaines de l'aéronautique, de l'espace et de la défense. Lancé en 2012, le programme ergonomie du groupe Safran porte ses fruits et a permis, au niveau mondial, de réduire de 30 % les accidents liés aux manutentions manuelles. 

Propos recueillis par G. B.

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