DOSSIER

L’entreprise Unikalo, spécialisée dans la fabrication de peinture pour le BTP, est concernée par l’exposition de ses salariés aux poussières. Dans le cadre de ses actions de prévention, elle a notamment installé des captages à la source des poudres entrant dans la composition de sa production.

Parallèlement à la problématique des poussières, tous les postes de travail ont fait l'objet de réflexions pour améliorer les conditions de travail. Ici, la cabine de dépotage et de reconditionnement équipée d'une aspiration horizontale.

Parallèlement à la problématique des poussières, tous les postes de travail ont fait l'objet de réflexions pour améliorer les conditions de travail. Ici, la cabine de dépotage et de reconditionnement équipée d'une aspiration horizontale.

L’une des pionnières de la peinture à l’eau, c’est elle. La société SCSO (Société des colorants du Sud-Ouest) a lancé en 1936 une gamme de peinture à l’eau, sous la marque Unikalo. Plus de 80 ans plus tard, elle conçoit et produit de la peinture pour les professionnels du BTP. Ses applications sont multiples, en extérieur et en intérieur : façades, métaux, boiseries, etc. Depuis son rachat en 1975 par Serge Pestourie, elle est restée dans le giron familial. Son petit-fils Romain en est l’actuel directeur industriel. Et c’est sous son impulsion que l’entreprise s’est emparée depuis une dizaine d’années des questions de santé et sécurité au travail.

L’usine de production, installée depuis 1988 à Mérignac, en Gironde, a ainsi fait l’objet ces dernières années d’aménagements pour améliorer les conditions de travail et limiter l’exposition du personnel aux substances chimiques. Et des réflexions sont en cours sur de nombreuses thématiques (lire l’encadré page suivante). Il s’agit de l’unique site de production de la marque. 70 personnes y travaillent, en deux équipes en 2 x 7.

En termes de risques professionnels, la maîtrise des émissions de poussières est une préoccupation permanente, à la fois pour la santé des salariés, pour la bonne marche du process et pour la sécurité du site. L’entreprise recense 385 références de matières premières essentiel­lement chimiques, pour la constitution de ses 225 références de peinture. « Le risque chimique est le plus présent dans notre activité, observe Julie Guyon, chef de projet QSE. L’évaluation des risques porte très majoritairement sur l’analyse des produits que nous employons. »

Dioxyde de titane

Une peinture est composée de cinq constituants : une résine (ou liant), des pigments, des solvants, des matières de charge (carbonate de calcium, talc…) et des adjuvants. Les pigments employés assurent la blancheur ou l’opacité d’un produit. Parmi eux, le dioxyde de titane (TiO2) est utilisé dans la composition des peintures comme agent blanchissant. Existant sous forme micrométrique et nano­métrique, il est classé depuis 2006 cancérogène possible chez l’homme (groupe B) par le Circ (Centre international de recherche sur le cancer). Et en 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) a proposé une classification comme cancérogène soupçonné (catégorie 2, par inhalation).

Conditionné dans des sacs de 25 kg, il se présente ici sous forme de poudre. Il est incorporé dans les peintures en étant versé dans de grandes cuves de fabrication. Les sacs sont éventrés manuel­lement au-dessus des grilles avec un système de dents contondantes, avant d’y être vidés. Pour limiter l’exposition des techniciens aux poussières, une aspiration à la source a été installée sur ces cuves.

Lors du versement, on n’observe aucune émission de poussières dans l’environnement de travail. « Je porte régulièrement un masque ici car je dois l'avoir encore à certains postes où j’interviens, en particulier quand il y a des solvants. Donc même avec l’aspiration à la source sur la cuve, je l’ai souvent sur moi », explique Mathieu Castet, un agent de fabrication. Néanmoins, une fois les sacs vidés, du fait des résidus de poudre qui subsistent sur les emballages, leur manipulation (rangement, pliage…) met en suspension des particules dans l’atmosphère de travail, ce qui nécessite le port du masque.

Le versement manuel dans des cuves du dioxyde de titane, substance potentiellement cancérogène utilisée en poudre dans la composition des peintures, est réalisé sans aucune émission de poussières grâce à un dispositif de captage à la source.

Le versement manuel dans des cuves du dioxyde de titane, substance potentiellement cancérogène utilisée en poudre dans la composition des peintures, est réalisé sans aucune émission de poussières grâce à un dispositif de captage à la source.

UN FABRICANT INDEPENDANT DE PEINTURE EN BATIMENT

Unikalo compte 560 collaborateurs sur toute la France. En 2001, l’entreprise a créé son propre réseau de distribution : elle possède 72 points de vente en propre, 80 magasins adhérents au réseau et une soixantaine de points de vente indépendants. Son activité de recherche et développement mobilise 21 personnes pour un budget de 1,5 million d’euros par an. Elle met au point en moyenne cinq innovations chaque année (nouvelle gamme, nouvelle formulation…). En 2008, elle a obtenu la certification Iso 14001. Sa production connaît une croissance très nette : de 13 000 tonnes produites en 2010, elle a frôlé les 30 000 tonnes en 2018, ce qui en fait le premier fabricant indépendant français de peinture en bâtiment. 94 % de son chiffre d’affaires est réalisé en France.

C’est là une phase potentiellement plus exposante pour les salariés, malgré la présence d’une aspiration générale qui renouvelle le volume d’air de l’atelier en une heure. L’entreprise s’est équipée, depuis le début de l’année, d’une cabine de soufflage de poussières. Encore en phase d’essai, il s’agit d’une douche d’air avec flux descendant dans laquelle ils viennent retirer les poussières présentes sur leurs combinaisons. Le dispositif doit encore démontrer son efficacité.

Onze purificateurs d’air sont répartis au plafond de la zone de production depuis deux ans pour capter les poussières en suspension. « Ces épurateurs viennent compléter le dispositif de captage à la source et de ventilation générale des locaux, observe Thierry Gardère, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine qui accompagne l’entreprise depuis une quinzaine d’années. Il subsiste en effet toujours une pollution résiduelle dans l’environnement de travail, due entre autres à la manipulation des sacs vides de matières premières. »

Vers une entreprise exemplaire

Si le dispositif apporte satisfaction, ces caissons sont en train d’être remplacés par ceux d’une autre marque, plus performants et plus pratiques en termes de maintenance. « L’entreprise a très bien structuré son service HSE, poursuit-il. Il y a eu un vrai changement de culture en interne. Aujourd’hui, dès qu’un projet relatif à un captage de polluants se monte, Unikalo fait appel à des compétences en externe pour trouver une solution et nous soumet ses plans pour aboutir à des résultats satisfaisants. Et si un prestataire ne convient plus, elle sait en changer. » Une cabine de ventilation horizontale a aussi été installée à la préparation des poudres. « Et l’entreprise fait procéder chaque année à une vérification périodique réglementaire de ses installations par une entreprise externe, chose relativement peu courante », souligne le contrôleur de sécurité.

« Notre objectif est de protéger nos salariés et d’avoir une entreprise exemplaire, résume Romain Pestourie. C’est quelque chose de très important pour nous, on veut y arriver. D’où l’importance d’avoir la Carsat à nos côtés. » La formation du personnel aux bonnes pratiques en matière de dispositifs d’aspiration des poussières et des liquides fait également partie des actions menées. « Beaucoup de rappels sont nécessaires au quotidien pour respecter les consignes, constate Julie Guyon, mais les pratiques s’améliorent. »

Et la substitution du dioxyde de titane serait-elle envisageable à terme ? « On utilise des extendeurs de titane pour réduire les quantités de TiO2 mais, pour l’heure, c’est un produit techniquement impossible à remplacer pour une efficacité équivalente », répond-elle. À travers toutes ces actions, Unikalo se prépare à anticiper les changements qui se profilent du fait de la croissance de sa production.

DES PISTES D’AMÉLIORATION MULTIPLES

L’entreprise Unikalo mène des réflexions sur divers fronts en matière d’amélioration des conditions de travail. Elle cherche à substituer les fractions de silice cristalline employées dans les composants de peinture à la production. Une étude est en cours en laboratoire. Elle doit fournir les premiers résultats sous peu. Un système d’asservissement du dispositif d’aspiration des poussières au niveau des cuves est prévu pour les semaines à venir. Lorsque la machine sera allumée, l’aspiration se mettra automatiquement en marche.
Une modernisation des cabines à ventilation horizontale au niveau de la zone de lavage des solvants est aussi prévue pour la rentrée. L’installation d’un système de captage à la source des effluents au niveau de la distillerie est également prévue pour la rentrée 2019. L'entreprise réfléchit également à des aménagements ergonomiques sur les postes où les manutentions manuelles restent présentes.

Céline Ravallec

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