DOSSIER

Le secteur de l’hôtellerie est très touché par la désinsertion professionnelle et peine à recruter. La prévention des risques professionnels, en particulier des TMS, constitue un levier d’action pour s’attaquer à ces deux problèmes.

Dans le secteur de l’hôtellerie, les postes de femmes et valets de chambre concentrent la majorité des risques professionnels.

Dans le secteur de l’hôtellerie, les postes de femmes et valets de chambre concentrent la majorité des risques professionnels.

L’hôtellerie en France, c’est plus de 21 000 établissements dans lesquels travaillent 187 000 salariés. « Avec 215 jours d’arrêts par maladie professionnelle et l’attribution d’une incapacité dans 40 % des cas, les salariés de l’hôtellerie sont particulièrement exposés à un risque de désinsertion professionnelle », souligne Christophe Ballue, contrôleur de sécurité à la Cramif. Au total, plus de 520 000 journées de travail ont été perdues en 2015 à la suite de maladies professionnelles ou d’accidents du travail. Une difficulté pour l’employeur qui vient s’ajouter à celles du recrutement et de la fidélisation des salariés. Après plusieurs mois difficiles, ce secteur, durement touché par les attentats, semble en phase de récupération, avec un nombre de nuitées en augmentation au dernier trimestre 2016.

Les troubles musculosquelettiques (TMS) constituent un risque majeur dans le secteur : en particulier pour les femmes et les valets de chambre, les équipiers, les bagagistes qui sont des postes avec de nombreuses manutentions, des gestes répétitifs et des postures contraignantes. Un risque qui est amplifié par le vieillissement de la population des salariés. « Les TMS sont la première cause d’absentéisme et de maladies professionnelles. À côté de ce risque principal, d’autres sont à prendre en compte, que l’on retrouve dans les petits comme les grands hôtels, soutient Christophe Bloquiau, médecin collaborateur depuis trois ans au Semsi, un service de santé au travail qui suit de nombreux hôtels à Paris. Le risque chimique par exemple, lié à l’utilisation de certains produits de nettoyage et d’entretien : une réflexion doit être menée pour substituer les plus dangereux. »

Le travail en horaires décalés ou de nuit est caractéristique de certains postes – réceptionniste, employé du service d’étage ou du bar… « Nous conseillons aux employeurs de garder une certaine régularité dans les horaires de ces salariés afin de limiter les troubles du sommeil et de l’alimentation (prise de poids, diabète, hypercholestérolémie), et nous donnons aux salariés des conseils d’hygiène de vie, poursuit le médecin. Par ailleurs, les risques psychosociaux sont en pleine progression dans l’hôtellerie, comme dans beaucoup d’autres secteurs. Les rythmes de travail soutenus et les contraintes de temps sont mis en avant par les salariés en souffrance. Ils peuvent être ponctuellement exacerbés par la désorganisation des équipes, liée aux arrêts de travail ou à des licenciements faisant suite à une baisse d’activité. »

Des formations à tous les étages

« De nombreux outils existent aujourd’hui pour aider les hôteliers à lutter contre les risques professionnels, améliorer la qualité de vie au travail et réduire la pénibilité du personnel, explique Christophe Ballue. Nous en avons identifié sept que nous avons regroupés dans “l’ErgoRoom”, une chambre qui montre qu’on peut intégrer la prévention tout en respectant les codes de l’hôtellerie : lève-lits, système de fixation des couettes, chariots motorisés, aspiration centralisée, outils téléscopiques pour lutter contre les TMS du personnel d’étage, logiciel de communication entre services pour faciliter l’organisation du travail et diminuer le stress, ou nettoyage vapeur pour supprimer le risque chimique… » Cette chambre-témoin a été présentée pour la première fois aux hôteliers lors du salon Équip’Hôtel, qui s’est tenu à Paris en novembre 2016. Elle est désormais dans les locaux de l'Umih Ile-de-France - l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) est la principale organisation professionnelle du secteur –, où elle est utilisée pour des formations.

SE FORMER À LA PRÉVENTION AVEC L’ERGOROOM

Lève-lit électrique, nettoyeur vapeur, aspiration centralisée, chariot motorisé… L’ErgoRoom est une chambre d’application intégrant toute une palette d’outils qui facilitent le travail du personnel d’étage, pour faire le lit et nettoyer la chambre. Elle a été conçue par un architecte d’intérieur, un collectif de sept entreprises fournissant ce type de matériel et la Cramif. Elle vise à concilier esthétique, confort du client et bien-être des salariés.

Aujourd’hui installée dans les locaux de l’Umih Ile-de-France, elle y accueille des stagiaires qui seront formés à ces nouvelles technologies par deux gouvernantes. « Nous ne formons pas uniquement le personnel d’étage et les gouvernantes, mais aussi les techniciens d’entretien qui vont être amenés à intervenir sur ces équipements, précise Ghislaine Le Pertel, gouvernante et formatrice. Ainsi que les réceptionnistes et les assistants d’exploitation afin qu’ils “vivent la vie” du personnel d’étage. »

« L’Umih-formation propose des formations en santé-sécurité au travail adaptées aux différents métiers de l’hôtellerie », explique Laurent Duc, président de la branche hôtelière de l’Umih. Des formations qui sont également proposées par l’Asforest, le centre de formation continue du Syndicat national des hôtels, restaurants, cafetiers, traiteurs (Synhorcat), membre du Groupement national des indépendants (GNI), une autre organisation professionnelle du secteur. « Le GNI a également développé pour ses adhérents un diagnostic pénibilité adapté à leur activité, indique Vincent Sitz, président de la commission emploi, formation et handicap du GNI. Pour l’hôtellerie, les postures les plus pénibles se rencontrent aux postes de femmes et valets de chambre. Des actions de prévention doivent être mises en place en priorité sur ces postes. Le GNI lancera un catalogue qui référencera tous les équipements pour réduire les risques professionnels dans les cafés, hôtels et restaurants : il sera diffusé auprès de nos adhérents très prochainement. »

Afin de lutter contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, une convention nationale d’objectifs (CNO) a été signée en août 2015 entre la CnamTS, d’une part, l’Umih et le GNI-Synhorcat, d’autre part. Elle permet aux hôtels de moins de 200 salariés d’obtenir des conseils et une aide financière dans la mise en place d’une stratégie de prévention des risques, à travers un contrat de prévention établi entre l’établissement et sa Caisse régionale. Elle est valable jusqu’au 30 août 2019. Outre le financement d’aides techniques, le contrat de prévention intègre la formation de l’employeur ou d’un référent sécurité au sein de l’établissement. « En plus des contrats de prévention, les hôtels de moins de 50 salariés peuvent aussi bénéficier des AFS TMS Pros diagnostic et TMS Pros actions », précise Christophe Ballue.

Un avenant vient d’étendre l’application de la CNO aux lycées hôteliers : ceux-ci pourront également bénéficier d’aides financières pour leurs salles de formation lors de l’investissement dans de nouveaux équipements intégrant la prévention des risques. Les futurs salariés de l’hôtellerie pourront ainsi s’approprier les outils de prévention dès le début de leur carrière.

CHIFFRES

● 45 % des accidents du travail sont liés à des manutentions manuelles.
● 35 % des accidents du travail sont liés à des chutes de plain-pied ou de hauteur.
● 11 % des accidents du travail sont liés à l’utilisation d’outillage à main.
● 98 % des maladies professionnelles sont des TMS.
(Source CnamTS, 2015)

Katia Delaval

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