DOSSIER

La méthanisation permet une valorisation biologique des déchets alimentaires : retour à la terre de la matière et production d’énergie. À Etampes, le site de Bionerval a intégré la prévention des risques professionnels dans cette activité, dès sa conception.

Les bacs à roulettes sont déchargés des camions sur une plate-forme et vidés dans le broyeur à l'aide d'un système à bascule identique à celui dont sont équipés les camions poubelles.

Les bacs à roulettes sont déchargés des camions sur une plate-forme et vidés dans le broyeur à l'aide d'un système à bascule identique à celui dont sont équipés les camions poubelles.

L’ECONOMIE CIRCULAIRE concerne aussi nos aliments. Les biodéchets qu'ils génèrent lors de leur fabrication par les restaurateurs ou les industries agroalimentaires (épluchures, produits non consommables…) peuvent être valorisés par la méthanisation. Un processus qui présente un triple intérêt : éviter une incinération qui relargue des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, favoriser le retour à la terre de la matière, permettant la fertilisation des sols cultivés, et produire de l’énergie verte.

La méthanisation est justement la spécialité de Bionerval, filiale du groupe Saria. Créée en 2006, cette entreprise emploie aujourd’hui une centaine de salariés sur ses différents sites. « La matière organique est dégradée en reproduisant le processus naturel de fermentation, grâce à l’utilisation de micro-organismes spécifiques », décrit Sébastien Dunet, directeur des sites franciliens. Ce procédé est décliné de manière industrielle sur les cinq méthaniseurs de Bionerval. Les risques professionnels associés sont de nature variée : troubles musculosquelettiques (TMS), risque biologique, risque de chutes de hauteur, risque incendie et explosion. Leur prévention a été intégrée dès la conception du site d’Étampes, dans l’Essonne, en 2010. Il a la capacité de prendre en charge 40 000 tonnes de biodéchets chaque année.

Les biodéchets, triés à la source, sont collectés chez plus de 500 clients. Différents types de contenants sont mis à leur disposition : bacs à roulettes de 120 ou 240 l, caisses palettes de 500 l... Chacun porte une étiquette avec un code identifiant l’origine des déchets. « Cette traçabilité rassure nos clients qui, en tant que producteurs de biodéchets, en sont responsables jusqu’à leur élimination ou leur valorisation, par épandage dans le cas de la méthanisation. Elle implique qu’il n’y ait pas de mélanges. Et cela limite aussi les manipulations, et donc le risque de TMS de nos opérateurs », souligne Pierre Landel, président de Bionerval.

Limiter le contact avec les biodéchets

Dans le hall de réception, une dizaine d’opérateurs s’occupent du déchargement des camions. Leur contenu est déchargé sur le quai, situé au niveau du chargement. Il s’agit de bacs à roulettes qui sont placés sur un système à bascule, similaire à celui équipant les camions poubelles. Les biodéchets qu’ils contiennent sont déversés automatiquement pour alimenter le broyeur. Pour les bacs de 500 l, les opérateurs sont au volant d'engins de manutention qui leur permettent de déverser leur contenu en ouvrant la trémie du broyeur. Quant aux déchets en vrac dans les camions, ils sont transvasés dans la trémie depuis les bennes. Tout a donc été conçu pour limiter les manutentions et le contact avec les biodéchets. Des protections contre les chutes de hauteur entourent la trémie. « Pour éviter les collisions entre les véhicules, les engins ne circulent qu’en l’absence de camions », explique Pierre Landel.

Les opérateurs récupèrent les contenants vides et les positionnent à l’envers sur un tunnel de lavage et de séchage, situé à quelques mètres de là. L’auto-matisation de cette étape, dès la conception du site, limite l’exposition des salariés au risque biologique. En sortie de tunnel, les opérateurs placent les contenants dans leurs zones de stockage respectives, avant qu'ils ne soient rapportés aux clients. Les biodéchets sont quant à eux broyés par une machine entièrement capotée pour confiner le risque biologique. La « soupe » produite est acheminée hors du bâtiment par des canalisations souterraines vers trois cuves d'hygiénisation, une étape obligatoire du traitement des biodéchets qui consiste à éliminer les micro-organismes pathogènes par chauffage à plus de 70° C pendant une heure.

Entièrement automatisé, le process se poursuit dans des cuves extérieures de plusieurs mètres de haut, contenant des micro-organismes spécifiques. « Seuls les deux salariés du site chargés des opérations de contrôle et de maintenance des installations interviennent régulièrement à leur niveau, depuis des plates-formes sécurisées contre les chutes de hauteur. L’accès aux équipements techniques se fait via des échelles à crinoline », souligne le directeur du site.

Des gaz à risque

Le process permet la formation du digestat et du biogaz. Le premier est stocké dans deux cuves en béton. Il sera ensuite chargé dans des camions pour être épandus sur des parcelles. Le biogaz est transformé en électricité et en chaleur par un générateur. Il est inflammable et potentiellement explosif. Les cuves qui le contiennent se situent dans des zones Atex. « Le périmètre de sécurité de ces zones est restreint car la pression y est très faible », note Sébastien Dunet.

Le biogaz est composé principalement de méthane et de CO2. Il contient à certaines étapes de l’hydrogène sulfuré (H2S), dont l’inhalation peut être mortelle. Tous les opérateurs sont donc équipés de détecteurs de gaz, qui se déclenchent en cas d’excès de méthane, d’H2S ou de monoxyde de carbone, ou en cas de quantité insuffisante d’oxygène. « Ils sont également équipés de dispositifs de détection alerte travailleurs isolés, de type talkie-walkie, rapporte Sébastien Dunet. Nous allons les remplacer par un système plus léger, une ceinture connectée, testée avec succès par les opérateurs du site. Elle présente aussi l’avantage de permettre de localiser le salarié en cas d’alerte. »

Dans le cadre de sa démarche d’amélioration continue des conditions de travail, l’entreprise a validé une liste de projets pour l’ensemble de ses sites. « L’accompagnement technique de la Cramif dans le choix des solutions les plus adaptées nous permettra de répondre au mieux aux enjeux de la prévention des risques professionnels », indique Sébastien Dunet. 

 

REPÈRES

Sur ses cinq sites français, Bionerval a pris en charge, en 2018, 245 000 tonnes de déchets organiques. Leur méthanisation a produit 220 000 tonnes de digestat, capable de fertiliser 30 000 ha de cultures, et 96 000 MWh d’énergie transformée en électricité et en chaleur.

LA MÉTHANISATION CHEZ BIONERVAL

La méthanisation des biodéchets produit du digestat, un fertilisant organique utilisé pour l’épandage sur des terres agricoles dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres du site Bionerval d’Étampes. 6 200 ha de terres agricoles épandues, remplaçant ainsi l’équivalent d’un millier de tonnes d’engrais chimiques. La méthanisation produit également du biogaz. Sur le site, deux cogénérateurs le transforment en électricité, injectée directement dans le réseau de transport d'électricité (RTE), et en chaleur. Plus de 18 000MWh sont produits, soit l’équivalent de la consommation annuelle moyenne de 4 000 foyers.La chaleur est quant à elle utilisée pour le chauffage des bureaux du site et dans le processus de traitement d’huiles alimentaires usagées de l’entreprise voisine, Oleo Recycling, qui appartient également au groupe Saria. 

EN SAVOIR PLUS

Méthanisation de déchets issus de l’élevage, de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Risques et prescriptions de sécurité. INRS, ED 6153.

À télécharger sur www.inrs.fr

UNE RÉGLEMENTATION POUR LE TRI A LA SOURCE ET LA VALORISATION DES BIODÉCHETS

© Guillaume J.Plisson pour l’INRSLa réglementation impose, aux entreprises qui produisent plus de 10 tonnes de déchets alimentaires par an, leur tri à la source suivi d’une valorisation biologique. « Cela concerne de nombreuses entreprises de restauration collectives et hors-foyer, notamment celles qui servent de 150 à 200 couverts par jour », note Pierre Landel. La réglementation prévoit que tous, y compris les particuliers, disposent d’une solution pratique de tri à la source de ces déchets avant 2025 afin qu’ils soient valorisés par méthanisation ou compostage.

Katia Delaval

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