DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

Le parc zoologique d’Amiens métropole s’emploie au quotidien à mettre en œuvre des actions pour prévenir les risques professionnels auprès des personnes travaillant au contact direct des animaux, et aussi plus largement auprès de toutes les catégories de personnel sur le site.

Le bâtiment des addax est conçu de façon qu'une porte ou une grille sépare toujours le personnel des animaux.

Le bâtiment des addax est conçu de façon qu'une porte ou une grille sépare toujours le personnel des animaux.

C’EST L’UN des rares parcs zoologiques urbains sur le territoire français. Le zoo d’Amiens métropole, dans la Somme, accueille 450 animaux de 105 espèces en pleine ville. Une dizaine d’entre elles sont identifiées comme dangereuses, parmi lesquelles les addax (une espèce d’antilopes), les casoars (une espèce de très grands oiseaux coureurs), les gibbons (une espèce de singes), les marabouts (très grands échassiers) ainsi que les deux tigres récemment arrivés. Les soigneurs animaliers constituent, avec le vétérinaire du parc, la catégorie de personnel la plus en contact direct avec les animaux. Agressions, morsures, griffures sont les risques auxquels ils sont le plus directement exposés.

Au nombre d’une quinzaine, les soigneurs sont répartis en trois équipes primates, herbivores, piscivores même si la plupart sont polyvalents. Après la réunion quotidienne à 10 h, Romain, l’un d’eux, part s’occuper des cinq addax et des six gazelles dorcas. Il vient leur ouvrir les portes pour qu'elles sortent dans leur enclos pour la journée. Les addax, ces antilopes d’Afrique aux cornes longilignes, peuvent s’avérer dangereuses si elles chargent. Selon une procédure bien définie, il enchaîne ouvertures et fermetures de portes, tout en restant toujours protégé. Le bâtiment est en effet conçu de façon que les soigneurs restent en permanence protégés, sans contact direct avec les animaux : une porte, une grille les sépare constamment. L’ouverture des portes, les couloirs de circulation, tout est conçu pour limiter le risque d’accident. Ce soir, il fera la manœuvre inverse pour les faire rentrer dans leurs box.

À 11 h puis à 15 h au bassin des otaries, Amandine réalise avec ses collègues une démonstration pour le public. Ici, elle se retrouve au contact direct des animaux. La sécurité se gère différemment. « On connaît bien chacune des otaries, on connaît leurs limites, on sait quand on doit s’arrêter, explique-t-elle. On vit avec le risque de morsure, même si elles n’agressent pas sans raison. D’où l’importance du travail d’apprentissage quotidien, qui permet d’avancer étape par étape, pour leur donner des repères et fixer les limites. » 

LA SÉCURITÉ ET LA SURETÉ

Outre l’accueil de 175 000 visiteurs par an, dont 35 000 scolaires, la localisation du zoo, en milieu urbain, induit une gestion particulière en matière de sécurité publique. Hors de question que des animaux s’échappent de leurs enclos, et plus encore du périmètre du parc pour se retrouver dans les rues avoisinantes. En ultime recours, 9 personnes sont formées à l’usage d’arme à feu et possèdent un permis de port d’armes d’abattage dans l’enceinte du parc. Plusieurs plans de secours sont définis selon les événements susceptibles de survenir et la nature du danger : rouge pour un animal dangereux échappé de son enclos, bleu pour un animal non dangereux échappé, blanc pour un accident de personne, marron pour un visiteur au comportement agressif, noir pour une menace collective. Les rôles de chacun sont définis pour chaque situation donnée.

Pour prévenir les zoonoses lors des contacts avec les animaux, des règlements de service sont définis. Le personnel est formé à la contention des animaux et le port d’EPI est imposé. Une soigneuse enceinte sera retirée d’une zone, selon le principe de précaution, si un risque de toxoplasmose se présente. Et, depuis l’été 2019, un vétérinaire est salarié du parc. Il s’agit d’une première pour cet établissement inauguré le 22 mai 1952. Sa fonction facilite le travail de veille sanitaire en interne.

Prêts à tout

« L’habitude est terrible, c’est le plus grand danger, décrit Christine Morrier, directrice du parc zoologique. Au contact d’animaux dangereux, une seconde d’inattention peut être lourde de conséquences. Mais les risques professionnels ne se limitent pas au contact des animaux. Un zoo présente un fonctionnement très particulier : on est comme dans un bateau, on dépend tous les uns des autres et ce, 365 jours par an. » Ce que confirme Laure Garrigues, responsable scientifique : « Le parc héberge de multiples métiers différents soigneurs, métalliers, jardiniers, agents de sécurité, vendeurs en boutique, personnel administratif… qui ont tous comme point commun le lien avec les animaux. Par exemple dans l’organisation des plans de secours, chacun peut être impacté (lire l’encadré page précédente). »

Le moindre événement peut en effet avoir des conséquences pour les 50 salariés du zoo. Tempête, inondation, incendie, braquage, vol d’animaux, prise d’otages, pollution, intrusion nocturne, visiteur imprudent, panne électrique… Tout doit être envisagé. « On se bat pour faire de la prévention au quotidien, on anticipe tous les risques que l’on identifie, mais ça se passe rarement comme prévu, il y a toujours des surprises », poursuit la directrice. La vie du parc a ainsi été ponctuée d’événements inattendus, comme la chute d’un arbre dans la volière des aras lors d’une tempête, ou la rupture à la base d’un poteau de 8 m qui menaçait de tomber dans l’enclos des gibbons. Un casoar échappé de son enclos a impliqué l’évacuation temporaire du parc.

« Dans ce secteur, il est obligatoire d’intégrer la sécurité à l’activité, les deux sont indissociables », observe Cyril Delaage, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Picardie. Tout le monde prend donc part à la sécurité. De multiples procédures obligatoires sont définies, par exemple un contrôle des clôtures a lieu tous les matins. Des procédures propres à chaque enclos existent par ailleurs. Des guides d’élevage définissent également les protocoles en fonction des animaux. « C’est un travail quotidien de s’assurer que les protocoles sont bien appliqués », observe Fanny Poncet, assistante de prévention du parc. Et au final, grâce à cette approche rigoureuse, les principaux accidents recensés demeurent bénins : chutes de plain-pied, coupures…

Ergonomie participative

Le zoo d’Amiens connaît actuellement une phase de rénovation avec un agrandissement de 7 à 8 ha de sa surface, la construction d’un nouvel enclos, le déplacement de l’entrée et la réorganisation de la boutique. Qu’il s’agisse des caisses, des salles pédagogiques, des espaces de restauration, c’est l’occasion de se questionner sur les aménagements pour éviter des erreurs de conception. À l’image du bassin des otaries par exemple, dont les locaux refaits en 1999 avaient une porte qui culminait à… 1,55 m de haut. Elle a été réaménagée depuis.

C’est pour éviter ce genre d’erreur, qui pénalise ensuite le quotidien des agents pendant des décennies, ou éviter des oublis comme les caniveaux pour évacuer des eaux de nettoyage, que des groupes de travail ont été constitués. Ils étudient les propositions de plans du maître d’œuvre. Ces groupes impliquent le personnel directement concerné : l’aménagement de la future salle pédagogique associe par exemple les animateurs, celui du secteur technique associe les jardiniers du parc. « Le temps de consultation de l’utilisateur premier est un exercice qui peut être difficile, mais qui est impératif, poursuit Christine Morrier. Faire appel à l’expérience des équipes animalières limite les erreurs ultérieures. » Tout ce travail en cours contribuera à faciliter les conditions de travail des actuelles et futures générations de personnel amenées à travailler au sein du parc zoologique. 

CHRISTINE MORRIER, DIRECTRICE DU PARC ZOOLOGIQUE

© Gaël Kerbaol/INRS/2019 « Un zoo est un lieu qui fonctionne grâce à la passion des gens et qui pâtit encore souvent d’une image fausse, de clichés anciens et d’une méconnaissance de l’activité. Peu de personnes ont conscience des contraintes de fonctionnement d’un tel lieu, qui a trois grandes missions : la conservation d’espèces menacées ou de milieux en périls, la contribution à la recherche scientifique, et l’éducation et la sensibilisation du public à l’environnement. Les zoos prennent part par exemple à la préservation d’espèces qui n’existent plus à l’état sauvage ou sont menacées. Or si nos métiers et nos missions ont beaucoup évolué ces dernières décennies, il arrive encore que certains nous accusent de faire du trafic d’animaux sauvages, sans savoir que la commercialisation ou la détention d’espèces non domestiques est interdite en France depuis 1976. »

Céline Ravallec

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