DOSSIER

LES MÉTIERS AU CONTACT DES ANIMAUX VIVANTS

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

Le plus souvent pratiquées par des passionnés, les professions qui s'exercent au contact des animaux vivants exposent à des risques professionnels divers, parmi lesquels les troubles musculosquelettiques, les risques biologiques, les risques physiques, le risque routier ou encore les risques psychosociaux. Des mesures de prévention au plus près des besoins sont déclinées.

Qu’ils soient domestiques, d’élevage ou sauvages en captivité, tous les animaux qui vivent auprès d’humains ont besoin d’une prise en charge, de soins et d’un suivi quotidien. Les professions qui s’exercent au contact d’animaux vivants sont multiples, tout autant que les contextes dans lesquels l’activité est réalisée. Vétérinaires, éleveurs, vendeurs en animalerie, soigneurs animaliers… La nature des métiers, le type d’animaux, leur nombre, les contextes de pratique (seul ou en équipe), les soins nécessaires sont autant de critères qui définissent les conditions de travail des personnels qui ont des activités au contact d’animaux vivants. Les activités relèvent pour certaines du régime général, pour d’autres du régime agricole.

Si les contextes de travail sont multiples, on retrouve des risques professionnels communs du fait de la proximité avec les animaux. Plus de la moitié des accidents recensés auprès des chefs d’exploitations agricoles, par exemple, surviennent dans des élevages. Et plus de 40 % des accidents mortels survenus dans des élevages bovins sur la période 2014-2016 ont eu lieu sans que l’animal soit forcément en cause. En premier lieu, le risque physique est le plus fréquemment rencontré.

Les manipulations et contentions sont à l’origine d’accidents dans les élevages, qu’ils soient bovins, ovins, équins, caprins ou porcins. Elles représentent par exemple près de 20 % des accidents dans les élevages bovins. D’autres activités, comme la distribution d’aliments, la conduite des animaux, les soins donnés, peuvent aussi être à l’origine d’accidents du travail. Les ports de charges et les manutentions répétées peuvent générer à la longue des troubles musculosquelettiques. La conception des locaux est par conséquent également une préoccupation importante à prendre en compte pour assurer des conditions de travail adaptées.

Un investissement personnel constant

Le risque biologique est aussi présent, à travers l’exposition au risque de zoonoses maladies transmissibles de l’animal à l’homme via des griffures, des morsures ou par la présence de poussières en suspension pouvant générer des allergies ou des irritations respiratoires. Le risque chimique peut également être rencontré, du fait de l’emploi de médicaments vétérinaires. Sans oublier le risque routier, à l’origine d’accidents, notamment dans le secteur agricole. Dans les zoos, les priorités en termes de prévention portent sur les risques de troubles musculosquelettiques, de chutes de plain-pied et de hauteur, ainsi que sur la prise en compte des risques liés ou majorés par le travail saisonnier et par la polyvalence et polycompétence des salariés.

ZOOM

Dans le cadre de son plan pluriannuel santé-sécurité au travail 2016-2020, la Mutualité sociale agricole (MSA) mène différentes actions de prévention et de formation. Auprès des centres équestres, sont par exemple mis en place trois types d’actions de formation déclinées sur tout le territoire : des cours avec la Fédération française de judo pour apprendre aux jockeys à tomber au sol ; des formations à une meilleure compréhension et connaissance du comportement du cheval sont mises en œuvre avec des éthologues ; enfin un entraînement physique et mental des cavaliers est organisé. La conception des espaces de travail fait également l’objet d’une attention particulière dans différents environnements professionnels comme les salles de traites, qui peuvent générer des troubles musculosquelettiques identifiés, ainsi que des accidents liés à la manipulation des animaux. Par ailleurs, une étude ergonomique est en cours avec l’Institut de l’élevage sur le travail du bouvier. Le projet Bouv’Innov est conduit pour outiller les acteurs maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre, services d’inspection vétérinaire, consultants (préventeurs, éthologues, ergonomes) impliqués dans des projets de conception ou de rénovation d’un abattoir.

Quelle que soit l’activité, tout est mis en œuvre pour que les animaux soient en bonne santé et évoluent dans un environnement non stressant. C’est la préoccupation numéro un. Car un seul individu malade peut compromettre la santé de l’ensemble de ses congénères, et jouer par conséquent sur les conditions de travail des professionnels. Les exigences en progression constante vis-à-vis du bien-être animal tendent à redéfinir également les pratiques des professionnels. « Penser au bien-être à la fois pour l’éleveur et pour l’animal que je préfère désigner sous le terme de bien-traitance pour ce qui concerne les animaux peut offrir une opportunité d’amélioration des conditions de travail des professionnels », estime Magalie Cayon, responsable du département prévention des risques professionnels à la MSA (Mutualité sociale agricole).

Un des dénominateurs communs à tous ces métiers est la passion. L’investissement personnel y est permanent, et les personnes ne comptent pas leurs heures. « L’ordre des vétérinaires impose la continuité des soins et nous sommes probablement les derniers professionnels à avoir cette contrainte personnelle 24 h/24, illustre Cécile Spinette, docteur vétérinaire. Pour ceux qui pratiquent seuls en cabinet sans possibilité de déléguer leurs gardes, la charge mentale du métier est très lourde. Je ne sais pas comment ils font, ça ne me paraît pas tenable dans la durée. » Par ailleurs, malgré la passion, le personnel dans ces métiers est de plus en plus mis à mal depuis quelques années, du fait d’une dégradation de leur image, d’un manque de reconnaissance et surtout d’une remise en cause du sens même de leur activité.

Les professionnels se retrouvent ainsi exposés à des insultes, des agressions verbales, voire physiques dans les cas les plus graves. Il arrive qu'ils soient accusés d’être maltraitants ou négligents envers les animaux dont ils ont la charge. À l’image de l’« agribashing » ambiant qui vise les agriculteurs et leurs pratiques, ou des opérations coup de poing menées envers certains abattoirs ou des boucheries, tout professionnel travaillant au contact d’animaux se retrouve de plus en plus exposé à ces risques.

Plus de 40 % des accidents mortels qui surviennent dans des élevages bovins ont eu lieu sans que l’animal soit en cause.

L’essor des réseaux sociaux, « qui stressent et rendent parano » décuple par ailleurs l’exposition à des critiques ou à des incivilités. Il s'agit d'une problématique à l’origine de risques psychosociaux évoquée de façon récurrente par les professionnels en contact avec les animaux vivants. Élevage bovin, parc zoologique, animalerie, la plupart des personnes exercant des activités présentées dans ce dossier sont confrontées à une perte de considération et à une montée de l’hostilité envers elles. « Ce climat hostile est entretenu par des associations antispécistes, véganes, qui nient le sens du travail des professionnels et le lien sensible, d’apprentissage mutuel et de coopération qui existe entre les hommes et les animaux », poursuit Magalie Cayon.

Des métiers mal aimés ?

Ces personnes visées vivent d’autant plus mal le fait d’être mises en cause dans leurs pratiques et leur bonne foi qu’elles s’impliquent pleinement. Lorsqu’elles travaillent seules, la violence ressentie est longue à être digérée. « On essaie de convaincre les personnes qu’elles ne sont pas visées personnellement », explique François Bailly, conseiller en prévention des risques professionnels à la MSA. Néanmoins, les traumatismes sont là. Travailler en équipe permet d’en parler et d’exercer une solidarité au sein des groupes. Mais même dans les équipes, les manageurs se retrouvent démunis face à ces situations.

« Nous avons davantage de risques d’avoir des personnes en arrêt maladie pour ce motif que pour des accidents du travail physiques », constate Nathalie Hibal-Faraon, responsable QSE des animaleries chez Truffaut. Ce phénomène émergent dans le secteur pouvant engendrer un profond mal-être va demander à tous les acteurs une prise en compte et une approche adaptées pour prévenir ce nouveau type de risques. n

EN SAVOIR PLUS

Céline Ravallec

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