DOSSIER

© Fabrice Dimier pour l’INRS

La plate-forme logistique d’Auchan, basée à Émerainville, mène depuis plusieurs années une politique de fond pour améliorer les conditions de travail.Des efforts qui portent leurs fruits et qui vont être exploités à l’occasion de la conception d’un nouvel entrepôt.

Les chariots de préparation à levée complémentaire ont été développés à la demande du groupe. Ils apportent des bénéfices indéniables en termes de postures de travail.

Les chariots de préparation à levée complémentaire ont été développés à la demande du groupe. Ils apportent des bénéfices indéniables en termes de postures de travail.

198 jours consécutifs. C’est la plus longue période sans accident du travail établie en 2012 sur l’entrepôt Auchan approvisionnements et logistique d’Émerainville, en Seine-et-Marne depuis la mise en place de la politique sécurité du groupe en 2010. Cette plate-forme alimente une cinquantaine de points de vente Auchan d'Île-de-France en produits de grande consommation : liquides, hygiène, parfumerie et entretien. Une centaine de personnes travaillent à l’exploitation, dont 20 % d’intérimaires. Parmi eux, de nombreux préparateurs de commandes. Or, un préparateur de commandes porte entre sept et huit tonnes de marchandises par jour.

L’attention de la direction s’est portée depuis plusieurs années sur les moyens de rendre le métier moins difficile, en particulier en agissant sur les manutentions manuelles. « Un de nos objectifs est notamment d’arriver à zéro palette manipulée par nos collaborateurs », explique Jérôme Mellerin, responsable d’activité du site. Un support en bois vide pèse à l’unité 25 kilogrammes. C’est pourquoi le site est le premier du groupe de grande distribution à s’être doté d’un dépileur de doubles palettes. Les préparateurs de commandes les retirent avec les fourches de leurs chariots, sans effort manuel.

Autre aide à la manutention : l’acquisition de dix chariots de préparation à levée complémentaire. Ces chariots qui emportent deux palettes ont des fourches permettant d’élever une seule des deux palettes lors de la préparation de commande. Ce système a été développé par le fabricant à la demande du groupe. Un gain indéniable en termes de postures de travail, qui met en pratique la volonté de maximiser les ports de charge à hauteur de la ceinture. Une action similaire, menée avec l’appui de la Cramif, a consisté à supprimer les doubles niveaux dans les racks et à mettre en place des rayonnages dynamiques pour les produits à faible rotation.


Point sécurité tous les matins

L’utilisation de robots de filmage tend également à se développer. « Mais ici, nous sommes contraints par l’espace, donc limités dans les possibilités d’implantation », explique Jérôme Mellerin. Actuellement, 35 % des palettes sont filmées par les robots. L’objectif est d’atteindre 90 %. En zone de transit, où les produits sont réexpédiés très rapidement après leur arrivée, le filmage de toutes les palettes se fait sur un temps très court. « Ces équipements ont un prix – 20 000 euros le dépalettiseur, 34 000 euros le couple de robots de filmage – mais c’est un parti pris de l’entreprise depuis longtemps d’investir dans la sécurité », commente Samuel Charrier, responsable logistique Ile-de-France.

CHIFFRES

● 11,8 km, c’est la distance moyenne parcourue à pied par un préparateur de commandes « transit » sur une journée de travail, dont la moitié avec des charges. Il traite en moyenne 1 000 colis par jour.
● 17 % du temps est consacré, en zone d’éclatement (ou de transit), à déplacer des palettes.
● 600 palettes expédiées par jour depuis la plate-forme d’Émerainville, soit 20 camions en chargement pour livrer 50 points de vente en Île-de-France. Elle reçoit quotidiennement une cinquantaine de camions, représentant 20 000 colis pour la préparation de commandes et 5 000 pour le transit.

Chaque équipe commence sa journée par un brief. L’occasion d’y aborder quotidiennement la sécurité. Des échauffements ont été instaurés aux prises de poste pour les équipes. Ils sont obligatoires depuis février, à la suite d’une série de trois accidents survenus en début de poste en décembre. « C’est un bon complément, mais ça ne vient pas en tête des actions de prévention que l’on conseille », témoigne Serge Lassus, contrôleur de sécurité à la Cramif. « Les accidents du travail surviennent souvent en série, observe Jérôme Mellerin. On peut n’avoir aucun accident sur une longue durée, et, sans raison particulière, plusieurs accidents se produisent sur un laps de temps très court. L’historique montre qu’il n’y a pas d’explication particulière, ce n’est par exemple pas lié à un surplus temporaire d’activité. »

Bilan de toute cette politique du groupe : le taux de fréquence national sur les plates-formes logistiques d’Auchan est de 43, contre un taux national dans le secteur d’activité de 80. Et le site d’Émerainville est à 48. « Ces résultats sont le fruit de plusieurs années de travail, d’investissements en matériel dans les entrepôts, de rappel des pratiques, explique Samuel Charrier. Mais toutes les actions de prévention doivent être réalimentées régulièrement car un essoufflement s’installe inévitablement à la longue. »


La conception des locaux en question

La capitalisation de toutes ces actions va être prise en compte dans le futur entrepôt de Serris, une commune voisine, dont l’ouverture est prévue pour 2015. Cette nouvelle plate-forme occupera une surface de 52 000  m2 dont 18 000  m2 exploités en propre par les équipes Auchan, qui quitteront l'entrepôt d’Émerainville, le reste par un prestataire de services. « La construction d'un nouveau bâtiment permet de faire des sauts en matière de consommation énergétique ainsi que sur les conditions de travail, décrit encore Samuel Charrier. Et également dans l’organisation de l’activité : la tendance actuelle est de remplir au maximum les camions pour qu’ils roulent moins au cours de leurs tournées avec comme objectif de réduire l’empreinte carbone de l’entreprise. »

PROJET PARTICIPATIF POUR LA FUTURE PLATE-FORME

La construction de la future plate-forme Auchan de Serris, en Seine-et-Marne, est en cours de lancement. Afin d’impliquer au maximum les salariés, six groupes de travail ont été formés : aménagements des bureaux, collecte sélective, communication interne et signalisation, restauration, flux et implantations, formation à la conduite de chariots élévateurs… Au total, une cinquantaine de salariés d’Émerainville se sont inscrits dans ces groupes de travail.

Ce projet a été l’occasion de réaliser une étude préalable approfondie sur la conception des locaux, afin d’optimiser l’implantation des robots de filmage ou des dépalettiseurs sur le site. Le retour d’expériences de la construction d’une autre plate-forme de l’enseigne ouverte l’année dernière, également dédiée aux produits de grande consommation, à Trappes, dans les Yvelines – la première plate-forme HQE du groupe – va à cet égard être largement exploité.

L’ensemble du parc de chariots va être renouvelé à l’occasion de ce déménagement. 100 % des chariots de préparation seront à levée complémentaire. Une formation des caristes aux nouveaux chariots élévateurs se fera sur la plate-forme de Trappes, pour les familiariser avec les nouveaux espaces. Ce projet va également intégrer un accompagnement des collaborateurs les plus anciens, pour les aider à se projeter dans leur nouvel espace de travail.

LABEL SÉCURITÉ

Depuis 2010, est mis en place au sein du groupe Auchan un label sécurité, élaboré avec le concours de tous les responsables de dépôts. L’objectif est d’aboutir à une année complète sans accident du travail (AT), en respectant 62 bonnes pratiques, réparties en cinq familles de critères : entrepôt, bureaux, suivi administratif, communication et management, extérieurs. Trois labels viennent récompenser les efforts en fonction des résultats obtenus : bronze (150 jours sans AT), argent (250 jours sans AT) et or (365 jours sans AT), et en étant conforme à 95 % des 62 bonnes pratiques.

Céline Ravallec

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