DOSSIER

Le développement de compétences en santé et sécurité au travail dans l’enseignement professionnel et supérieur doit permettre aux jeunes d’acquérir une culture de prévention avant même leur premier emploi. Il contribue également à la diffusion de celle-ci dans l’entreprise.

À partir des planches d’observation pédagogiques, les lycéens peuvent travailler sur le repérage de situations à risques.

À partir des planches d’observation pédagogiques, les lycéens peuvent travailler sur le repérage de situations à risques.

Les 18-24 ans ont près de deux fois plus d’accidents du travail que les autres salariés, selon la Caisse nationale d’assurance mala-die (Cnam). En revanche, une étude de l’INRS montre que les jeunes en formation professionnelle ont deux fois moins d’accidents du travail que les autres quand ils ont reçu un enseignement en santé et sécurité au travail (ES&ST) en formation initiale. Pour permettre l’intégration d’un tel enseignement dès la préparation des diplômes professionnels, mais également à l’université ou dans les écoles supérieures, la mobilisation de nombreux acteurs est indispensable.

Le réseau Assurance maladie-risques professionnels a engagé depuis plusieurs années un partenariat avec les pouvoirs publics, pour développer l’ES&ST dans les cursus de l’enseignement professionnel (lycées professionnels, centres de formation d’apprentis) et supérieur (écoles d’ingénieurs, écoles de management, universités). Pour l’enseignement professionnel, un accord cadre national et des déclinaisons régionales ont permis au ministère de l’Éducation nationale de déployer des actions  concrètes avec l’ensemble du personnel enseignant.

Ce partenariat repose sur plusieurs fondamentaux : l’intégration de la santé et de la sécurité au travail (S&ST) dans les référentiels des diplômes, la formation d’enseignants et formateurs – qui sont des maillons essentiels de la chaîne de démultiplication des enseignements jusqu’à l’élève –, l’élaboration de supports pédagogiques adaptés et la mise en œuvre de projets pédagogiques.

Une culture de prévention partagée

Chaque année, un million de jeunes suivent un cursus d’enseignement professionnel. La plupart des diplômes ont intégré des compétences en S&ST. L’ES&ST mobilise les enseignants de la matière prévention-santé-environnement (PSE), qui délivrent les bases en prévention, mais aussi les enseignants chargés de transmettre la compétence métier. L’enjeu : travailler ensemble.

FORMER POUR MIEUX PROTÉGER

D’après une étude épidémiologique de l’INRS, les jeunes préparant un diplôme professionnel qui reçoivent un enseignement en santé et sécurité au travail en formation initiale ont deux fois moins d’accidents du travail que les autres. Une approche globale, comme c’est majoritairement le cas, est préférable. « Plus de 30 % des postes occupés ne sont pas en adéquation avec la formation initiale et, en cours de carrière, les changements d’emploi sont fréquents », précise Stéphanie Boini, responsable d’études à l’INRS.

La mise en œuvre, pour les professeurs, d’une formation « enseigner la santé et sécurité au travail » va dans ce sens, celui du développement d’une culture de prévention partagée. « Les élèves et futurs salariés doivent faire le lien entre ce qu’ils apprennent en PSE et les situations de travail concrètes, précise Olivier Macaire, chargé de projet à l’INRS. Les enseignants formés à l’ES&ST vont les aider à analyser les risques présents dans une situation donnée, réfléchir sur la façon de se protéger et de proposer des mesures de prévention. »

Les outils pédagogiques développés par la branche AT-MP pour plusieurs secteurs d’activité les accompagnent sur le repérage de situations à risque. Ils peuvent aussi être utilisés à des fins d’observation en entreprise, lors de périodes de stages. « Un lien essentiel doit se nouer entre les enseignants et les tuteurs pour que ce temps en entreprise reste un temps de formation », insiste Frédéric Blin, coordinateur académique du dispositif ES&ST à l’académie de Caen.

Si l’enjeu est fort pour les élèves destinés à occuper des postes opérationnels, il l’est tout autant pour les futurs cadres, ingénieurs et managers, qui initieront les démarches de prévention dans les entreprises. Des organes tels que la Commission des titres d’ingénieurs ou la Conférence des grandes écoles participent à la sensibilisation de l’enseignement supérieur, constitué d’établissements autonomes.

Des écoles labélisées  

L’intégration de l’ES&ST dans les parcours de formation des ingénieurs et managers, futurs cadres et dirigeants d’entreprises, s’est établie autour des trois composantes du référentiel BES&ST, « Bases essentielles en santé et sécurité au travail » : repérer dans l’entreprise les enjeux humains, sociaux, économiques et juridiques de la santé et sécurité au travail ; intégrer la prévention des risques professionnels dans la gestion de ses activités et la conduite de ses projets ; et contribuer au management de la santé et sécurité au travail dans l’entreprise.

CHIFFRES

170 000

lycéens et apprentis sont formés sauveteurs secouristes du travail chaque année. Près de 20 000 obtiennent un certificat Prap (prévention des risques liés à l’activité physique).

2 000

professeurs de lycées professionnels et de CFA sont formés tous les ans aux compétences de base en prévention.

7 700

participants ont déjà suivi le dispositif de formation en ligne Mooc ImpAct, dont 4 800 étudiants et élèves en écoles d’ingénieurs. Le nombre d’inscrits a doublé entre 2014 et 2017.

Le label CNES&ST, délivré par le Conseil national pour l’enseignement en santé et sécurité au travail, récompense des démarches pédagogiques exemplaires. Neuf écoles, qui remplissent certains critères – dont la mise en œuvre du référentiel BES&ST – sont actuellement labellisées, avec un impact réel en termes d’image, auprès des jeunes comme des entreprises. D’autres doivent encore être entraînées par cette  dynamique.

C’est également pour les élèves ingénieurs et les ingénieurs que le dispositif de formation en ligne Mooc ImpAct a été conçu, en partenariat avec la Carsat Pays-de-la-Loire, des écoles du réseau Institut mines télécom et l’INRS. La formation vise à faire prendre conscience de l’impact des décisions de l’encadrement sur la santé et la sécurité au travail et immerge l’apprenant dans l’histoire d’une PME virtuelle après la survenue d’un accident grave. « Ce dispositif rencontre un certain succès auprès de l’enseignement supérieur, toujours en veille sur les nouvelles technologies, remarque Michel Bridot, responsable de formations à l’INRS. Le Mooc s’adresse également à des managers en poste et leur permet d’approfondir leur maîtrise de ces questions. »

D’autres démarches innovantes se mettent aujourd’hui en place. En 2017, un partenariat entre Kedge business school et la Carsat Sud-Est s’est noué autour d’un dispositif de formation hybride (distanciel-présentiel) sur la qualité de vie au travail. « Deux formations prototypes ont été proposées aux étudiants des mastères spécialisés Innovation santé et Management des structures d’action sociale et de santé, indique Claude Spano, directeur de l’Innovation hybride et de l’intelligence numérique de Kedge. À terme, on ambitionne un déploiement pour l’enseignement supérieur en management. La Carsat Sud-Est a financé un dispositif d’évaluation des apprenants sur leur perception en santé au travail avant la formation, à son issue, puis six mois après la prise de poste. » Un moyen de mesurer ce que ces enseignements produisent concrètement dans l’entreprise. 

CONNEXION AU REEL

« Les apprentis que nous formons doivent être en lien avec le monde du travail. » Ismael Menault, directeur général de l’École de Paris des métiers de la table s’est rapproché de la Cramif, lors du renouvellement de la chambre d’application du CFA : « Pour que les jeunes prennent les bonnes habitudes et ne souffrent pas d’un décalage lors de leur arrivée dans l’entreprise, nous avons créé un lieu d’activité répondant aux préconisations du secteur, avec des outils et un environnement de travail adaptés. »

Grégory Brasseur

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