DOSSIER

C’est une femme décidée et enjouée. Sa vie professionnelle est jalonnée de rebondissements. Avec au centre, toujours, la passion des êtres humains. Arrivée il y a un an à plein temps dans une tonnellerie qui travaille selon un mode artisanal, Chantal Villotta-Germain y occupe de multiples fonctions. Mais elle fait toujours la part belle à la santé et la sécurité au travail.

La santé et la sécurité au travail nécessitent de se pencher sur tous les acteurs et tous les risques.
<br/>© Rodolphe Escher pour l’INRS

La santé et la sécurité au travail nécessitent de se pencher sur tous les acteurs et tous les risques.
© Rodolphe Escher pour l’INRS

« J’ai eu un coup de foudre pour cette entreprise, ses équipes et ses dirigeants », avoue sans détour Chantal Villotta-Germain. Et manifestement, il était réciproque, puisque Vincent Darnajou, dirigeant de la tonnellerie qui porte son nom, installée en Gironde, ajoute : « Quand on trouve de belles personnes, il faut les garder. »

Le titre de la fonction que Chantal occupe depuis un an lui importait peu. « L’essentiel était que je puisse le décliner au féminin – on a opté pour responsable opérationnelle – et que j’aie des missions intéressantes. » Les missions, Chantal n’en manque pas : ressources humaines, formation, investissements, recrutement, prévention des risques professionnels… Mais elle est également proche du terrain car elle doit avoir un œil sur la qualité et la production. « Je suis arrivée ici pour régler un conflit il y a deux ans alors que j’étais consultante, raconte-t-elle. Et je suis restée. »

Chantal est fille d’un artisan du bâtiment et si elle-même n’avait jamais fait le rapprochement, elle se dit maintenant que, au final, l’artisanat doit l’attirer. Elle commence sa carrière professionnelle en 1982, le bac en poche, au service financier de Rémy Cointreau, puis fait un break en 1990-1991, pour suivre un 3e cycle à Sup de Co Poitiers, sur le management des organisations. Son stage ? Elle l’effectue chez… Rémy Cointreau qu’elle vient de quitter et où finalement elle revient, cette fois au service des ressources humaines. Puis, « le groupe a réalisé plusieurs fusions et je me suis retrouvée formatrice des organisations syndicales des différents sites. » Un poste pour le moins étonnant où elle forme des syndicats qu’elle retrouve lorsqu’elle s’assoit à la table des négociations pour le compte des ressources humaines. « Ça ne m’a pas dérangée », s’amuse-t-elle.

CHAQUE METIER A SON IMPORTANCE

Discuter, prendre des nouvelles de chacun. Chantal Villotta-Germain aime les contacts humains. Mais au toucher le bois. À la livraison, elle veut comprendre pourquoi certains merrains ont été refusés par les préparateurs : « Ils ont un savoir-faire incroyable. » Les merrains sont devenus des douelles qui sont alors fendues au format et rabotées. Une machine a été acquise pour faciliter le travail des préparateurs.
« Puis chaque tonnelier fabrique sa barrique du début à la fin », explique Jérôme Arpin, chef d’équipe. Les douelles sont mises en roses, cintrées et partent pour une première chauffe qui va donner la forme à la barrique. La deuxième chauffe révèle les tanins du chêne et l’identité du tonnelier. « Je dirais que j’ai une chauffe douce et délicate, avec le respect du fruit », revendique Jérôme. Lorsque la barrique est finie, le tonnelier la signe. Les plus grands tonneliers, dont fait partie Vincent Darnajou, dirigeant de la tonnellerie qui porte son nom, sont capables, en dégustant un vin, d’identifier de quelle tonnellerie provient la barrique dans laquelle il a vieilli.

De fusions en situations de crise, des tensions violentes apparaissent. Mais Chantal fait face, en s’appuyant sur une équipe de sociologues. « On a pu faire du bon travail et avancer dans une construction commune. Et les syndicats ont suggéré à la direction de me proposer le poste de responsable du développement social. Ce que j’ai accepté : on a mis en place un pilotage tripartite, entre le responsable du conditionnement, le responsable de la maintenance et moi-même. »

Agir ou partir

En 2005, elle prend la responsabilité, pour le compte de Rémy Cointreau, de la Fondation pour la 2e chance pour le département de la Charente. Objectif : accompagner des personnes ayant eu dans leurs parcours de vie des épreuves les empêchant de se réinsérer vers un projet professionnel. « Cela a été une expérience forte, j’y ai rencontré des personnes extraordinaires avec une grande capacité de résilience, mais sur ma mission RH, j’étais trop loin du terrain, j’ai préféré partir. C’était aussi le début d’une nouvelle histoire de vie pour moi. » Elle reprend des études. À l’université Paris 8 sur l’accompagnement de projets et les bilans de compétence, et en distanciel à Toulouse sur l’ingénierie de formation. Histoire de mêler le collectif et l’individuel.

En stage dans un cabinet d’outplacement, elle est approchée par le dirigeant du groupe de négoce Grands vins de Gironde, à qui elle pense proposer des CV de candidats potentiels… avant de réaliser que c’est elle que le groupe veut recruter. Elle les rejoint en tant que directrice des ressources humaines, en négociant toutefois de terminer ses études. « Un mois après mon arrivée, un accident grave est survenu. J’ai dit : “soit on fait quelque chose, soit je m’en vais”. » Elle reste et se rapproche alors de la Carsat afin de se faire accompagner.

PETITE HISTOIRE

L’histoire a commencé avec Pierre Darnajou (meilleur ouvrier de France) en 1976. Il a été rejoint par son fils Vincent pour créer la tonnellerie Pierre Darnajou et fils en 1996. En 2003, Vincent Darnajou a repris totalement le flambeau avec son épouse sur le site de Montagne. En 2011, la tonnellerie a investi dans un nouveau site de production de 1 000 m2 aux Artigues-de Lussac pour produire des barriques de 225 l et une nouvelle gamme de barriques de 300, 400, 500 et 600 l. L’entreprise produit environ 7 500 fûts et barriques et emploie 17 personnes.

Avec Frédérique Caumontat, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine, elle met sur pied une véritable démarche de prévention. « D’abord, il a fallu recadrer les différentes instances et les rôles de chacun, explique Frédérique Caumontat. Puis proposer des formations et être force de proposition. On a travaillé ensemble sur la pénibilité, la prévention des addictions, la prévention de la désinsertion professionnelle… autant de sujets que Chantal Villotta-Germain a menés avec beaucoup de convictions. » Chantal va sur le terrain, discute, cherche à comprendre, regarde comment les gens travaillent. « J’adore ça. Quand tout a commencé à rouler, je me suis ennuyée… et j’ai demandé à passer à temps partiel ou à partir. » Elle passe à 3/5e et crée sa propre structure, pour accompagner les dirigeants des très petites entreprises dans la prévention des risques professionnels, et notamment tout ce qui touche à la santé mentale.

Avec comme leitmotiv, la santé des dirigeants comme outil de prévention primaire : si les dirigeants vont mal, comment les salariés et les entreprises peuvent-ils bien aller ? « Il me semble impératif d’avoir une démarche globale de santé au travail intégrant tous les acteurs et tous les risques. » C’est dans ce cadre qu’elle rencontre la tonnellerie Vincent Darnajou, artisan. D’abord pour une mission, puis pour y travailler une journée par semaine. « À un moment donné, les dirigeants ont souhaité se structurer et pérenniser l’organisation, et nous avons dû recruter », explique-t-elle. Et là, ce fut une évidence, Chantal devait passer à plein temps.

« Les valeurs portées par cette tonnellerie haut de gamme mais qui pratique des prix raisonnés me parlaient. Nadège Darnajou dirige avec des valeurs qui me touchent, Vincent Darnajou, le patron, est avant tout un tonnellier expert qui transmet l’amour du métier. » La qualité de vie et la santé au travail ne sont pas de vains mots. « C’est vraiment un métier de passionnés, estime Jérôme Arpin, chef d’atelier. Et ici, on a un patron qui travaille sur le terrain avec passion et plaisir. Il pense d’abord à l’ouvrier. » La tonnellerie, malgré ses treize personnes sur un site et quatre sur l’autre, s’est lancée dans une démarche qui s’appuie sur les ressources humaines et la santé au travail, avec notamment une réflexion sur l’amélioration des conditions de travail, les poussières de bois, les référentiels métiers…

Chantal Villotta-Germain reste par ailleurs toujours très vigilante sur la violence au travail et la santé mentale de chacun. Elle a tout de suite adhéré au Club RH santé au travail qu’elle coanime avec la Carsat Aquitaine. Quatre rencontres sont d’ailleurs prévues en 2016. 

PLAN DE FORMATION

L’entreprise s’est dotée d’un plan de formation pluriannuel ambitieux. Elle a intégré fin 2015 un groupe expérimental en région qui bénéficie de l’aide de la Direccte, de l’Afnor et d’un OPCA dans le cadre d’une Adec (Aide au développement des compétences). Ce dispositif doit permettre de répondre aux problématiques liées à l’intelligence économique, l’employabilité et la valorisation des métiers, mais aussi au développement des compétences… dont la santé au travail. La région Aquitaine soutient cette initiative.

Delphine Vaudoux

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