À l’issue de réflexions menées avec la Carsat Sud-Est, l’entrepôt d’Office Depot situé Saint-Martin-de-Crau a initié plusieurs mesures de prévention des troubles musculosquelettiques. Avec, à la clé, une plus grande polyvalence des salariés.

Sur proposition des salariés, les racks situés au sol ont été relevés pour permettre aux préparateurs de passer leurs pieds en dessous et ainsi moins se courber.

Sur proposition des salariés, les racks situés au sol ont été relevés pour permettre aux préparateurs de passer leurs pieds en dessous et ainsi moins se courber.

Des colis défilent par centaines sur des convoyeurs. Des opérateurs scannent et remplissent des cartons à un rythme soutenu. En cette période de rentrée scolaire, l’entrepôt logistique d’Office Depot, situé à Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône, tourne à plein régime. Mais cette intense activité n’est pas forcément synonyme de travail difficile pour ce leader dans la distribution de fournitures de bureau.

« Plusieurs actions visant à limiter les gestes répétitifs et les postures de travail contraignantes ont été mises en œuvre, explique Jérôme Ziétek, responsable hygiène, sécurité et environnement. Elles répondent à une volonté de notre direction d’améliorer les conditions de travail et de fidéliser nos collaborateurs, tout en réduisant les coûts liés aux arrêts de travail pour cause de mal de dos. »

Cette volonté se vérifie sur le terrain. Des mesures touchant à la fois à l’organisation du travail et à l’acquisition de nouveaux matériels ont été effectivement engagées. « Elles sont issues d’une réflexion globale menée en commun avec la Carsat Sud-Est, l’Union des entreprises de transport et logistique de France (TLF Méditerranée) et six autres entreprises volontaires », précise Jérôme Ziétek. « À travers ces échanges, l’objectif était de diffuser des méthodes de travail visant à prévenir les risques professionnels de manière pérenne », ajoute Charles Rossi, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est.

Première étape de la chaîne logistique, la réception des marchandises a fait l’objet de transformations. Office Depot demande notamment à ses fournisseurs d’organiser leurs palettes par couches de mêmes références pour limiter le nombre de manutentions ultérieures. « Une pénalité est appliquée lorsque cela n’est pas respecté », explique Simon Reverbel, responsable de la réception. L’entreposage des palettes a également été repensé : celles-ci sont désormais espacées pour permettre aux opérateurs de circuler autour.

« Nous assistons à une demande croissante de produits liquides à destination des services généraux d’entreprises, ce qui implique des étapes supplémentaires de reconditionnement à l’unité », ajoute Simon Reverbel. Auparavant réalisé manuel-lement, leur filmage s’effectue aujourd’hui à l’aide d’une thermo-formeuse. Un film plastique y est chauffé avant de se rétracter autour du produit.


Aide aux manutentions

Afin de soulager les opérateurs, la zone de préparation de masse a été équipée d’une ventouse de préhension reliée à une potence. « La manipulation des cartons de rames de papiers, dont le poids peut aller jusqu’à 25 kg, ne demande plus aucun effort physique », assure Gérald Sarmiento, coordinateur préparation. L’arrivée de ce nouveau matériel a permis une féminisation de l’équipe. « Auparavant, des femmes n’auraient jamais pu travailler ici plus d’une journée, les colis à manipuler sont trop lourds, indique Isabelle Bonnet, coordinatrice de la zone. Maintenant, nous sommes trois. »

INTERVIEW

Simon Reverbel, responsable réception et membre du CHSCT
« Pour avoir connu d’autres sites, je réalise qu’ici de vrais efforts ont été menés pour améliorer les conditions de travail. Lors des réflexions menées avec la Carsat et le médecin du travail, le CHSCT a été sollicité. Je considère que c’est essentiel, car ces changements ne peuvent se faire sans impliquer les salariés. Pour ma part, j’encourage la polyvalence. Cela motive. La plupart des gens apprécient en effet de gagner en autonomie, mais il ne faut pas les forcer ni stigmatiser ceux qui n’ont pas la même vision. Tout est basé sur le volontariat. Pour favoriser cette polyvalence, nous misons sur des formations que nous adaptons à nos activités. »

Autre avancée, l’utilisation d’un chariot tridirectionnel dans la zone de stockage. Ses avantages sont multiples. Équipé de fourches qui s’orientent à 180 degrés, cet engin offre la possibilité de déposer des palettes à l’extrémité des racks sans avoir à sortir de l’allée. La coactivité est ainsi réduite. Un rail de guidage magnétique, situé sous le sol, évite tout risque de chocs. Et puisque la cabine s’élève, le conducteur n’a plus à se tordre le cou vers le haut pour saisir sa palette.

Situés en bout de chaîne logistique, les préparateurs de colis, qui travaillent debout, bénéficient aussi d’avancées notables. Des poids maximums de commandes ont notamment été définis par zone de préparation pour permettre l’intervention du personnel féminin. De plus, tous les sols ont été recouverts de tapis antifatigue. Sur proposition des salariés, les racks situés au sol ont été relevés pour permettre aux préparateurs de passer leurs pieds en dessous et ainsi moins se courber.

Un autre objectif était de limiter les déplacements. Un distributeur de produits à très forts volumes, soit 250 références représentant 5 % de l’activité totale, a ainsi été installé. En fonction des commandes transmises par informatique, post-it, cartouches d’encre, correcteurs et autres stabylos tombent les uns après les autres sur des convoyeurs à destination de postes de préparation.


Réduire les efforts physiques

La gestion des flux a également été prise en compte. Il arrive en effet que des opérateurs peinent à suivre le rythme. Pour y remédier, des tableaux numériques ont été disposés à plusieurs endroits de l’entrepôt. Ces derniers fournissent un état des lieux en temps réel du taux d’activité de chaque zone. Lorsqu’une d’entre elles dépasse 100 % d’activité, les colis sont détournés vers une autre zone et des préparateurs changent temporairement de poste pour aider leurs collègues en difficulté.

En complément de ces actions visant à réduire les efforts physiques, la direction encourage ses salariés, par un complément de salaire notamment, à une plus grande polyvalence. « L’idée, c’est que tout le monde, hommes et femmes, puisse travailler sur tous les postes », confie Jérôme Ziétek. « Je perçois un changement, assure Isabelle Bonnet. Je pense notamment à l’une de mes collègues qui s’éclate à passer d’un poste à un autre. »

Premiers concernés par ces évolutions, les opérateurs se déclarent satisfaits. « On est moins fatigués en fin de semaine et notre travail est moins répétitif », résume Gérald Sarmiento. Pour autant, il a fallu un peu de temps pour changer les habitudes. « Certains se sont notamment dit que l’utilisation de la ventouse allait leur faire perdre du temps, constate Olivier Jovelet, responsable d’exploitation. Pour les convaincre, nous leur avons montré qu’en utilisant ce matériel, ils porteraient deux tiers de poids en moins. »

Les faits donnent raison à Olivier Jovelet. Depuis la mise en place de la ventouse, la zone de préparation de masse n’a pas connu un seul arrêt de travail pour mal de dos. Une deuxième ventouse devrait faire son apparition prochainement. De manière globale, l’entrepôt a observé une baisse de la sinistralité. Le nombre de jours d’arrêt à la suite d’un accident du travail est passé de 367 en 2011 à 66 en 2012. Autre signe encourageant du succès de la démarche, les salariés ont pris l’habitude de faire remonter leurs difficultés. Enfin, d’après la dernière enquête de satisfaction menée auprès du personnel, 93 % se disent satisfaits des mesures engagées pour leur santé et leur sécurité.

L’ENTREPÔT EN CHIFFRES

D’une surface de 18 000 m2, l’entrepôt logistique d’Office Depot situé à Saint-Martin-de-Crau assure la distribution de matériels de bureau à destination des entreprises situées dans le Sud de la France. Environ 10 000 références sont présentes sur place, allant des cahiers aux cartouches de toners en passant par les produits d’entretien. En 2013, près de 560 000 commandes ont été traitées, soit plus de 2 750 000 colis expédiés (46 % de fournitures de bureau, 21 % de papeterie, 26 % de consommables informatiques, 7 % de mobilier). Les activités de réception, préparation et envois de colis s’enchaînent de 6 h 30 à 20 h. La société emploie en moyenne 90 équivalents temps-plein. Le bâtiment abrite 3 km de convoyeurs alimentés par 500 moteurs.

Cédric Duval

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