DOSSIER

La responsable de l’institut de beauté Passage bleu à Sarreguemines a suivi une formation tutorat pour assurer le bon accueil des apprentis qui apprennent le métier en alternance. Plus largement, la santé et la sécurité des salariés font l’objet d’une attention continue.

Le personnel est exposé à des TMS. Le matériel contribue de plus en plus à prévenir les risques (tables réglables en hauteur, respect des bonnes pratiques…) mais certaines sollicitations physiques demeurent.

Le personnel est exposé à des TMS. Le matériel contribue de plus en plus à prévenir les risques (tables réglables en hauteur, respect des bonnes pratiques…) mais certaines sollicitations physiques demeurent.

Coiffure, coloration, soins du visage et du corps, gommage, modelage, pose de vernis… Les prestations proposées par l’institut de beauté Passage bleu à Sarreguemines, en Moselle, couvrent un large panel d’offres pour ses clients, femmes et hommes. Dans la salle d’accueil principale, très lumineuse, se trouvent les postes de coiffure et de soins des ongles. Une série de cabines pour les soins du corps sont disposées à l’arrière.

L’institut Passage bleu, qui emploie sept salariées, reçoit en moyenne deux apprenties en alternance chaque année, suivant un rythme de présence sur place d’une semaine sur deux. La responsable de l’institut, Mélanie Utter, en poste depuis quatre ans, ici a pour mission de les accompagner, les guider, leur enseigner les bonnes pratiques, les bons gestes et de les sensibiliser aux risques professionnels. Elle a suivi il y a deux ans une formation tutorat dispensée par la Chambre des métiers et de l’artisanat de Moselle. À ce cursus s’est ajoutée une journée de formation « Intégrer la santé et la sécurité au travail dans sa fonction de tuteur » proposée par la Carsat Alsace-Moselle. Une de ses collègues l’a suivie l’année suivante.

« Mon directeur m’avait demandé d’y assister, relate-t-elle. Je sortais d’apprentissage, j’avais eu la chance d’être bien formée – CAP puis brevet professionnel en coiffure, CAP puis BTS en esthétique suivis en alternance – donc ça a plus été des rappels qu’une véritable découverte. On a revu la rédaction des contrats, les façons de parler avec les apprentis, de construire des entretiens de rappel ou de recadrage si besoin. Ce sont surtout les échanges avec les autres participants, issus d’autres métiers de services à la personne, qui étaient enrichissants. » Car à ses yeux, rien ne vaut l’apprentissage pour découvrir un métier. « Le gros problème exprimé par beaucoup était l’ancienneté des référentiels enseignés en apprentissage, qui de fait se trouvent éloignés de la réalité des métiers, qu’il s’agisse des techniques, des matériels », explique-t-elle. Selon elle, l’apprentissage est une façon d’aborder un métier de façon concrète, sous toutes ses facettes, dont les questions des conditions de travail et des bonnes pratiques.

Troubles musculosquelettiques

« Dans notre activité, les risques professionnels sont multiples, décrit-elle : troubles musculosquelettiques liés aux sollicitations physiques notamment sur les poignets lors des modelages ou aux postures, comme le piétinement au niveau des postes de coiffure, brûlures avec les cires, que l’on teste sur nous avant de les apposer sur les clientes pour vérifier la température, emploi de substances chimiques… » Le service de santé au travail qui suit l’établissement est intervenu par le passé pour conseiller le personnel sur les bonnes postures à adopter, notamment lors des brushings. « Je regarde tout le monde, et à la coiffure tout le monde adopte les bonnes positions, constate la responsable. Sur d’autres postes sollicitants, comme les modelages, qui exercent beaucoup de pressions sur les poignets et les mains, il y a moins de marge de manœuvre. Nous avons la chance d’être assez nombreuses pour éviter à une seule esthéticienne d’enchaîner les mêmes soins. Quand on affiche complet, on alterne, on laisse à chacune du temps entre deux modelages, on adapte les plannings. » Sur le plan du matériel, les tables sont toutes réglables en hauteur grâce à une commande électrique. Des tabourets réglables sont également présents à la coiffure. Pour contribuer à une bonne hygiène, gants, lingettes et gels désinfectants sont aussi à disposition.

Risque chimique

La nature des produits chimiques employés, qui peuvent présenter différents risques (allergies, substances cancérogènes mutagènes ou toxiques pour la reproduction, perturbateurs endocriniens, neurotoxiques…) est, elle aussi, prise en compte. Les produits sont choisis et référencés au niveau du réseau auquel appartient le salon : des produits pour coloration avec ou sans ammoniaque sont employés, mais ces derniers l’emportent de plus en plus, pour le confort des salariées et celui des clientes. Depuis le mois de mai, des essais sont menés avec des produits d’origine végétale. « Pour chaque nouveau produit, les protocoles nous sont envoyés par informatique, on a toutes les informations à disposition si besoin, décrit-elle. Les esthéticiennes enceintes ont interdiction de manipuler les huiles essentielles 1. » Pour illustrer le propos, Mélanie Utter sort d’un tiroir du bureau d’accueil un dossier regroupant toutes les fiches de données de sécurité des produits chimiques utilisés, majoritairement les produits d’hygiène. « Même certaines entreprises industrielles n’ont pas ça », remarque Jérôme Willig, contrôleur de sécurité et formateur au pôle ingénierie de formation à la Carsat Alsace-Moselle qui a animé la formation tutorat.

Le salon de beauté de Sarreguemines fait partie d’un réseau de 57 instituts, dont deux à l’étranger (Belgique et Luxembourg). Cela représente près de 600 salariés. « Le fait d’être dans un réseau contribue à une bonne prise en compte de la santé au travail, commente encore la manager. On est bien encadrés. Je n’aurais pas autant d’informations sur le sujet dans un institut indépendant. Récemment, nous avons par exemple suivi une formation extincteurs et une autre pour être sauveteur secouriste du travail. Tout est à jour ! Des réunions entre managers des autres instituts ont lieu tous les 2-3 mois pour échanger sur les divers sujets et se former selon le principe de jeux de rôles. Mais tous les patrons ne le font pas », conclut-elle.

1. Certaines huiles essentielles peuvent être dangereuses pour la santé.

ACTION TUTORAT

La Carsat Alsace-Moselle a lancé en 2014 une action tutorat, issue de l’action Parcours vers l’emploi (PVE) qui vise à intégrer la santé et la sécurité au travail dans le programme. La première année, qui a permis de tester le dispositif avant un déploiement plus large, s’est adressée aux métiers de la mécanique automobile. Ensuite, quatre secteurs ont été ciblés : les métiers de la maintenance, les services à la personne, les métiers de la bouche, le commerce et la logistique. D’une durée d’une journée, les sessions rassemblent un maximum de 14 participants. Le dispositif a permis de former depuis ses débuts 105 personnes sur la région Alsace-Moselle, dont 67 l’ont été dans le cadre de la convention de partenariat avec la CMA de Moselle. 45 aides financières simplifiées
ont été accordées, pour un montant global de 67 500 euros. Rappelons que 25 % des accidents du travail concernent des salariés ayant moins d’un an d’ancienneté.

DEUX NORMES POUR LA PROFESSION

La Confédération nationale de l’esthétique parfumerie (Cnep) a publié en 2014 deux normes d’application volontaire. Elles présentent notamment les bonnes pratiques concernant les conditions de travail dans les spas et les salons de beauté. Un troisième texte, portant sur les exigences spécifiques aux soins de prothésie et de stylisme ongulaire, est en cours de publication. Ce travail a permis de référencer l’ensemble des tâches réalisées dans les entreprises de soins de beauté et dans les spas, leurs risques et les mesures de prévention à mettre en œuvre.

Céline Ravallec

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