DOSSIER

La réalité virtuelle est aussi un outil pédagogique innovant pour former le personnel. Des applications de plus en plus adaptées aux besoins commencent à voir le jour.

« Impressionnant. » « Bluffant. » Tels sont les deux adjectifs qui reviennent de la part des personnes qui ont testé l’application de réalité virtuelle ITX VR (Immersive Training eXperience Virtual Reality) qu’a fait développer en début d’année l’entreprise GRTgaz. Équipée d’un casque immersif de réalité virtuelle, Raphaëlle Hatier, en alternance depuis deux semaines au service communication de l’entreprise, découvre l’outil. Un tutoriel l’initie en quelques minutes. Puis elle se retrouve immergée sur le terrain de façon virtuelle, face à un poste de livraison détente de gaz, ouvrage permettant d’abaisser la pression du gaz entre le réseau de distribution et les clients situés en aval. « Il s’agit d’un simulateur de poste de livraison », explique Thierry Escaffre, exploitant chez GRTgaz.

Cette version familiarise le stagiaire avec l’installation et son principe de fonctionnement. Autour de Raphaëlle, une reproduction d’une installation grandeur nature, extrêmement réaliste, présentant toutes les caractéristiques d’un véritable poste de détente, dans laquelle elle peut se mouvoir. Mesure de pression, manipulation des robinets, contrôle de l’installation… sont autant de gestes qu’elle réalise avec cet outil. À proximité d’elle, un écran permet aux observateurs extérieurs de suivre l’opération vécue de l’intérieur.

Le formateur voit ainsi à travers les yeux des stagiaires et suit toutes les actions qu’ils réalisent, les bons et moins bons gestes effectués. « C’est cool, témoigne instantanément Raphaëlle, et hyperpédagogique pour quelqu’un qui découvre le sujet. » Stéphane Garat, du service prévention, lui succède alors. Vite à l’aise dans l’environnement, il évolue rapidement dans l’installation virtuelle. « C’est génial, s’enthousiasme-t-il. C’est la première fois que je déclenche une soupape, ce que je n’ai encore jamais pu faire en sept ans ! »

Facilement transportable

Dans cette activité opérationnelle où il n’existe pas toujours de formation dédiée, un tel outil de RV apporte un plus indéniable, en permettant de former le personnel sans affecter la sécurité des personnes ni la continuité des ouvrages gaziers. « Il vise à reproduire des gestes métiers, que l’on réalise parfois rarement, dans des conditions proches de la réalité, tout en soustrayant la personne aux risques du terrain et sans intervention sur un ouvrage gazier réel », décrit Thierry Escaffre. « Plus de 4 000 postes de ce type sont répartis sur les 32 320 km de notre réseau de transport, souligne Frédéric Guillou, chef de projet innovation. Sur les 3 000 salariés de notre entreprise, un tiers intervient sur le terrain et peut être concerné par ce genre d’intervention. »

Cet outil a été développé en deux mois. Environ 150 personnes l’ont testé au printemps et durant l’été. L’application de réalité virtuelle peut être utilisée n’importe où, avec des contraintes minimales. « Un des grands intérêts de cet outil est qu’il est facilement transportable, et s’installe en moins de 30 minutes n’importe où, précise encore Frédéric Guillou. À terme, nous n’aurons plus la contrainte de déplacer les salariés jusqu’à notre centre de formation à Nantes comme c’était le cas auparavant pour le stage découverte. »

Une deuxième version de l’outil est prévue pour le début de l’année 2017, plus axée sur les gestes métiers. « Et à terme, pourquoi ne pas envisager d’autres applications pour les métiers de maintenance, ou même pour des professionnels, externes à l’entreprise, appelés à intervenir à proximité de nos ouvrages gaziers ? », interroge Frédéric Guillou. Une autre voie pour sensibiliser concrètement les différents acteurs aux précautions à prendre près des réseaux. 

INTERVIEW

© Stéphane Kiehl pour l’INRSSébastien Kuntz, directeur de Middle VR, qui a conçu ITX VR

« La réalité virtuelle est un outil pour améliorer le réel, pas pour lui échapper. Le frein à sa diffusion a longtemps été le coût du matériel. L’apparition des casques va rapidement démocratiser l’outil et élargir ses possibilités. La RV ne va plus nécessiter de gros budgets. De petits projets, de l’ordre de 20 000 euros, sont aujourd’hui envisageables. Les budgets sont totalement variables, de quelques dizaines de milliers à plusieurs millions d’euros. Mais ces investissements sont le plus souvent rentabilisés en moins d’un an. Cas le plus extrême, le groupe Jaguar-Land Rover a estimé avoir rentabilisé en cinq semaines un outil de conception d’un modèle de voiture en RV qui avoisinait les 4 millions de livres. »

Céline Ravallec

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