DOSSIER

La prise en compte des effets des horaires atypiques est un chemin de longue haleine, nécessitant une approche collective et pluridisciplinaire. Les services de santé au travail sont bien placés pour accompagner les entreprises dans leurs réflexions et leurs démarches. Illustration avec le service de santé au travail du CEA de Marcoule, dans le Gard.

Dans l’industrie nucléaire, le travail de nuit est incontournable, les machines tournant en permanence. Parmi les salariés suivis par le service de santé au travail (SST) CEA de Marcoule, dans le Gard, environ 600 d'entre eux travaillent en horaires postés avec travail de nuit (en 3 x 8, 5 x 8…). Ils sont répartis dans quatre entreprises : CEA, Orano Cycle Melox, Orano Cycle Marcoule, Socodei).

Dans le cadre d’un Contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM), en collaboration avec la Carsat Languedoc-Roussillon et la Direccte, le SST a décidé, à partir de 2015, de se pencher sur la thématique des horaires postés. Parmi les objectifs visés : améliorer le suivi de l’état de santé individuel des salariés en équipes alternantes, leur apporter des outils de prévention, mieux connaître l’activité réelle la nuit par rapport au travail prescrit et sensibiliser les responsables à la pénibilité du travail de nuit. « Les salariés étant convoqués à deux visites médicales par an, il a été décidé d’orienter l’une des deux sur les effets des horaires de travail », présente Lise Carbone, médecin du travail. Un questionnaire a été délivré par les infirmières du travail à cette occasion.

« Le travail posté est un choix pour certains, beaucoup ne voudraient en changer pour rien au monde, constate le Dr Carbone. Parmi leurs motivations : l’aspect financier, une ambiance de travail plus sereine. Et aussi ça leur donne l’impression d’avoir plus de temps pour faire autre chose en journée. » Et de poursuivre. « L’âge joue néanmoins. À la longue, une usure s’installe. Après 20 ans de poste, certains aimeraient en changer. Mais il est difficile de trouver du travail ailleurs, ou de changer de poste et de rythme de travail. »

Approche collective

« Ils ont vu qu’on prenait un temps sur la consultation pour en discuter, les retours ont été très positifs », témoigne Karen Hamelin, infirmière. « Cela a initié des discussions entre eux, des échanges, des astuces sur l’hygiène de vie… Ils se sont sentis écoutés sur ce sujet », complète Sandra Lebrun, infirmière. Outre cette première approche, des sessions d’informations par équipes sur le sommeil et l’hygiène de vie ont été délivrées.

En parallèle, les responsables des entreprises ont aussi été sensibilisés à la pénibilité du travail de nuit. « Ils ont globalement conscience des problèmes, sont à l’écoute, constate Lise Carbone. Ils prennent ainsi déjà certaines mesures comme : adapter l’éclairage de la salle de conduite, organiser l’activité pour éviter les manipulations à risque aux heures où l’on sait que la vigilance est réduite. »

Suite à cette sensibilisation, s’intégrant dans une démarche de prévention secondaire, le service de santé au travail va réévaluer les indicateurs pour voir si ces interventions ont eu un premier impact ou pas. En fonction des résultats, il proposera des mesures ou des actions pour aller de l’avant. Comme par exemple aménager des salles où les salariés pourraient faire des microsiestes sur leur temps de repos, comme le font déjà certaines grandes entreprises.

« Et on espère qu’à terme, ce travail pourra être valorisé et déployé auprès de l’ensemble des services de santé au travail », conclut Sadrina Bertrand, ingénieur-conseil à la Carsat Languedoc-Roussillon.

REPÈRES

  • 190 apprentis en coiffure ont été formés par le service paritaire de santé au travail du Tarn, en trois ans. Cela a concerné quatre établissements du département.
  • Les produits capillaires (par exemple persulfates alcalins pour les produits de décoloration, colorants pour les teintures capillaires) sont le plus souvent en cause dans les allergies respiratoires et cutanées.

DIFFÉRENTS OUTILS ONT VU LE JOUR

Le questionnaire élaboré par le service de santé au travail a été conçu à partir d’indicateurs issus de la recommandation de la Haute Autorité de santé (lire l'encadré ci-dessus). En parallèle, différents outils ont été créés pour communiquer en interne sur le sujet :

  • Réalisation d’un petit film « Mieux vivre le travail en postes » à la fin de l’année 2016 dans l’entreprise Areva NC Melox.
  • Sensibilisation sur le travail en postes et l’hygiène de vie lors d’une journée sécurité en juin 2017.
  • Un vidéoscribe, film animé pour donner des conseils, va prochainement être diffusé : rappel des textes de loi, conseils par rapport au sommeil, travail et nuit vis-à-vis de l’horloge biologique, impacts sur la santé, conseils d’hygiène de vie et sur la sieste, risques routier.

Céline Ravallec

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