DOSSIER

La Carsat Nord-Picardie mène en partenariat avec l’OPPBTP une étude régionale pour recenser les mesures de prévention des nuisances sonores mises en œuvre par les entreprises du bâtiment et des travaux publics. Entretien avec Stéphane Tirlemont, contrôleur de sécurité à la Carsat.

Travail & Sécurité. Comment est né ce projet de recenser les bonnes pratiques des entreprises du BTP en matière de prévention du bruit ?
Stéphane Tirlemont. C’est dans le prolongement de travaux réalisés par un groupe national Bruit réunissant les Carsat, la Cramif et l’INRS, que cette action régionale s’est montée en Nord-Picardie. Nous avons souhaité promouvoir la prévention des risques liés au bruit dans les entreprises du BTP. Ce secteur est en effet moins bien loti en matière de prévention du bruit que la moyenne nationale. Pour ce faire, nous nous sommes orientés vers l’établissement d’un état des lieux de solutions de prévention propres au BTP. Cette action va se décomposer en trois phases. La première, qui est en cours, consiste à recenser une liste de bonnes pratiques identifiées auprès des entreprises. La deuxième phase consistera à évaluer leur efficacité. Et la troisième phase aura pour objet de promouvoir plus largement ces solutions.

Comment votre action a-t-elle été accueillie par les professionnels ? 
S. T.  Les acteurs du BTP se sentaient « secs » lorsqu’on les questionnait sur le sujet. Par conséquent, au départ, ils déclaraient qu’ils ne réalisaient pas de gestion du bruit. Mais en creusant, on a constaté qu’il exisait en fait plein d’actions, de petits trucs qui se font de façon informelle. Il nous semblait intéressant de recenser cet existant éparpillé un peu partout.

Quels types de solutions avez-vous identifiés ?
S. T.
  Nous avons par exemple comparé deux techniques de pose du béton dans des situations de travail identiques (même chantier, même entreprise, même intervention) : l’une avec du béton autolissant, l’autre avec du béton classique. On a obtenu un gain de 6 à 8 dB(A) avec le béton auto­lissant. Cette technique présente l’autre intérêt de réduire l’exposition aux vibrations : les compagnons n’ont plus à plonger dans le béton les aiguilles vibrantes qui sont lourdes et pénibles à manutentionner. Autre technique, l’utilisation de blocs détentionneurs de coffrage. De façon classique, le serrage des banches de coffrage se fait avec des écrous qui sont ensuite desserrés à l’aide de masses. Les chocs acoustiques liés aux coups peuvent dépasser les 100 dB(A). Le système de blocs détentionneurs supprime ces chocs. Nous avons également mesuré des opérations de ponçage et de burinage sur des chantiers de désamiantage menés avec des robots. Le travail avec des ponceuses orbitales électriques atteint des niveaux de 95-100 dB(A). Cette technique robotisée présente l’avantage d’éloigner la présence humaine de la zone de ponçage, et de supprimer la prise d’outils en main. Là aussi, on observe un gain sur l’exposition aux vibrations, même si d’autres contraintes liées aux robots sont à prendre en compte.

Quel premier bilan en tirez-vous ?
S. T.  Pour l’heure, une douzaine de solutions nous paraissent intéressantes. On constate que les outillages électroportatifs se développent. Les entreprises privilégient aussi les outils électriques plutôt qu’avec des moteurs thermiques. Les nouvelles générations de compresseurs ou groupes électrogènes sont mieux insonorisées et peuvent être tenues plus à distance des postes de travail. Et au-delà des solutions techniques, des solutions organisationnelles contribuent aussi à réduire l’exposition au bruit. C’est par exemple le cas en optant pour des opérations de cisaillage plutôt que de meulage, ou en supprimant les reprises de béton qui génèrent souvent beaucoup de bruit. 

ACTION RÉGIONALE EN MIDI-PYRÉNÉES

La Carsat Midi-Pyrénées a mené entre 2014 et 2017, avec l’appui de son centre de mesures physiques, un plan d’action régional contre le bruit en entreprise. Dans ce cadre, 130 entreprises, qui représentaient 4300 salariés exposés à des nuisances sonores, ont été ciblées et accompagnées. Divers types d’aménagements ont été réalisés : traitement acoustique à la conception de nouveaux locaux, encoffrement de pompes à vide, de chaînes de production, conception de cabines insonorisées pour des conducteurs de ligne, remplacement d’un parc d’outils verts à moteurs thermiques par des outils électriques dans le cadre d'intervention de ces espaces verts… Les acheteurs en entreprise ont également été sensibilisés à l’intérêt de prendre en compte les niveaux sonores des machines. Ils ont ainsi été encouragés à inclure dans leurs cahiers des charges des éléments contribuant à limiter les niveaux sonores.

Céline Ravalec

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