DOSSIER

Ce tout nouveau ciment semble bourré de qualités, car il réduit l’empreinte carbone, préserve les ressources naturelles et s’appuie sur l’économie locale. Des qualités auxquelles il faudra néanmoins associer la prévention des risques professionnels pour laquelle la Carsat va apporter son expertise.

© Patrick Delapierre pour l’INRS

© Patrick Delapierre pour l’INRS

L’IMMENSE H érigé sur la pelouse donne le ton. H comme Hoffmann Green Cement Technologies, une entreprise de fabrication d’un ciment d’un nouveau genre. Bienvenue sur son premier site de production inauguré en novembre dernier, à Bournezeau, en Vendée. Aujourd’hui, l’usine produit les quantités nécessaires pour que ses partenaires puissent tester grandeur nature les matériaux qu’elle va produire prochainement.

Hoffmann Green Cement Technologies est née de la rencontre de David Hoffmann, chimiste, et de Julien Blanchard, entrepreneur. Si tout a commencé dans un laboratoire, dans une cave, c’est désormais à la vitesse supérieure que sont passés les deux associés en construisant cette usine de 3 000 m2. Avec un potentiel de 50 000 tonnes annuelles, elle a pour objectif de « mettre sur le marché du ciment sans clinker(1), donc sans cuisson », explique David Guglielmetti, directeur du développement. En partant de coproduits issus de l’industrie : des argiles extraits des sables de carrière, des gypses provenant des centrales thermiques et des laitiers issus de l’industrie sidérurgique.

« Isolés, ces éléments ne servent à rien. Nous les mélangeons avec des suractivateurs qui recréent des systèmes de liaisons et obtenons un produit pouvant remplacer le ciment », poursuit le directeur du développement. Les produits ainsi obtenus, comparés aux ciments classiques, divisent l’empreinte carbone par quatre et ne produisent pas de déchets. Concernant la composition des suractivateurs, on n’en saura pas plus. « Pour ses clients, Hoffmann Green a réalisé des fiches de sécurité pour les produits finis fabriqués ici, à savoir le H-P2A, le H-Eva et le H-UKR(2), souligne Jean-Michel Bachelot, ingénieur-conseil à la Carsat Pays-de-la-Loire. Il serait aussi intéressant de les avoir pour l’ensemble des produits utilisés, pour connaître l’exposition potentielle des salariés... et mettre en place des mesures de protection. Même si déjà des aspirations existent et les bandes transporteuses sont capotées pour éviter la dispersion des poussières. »

Autre avantage avancé par les fondateurs : cette usine ne consomme pas d’eau ni de gaz. De plus, un quart de sa production d’électricité, qui sert essentiel­lement à alimenter les 1,2 km de convoyeurs, est produit par trois trackers solaires (3).

Les produits, dont les qualifications sont en cours (Reach, certification mécanique et cycle de vie), sont garantis sans clinker et fabriqués sans ressource naturelle extraite de carrière. Ils sont destinés à être des colles, mortiers ou bétons. « Il sera intéressant de revenir quand le site sera en pleine production, avec ses six salariés, pour identifier les risques professionnels, notamment le bruit et l’exposition aux poussières », insiste Jean-Michel Bachelot. D’autant que les carnets de commandes se remplissant rapidement, les dirigeants réfléchissent déjà à d’autres implantations. 

1. Constituant du ciment, qui résulte de la cuisson d'un mélange de calcaire et d'aluminosilicates.
2. Brevetés par Hoffmann Green Cement Technologies.
3. Structures portantes motorisées qui orientent les panneaux solaires pour en augmenter la productivité.

PATRICK NIEUPORT, DIRECTEUR D’EXPLOITATION

© Fabrice Dimier pour l’INRS« Nous réalisons des produits sans décarbonatation et sans transformation thermique. Les éléments que nous broyons et mélangeons peuvent émettre des poussières, notamment de silice. Lors de la conception du bâtiment, nous avions demandé un devis pour une aspiration centralisée. Ayant jugé ce devis trop élevé, nous allons engager une réflexion avec la Carsat Pays-de-la-Loire, afin d’optimiser le cahier des charges du dispositif d’aspiration : le laboratoire de chimie va venir quantifier et qualifier les poussières, de manière à mettre en place, dans les zones les plus empoussiérées, des aspirations localisées. De plus, lors de la réalisation du document unique, le bruit est ressorti comme étant potentiellement important. Nous allons également nous atteler à ce sujet. »

Delphine Vaudoux

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