DOSSIER

En région Auvergne-Rhône-Alpes, treize entreprises du BTP suivent depuis décembre 2018 un programme d’accompagnement d’amélioration de la performance globale en lien avec la prévention des risques professionnels intitulé « Santé & performance BTP ».

Ils sont treize. Treize chefs d’entreprise du secteur BTP de la région Auvergne-Rhône-Alpes se sont portés volontaires pour participer au programme « Santé & Performance BTP ». Objectif : transformer l’organisation de leur entreprise avec pour ambition de replacer l’humain au centre de celle-ci. Porté par la Fédération Auvergne-Rhône-Alpes des sociétés coopératives et participatives du BTP, en partenariat avec la Carsat Rhône-Alpes, la Direccte, l’OPPBTP, et Constructys, « Santé & Performance BTP » a été lancé en décembre dernier. Il propose aux entreprises de les accompagner dans une démarche complète d’amélioration de leur performance globale. « Ces expérimentations sont les mêmes que celles mises en œuvre dans un autre programme, “Élence”, déployé avec succès depuis 2016 dans la région, dans une cinquantaine d’entreprises d’un autre secteur, celui de l’industrie et des services », précise Christine Chapus, contrôleuse de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes. La démarche consiste pour l’entreprise, à partir d’un problème identifié, à constituer un groupe de travail impliquant les salariés, à établir un diagnostic et élaborer un plan d’action. Le tout en bénéficiant pendant un an de l’accompagnement d’un consultant en organisation du travail ou de l’OPPBTP.

Le point de départ est une question posée aux opérateurs : « Qu’est-ce qui empêche de réaliser un travail de qualité ? » « La qualité du travail est souvent ce qui lie la performance économique à la santé et la sécurité au travail, note Sophie Muhlsteff, consultante chez Imma, cabinet spécialisé en lean construction et en charge de l’assistance à maîtrise d’œuvre du programme. On peut, pour cela, s’appuyer sur le lean construction qui permet d’optimiser la performance en travaillant sur quatre axes : la sécurité, la qualité, les délais et les coûts. » Le lean construction vise notamment à supprimer les gaspillages au niveau des postes de travail et du pilotage du chantier. Gaspillages qui peuvent être liés aux temps de transport, aux déplacements sur le chantier, aux attentes, aux stocks, à la non-qualité… « Cette optimisation s’accompagne aussi d’une diminution de la pénibilité au travail », constate-t-elle.

Échanges interentreprises

Le programme inclut également des journées collectives inter-entreprises de partage d’expériences et de débats. L’occasion pour les chefs d’entreprise et les conducteurs de travaux d’échanger sur des difficultés parfois communes. « Il est aussi ressorti des séances collectives que les entreprises avaient besoin de communiquer davantage au sein de leur structure », souligne la consultante. « Sur les quatre Scop mobilisées dans ce projet, toutes avaient pour objectif commun de créer une dynamique interne décloisonnant les rapports entre décideurs et collaborateurs », constate Hervé Lafarge, secrétaire général de la Fédération Auvergne-Rhône-Alpes des Scop du BTP, qui regroupe 60 entreprises et 950 salariés sur tous les départements de la région et l’ensemble des métiers du gros œuvre et du second œuvre. « Nous nous efforçons de créer des boucles d’amélioration continue en favorisant le dialogue entre le terrain et la direction », témoigne pour sa part Sophie Muhlsteff. « Même si chaque entreprise fonctionne différemment, partager nos différentes expériences est enrichissant », estime Franck Prouteau, président de la Fédération Auvergne-Rhône-Alpes des Scop du BTP. Il participe au programme en tant que gérant de l’entreprise Baticoop, une Scop de 17 salariés, spécialisée en maçonnerie.

FRANCK PROUTEAU, GÉRANT DE LA SCOP BATICOOP

« Avec quelques salariés de notre entreprise, nous avons développé un produit innovant : un bloc de maçonnerie de type aggloméré de ciment à isolation intégrée. Ces blocs offrent une performance énergétique quasiment deux fois supérieure à celle des blocs classiques, pour une épaisseur identique. Cela permet d’obtenir un gain en surface habitable. Nous avons également travaillé sur la prévention avec les compagnons. La colle nécessaire à l’assemblage de ces blocs est transportée dans des sacs de 25 kg et appliquée au pistolet. Plus besoin de transporter des sacs de ciment de 35 kg, ni de recourir à une bétonnière. Les contraintes physiques, les poussières et le bruit sont ainsi réduits sur le chantier. Les salariés qui n’avaient pas développé le produit ont été, au départ, réticents à son utilisation qui modifiait leurs habitudes de travail. L’accompagnement au changement par un consultant du programme a amélioré cette situation en instaurant davantage de communication. »

Katia Delaval

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