DOSSIER

© Philippe Castano pour l’INRS

C’est l’un des chantiers phares des prochains mois de la ville du Mans. Un chantier sur lequel le contrôleur de sécurité de la Carsat Pays-de-la-Loire a pu intervenir dès la phase d’appel d’offres, pour que la prévention soit bien prise en compte tout au long du projet.

Sur le chantier, la suppression du risque, principe de prévention par excellence, a été érigée en règle de base, notamment en privilégiant le travail à hauteur d’homme.

Sur le chantier, la suppression du risque, principe de prévention par excellence, a été érigée en règle de base, notamment en privilégiant le travail à hauteur d’homme.

D’un côté, un couvent et l’ancienne prison de femmes du Mans, de l’autre, une église. Entre les deux, un vaste chantier, celui de la Visitation : un projet qui va totalement reconfigurer le centre-ville de la préfecture de la Sarthe. L’ensemble du projet a été développé par Kaufman & Broad et conçu par le cabinet d’architecture Bernard Huet. Il comprend trois bâtiments : une tour de logements haut de gamme de 12 étages, une résidence de tourisme et d’affaires en R+7 et, enfin, une résidence destinée aux seniors, en R+6, avec un rez-de-jardin à chaque fois. Les livraisons doivent s’échelonner entre la fin de l’année 2018 et le premier semestre 2019. Avec, en préoccupation permanente, la prévention des chutes de hauteur au cours de ce chantier qui pourra compter jusqu’à 80 intervenants et une vingtaine de sous-traitants.

« Dès la phase d’étude et de montage des dossiers, fin 2015, nous avons organisé un rendez-vous avec la Carsat et le coordonnateur SPS, explique Jérôme Renault, directeur de production Kaufman & Broad, région Bretagne. On le fait systématiquement avant chaque appel d’offres. » Objectif : passer en revue le projet et veiller à ce que la prévention soit bien prise en compte lors de l’appel d’offres. Elle a permis au contrôleur de sécurité de la Carsat Pays-de-la-Loire, Éric Liger, d’aborder les prestations Scalp (sécurisation des circulations, des accès et livraisons à pied d’œuvre) et Metah (mutualisation des équipements de travail et d’accès en hauteur) : « Il s’agit de s’assurer que, à la conception de l’opération, la mutualisation des équipements de travail et d’accès en hauteur ainsi que celle des moyens de transport, levage, manutention des matériaux et de livraison à pied d’œuvre est bien prise en compte par la maîtrise d’œuvre et le coordonnateur SPS. Nous insistons pour qu’elles soient présentes dès les différentes pièces écrites des marchés. »

Et ce fut le cas, puisque étaient mentionnés, dans le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) : l’installation d’acrotères hauts ou de garde-corps définitifs ; la mise en service anticipée des ascenseurs ; la mise en commun des moyens d’approvisionnement dans les étages ainsi que des moyens de travail en hauteur (échafaudage commun, plates-formes sur mât, plates-formes en encorbellement) ; la protection des ouvertures verticales et des trémies. Bref, un sans-faute dans le cadre du Programme prioritaire de prévention contre les chutes dans la construction initié par le réseau Assurance maladie-risques professionnels.

Nous sommes en janvier 2018. « On vient un peu trop tôt pour voir tous les moyens mis en œuvre pour prévenir les chutes de hauteur », regrette le contrôleur de sécurité. Le gros-œuvre est en cours, les bâtiments s’élèvent sur deux étages. Les difficultés du chantier ? « Il est situé en hyper centre, ce qui implique des problèmes de nuisances sonores, des difficultés d’accès, d’autant que deux autres bâtiments – l’ancienne prison des femmes et le couvent – sont en rénovation, juste à côté, obligeant les équipes à se concerter pour ce qui est des approvisionnements. » Le projet comprend également des parkings et la réhabilitation de terrasses classées. Certaines façades seront en bardage bois, d’autres en aluminium. « Nous devons gérer beaucoup de différences de niveaux, avec un talus, un rez-de-jardin et un rez-de-chaussée, précise l’architecte. On est loin d’une réalisation standard. »

Tout autour des différents bâtiments, des plates-formes en encorbellement ont été mises en place pour faciliter la circulation des compagnons. Elles seront pour la plupart faciles à enlever, car elles bénéficient d’un nouveau système d’accrochage qui peut être réalisé depuis l’intérieur des murs : « Plus besoin d’intervenir avec un échafaudage ou une nacelle, c’est un gain énorme », souligne Guillaume Naulin, conducteur de travaux chez Vinci Construction France.

Intervenir le plus possible à hauteur d’homme

La partie la plus élevée de l’immeuble d’habitation aura un mur incliné. « Ce sera plus difficile, voire impossible, d’installer de telles plates-formes lorsque les travaux arriveront là, sur l’immeuble de grande hauteur. Nous passerons alors à des plates-formes sur mâts ou à des échafaudages », poursuit le conducteur de travaux. « Les chutes de hauteur constituent une des préoccupations premières de ce type de chantier, insiste Jean-Jacques Maloberti, coordonnateur SPS. Mais ici, elles sont plutôt bien gérées. » « On peut dire que les principes de prévention sont bien appliqués, poursuit Éric Liger. Quand c’est possible, le risque est supprimé. »

UN EXEMPLE À SUIVRE

Ce programme a pour objectif de réduire la sinistralité liée aux chutes dans le secteur de la construction. Il prévoit :

  • d’inciter les maîtres d’ouvrage (MOA), maîtres d’œuvre (MOE) et coordonnateurs en matière de sécurité et de protection de la santé (CSPS) à prendre en compte et à développer la prévention des risques dans les opérations de construction dès la conception de leurs projets et notamment dans les pièces de marchés de travaux ;
  • de développer les compétences des différents acteurs (MOA, MOE, CSPS) ;
  • d’agir sur une cible d’entreprises à forte sinistralité, classées dans les activités de couverture, charpente, menuiserie de bâtiment, travaux d’isolation, gros œuvre. Le cahier des charges des lots Scalp et Metah permet de détailler les préconisations de prévention des risques de chute dans les marchés de travaux.

La majorité des coffrages de planchers sont ainsi réalisés à l’aide d’un système assez innovant, récemment apparu sur le marché. Les éléments de coffrage en aluminium sont montés par les compagnons depuis le sol, à l’aide d’une perche. « Ça n’est pas trop lourd, donc ça peut être fait par une seule personne. Ensuite, l’intervalle entre les poutres étant inférieur à 20 cm, les compagnons peuvent monter dessus pour mettre en œuvre le coffrage complet du plancher, remarque Éric Giraudineau, chef d’équipe. Les risques de chutes sont largement réduits, voire supprimés. » La suite ? Pose du plancher, passage des câbles et gaines, puis coulage de la dalle.

Un peu plus loin, sur la partie du chantier destinée aux logements, des banches auto­stables attendent le coulage du béton. Un compagnon effectue les étapes de mise en place du coffrage et du serrage, depuis le sol. « Tout se fait à hauteur d’homme, c’est vraiment très pratique, remarque Éric Liger. On ne monte plus en hauteur pour faire les réglages… »

Pour intervenir à deux-trois mètres de haut, un chef d’équipe met en place une mini-nacelle sans stabilisateur et sans moteur. Il s’agit d’une plate-forme de travail amenée à l’aide d’une grue. Sur roulettes, légère, elle peut être déplacée par une personne seule. Une fois monté dans la nacelle, « il suffit de tourner la manivelle pour monter à la bonne hauteur », explique le compagnon, parfaitement autonome. « Pas besoin de Caces non plus », remarque le conducteur de travaux gros œuvre.

Dans la zone de stockage du matériel, des prémurs attendent d’être positionnés. Ces derniers seront accrochés depuis le sol grâce à des élingues de grande longueur prépositionnées par le fabricant. Dans la partie qui deviendra une résidence de tourisme, des compagnons préparent l’arrivée du béton dans les prémurs. Pas d’échelle, mais des « accès prémurs » leur permettent de se positionner en sécurité en hauteur, de façon à guider le coulage du béton qui sera apporté par la grue.

Les deux grues, l’une de 49 m et l’autre de 40 m, seront démontées à la fin du gros œuvre, lorsque les ascenseurs seront mis en service de façon anticipée pour faciliter les déplacements des ouvriers dans les étages les plus élevés et gérer les approvisionnements d’appoint. Pendant l’été 2018 a priori. « C’est un chantier bien organisé, conclut le contrôleur de sécurité. L’un des plus importants de la Sarthe ces dernières années. Les contraintes de temps sont cependant importantes. Nous devons rester vigilants sur ce point, pour faire en sorte que la sécurité soit bien respectée. »

LES CHIFFRES DU CHANTIER

Le chantier comprend :

  • une résidence services pour personnes âgées de 125 logements. R+6 (plus un rez-de-jardin). Livraison prévue : dernier trimestre 2018.
  • une résidence hôtelière et de tourisme d’affaires de 101 logements (ainsi qu’un parc paysager). R+7. Livraison prévue : premier trimestre 2019.
  • 56 logements. R+12. Livraison prévue : début 2019.
  • Coût des travaux : 18 millions d’euros HT.
  • 50 personnes travaillent sur le chantier, 80 lors des pics.
  • Un ensemble de bureaux mitoyens, de 300 m2, a été aménagé en base vie.

Delphine Vaudoux

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