DOSSIER

Si un certain nombre d’enseignes progressent sur leurs équipements de travail, les normes et recommandations concernant les chariots de manutention, notamment ceux qui équipent les drives, ne sont pas encore assez respectés par la profession. Entretien avec un contrôleur de sécurité et une chercheuse de l’INRS.

© Patrick Delapierre pour l’INRS

Qu’est-ce qui a motivé l’étude réalisée par l’INRS auprès de salariés utilisant des chariots dans un drive ?
Philippe Morand, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes. À la suite d’une question d’ordre technique, nous avons fait appel à l’INRS pour venir réaliser des mesures de forces de pousser-tirer de deux chariots utilisés dans un espace drive, et les comparer aux valeurs normatives (selon la norme NF X 35-109) 1. Dans le même temps, une évaluation des fréquences cardiaques et de l’effort subjectif était aussi demandée. En effet, nous avions des doutes sur l’utilisation de ces chariots. Pour nous, ils participaient à la fatigue de leurs utilisateurs, dans les conditions particulières de l’entreprise.

Quels sont les résultats des mesures ?
Emmanuelle Turpin-Legendre, chercheuse au laboratoire de physiologie du travail (INRS). Deux types de chariots étaient testés – un court et un long – dans trois situations d’essai : les deux chariots en intérieur, le chariot long en extérieur. Trois niveaux de charges ont été testés : 40, 80 et 120 kg. La norme NF X 35-109 admet quatre domaines de risque : « réduit pour tout opérateur » ; « réduit pour le plus grand nombre » ; « risque accru » ; et « activité délétère ». Les mesures de forces pour la mise en mouvement sont claires : en intérieur, mettre en mouvement un chariot court avec une charge de 40 kg est une activité à risque accru. Démarrer avec une charge de 80 kg est une activité à risque accru voire délétère. Avec le chariot long, démarrer avec 40 kg de charge est une activité à risque accru ; avec 80 kg, elle devient délétère. Enfin, démarrer un chariot long en extérieur représente une activité délétère, à 40 ou à 80 kg de charge. Dans tous les cas, les charges de 120 kg sont des activités à risque accru, voire délétères. Aucune de ces situations ne présente un risque réduit pour tout opérateur. On peut en revanche émettre l’hypothèse d’une manière de faire différente entre hommes et femmes, du point de vue de l’effort.

Quelles sont les conclusions ?
P.M. Tout d’abord, que les chariots utilisés ne répondent pas à un objectif de limitation des risques dus aux manutentions pour les salariés. Ensuite, il y a aussi un effet « état des sols » défavorable, et peut-être aussi un effet en lien avec l’usure des chariots. L'aspect que je retiens est la différence entre le ressenti des salariés et les conclusions au moyen des appreils de mesure. Une tâche ressentie comme légère peut produire des conséquences graves pour la santé. Le facteur de l'âge est à prendre en compte : ce qui est possible à 20 ans devient difficile à 30 et peut-être impossible à 45 ans. J’ai donc demandé à l’entreprise de bien vouloir refaire des essais avec un nouveau chariot plus léger. En espérant que les sols feront aussi l’objet d’une réfection. Le monde des drives étant en pleine expansion, il nous semble essentiel de prévenir les risques dès que possible. D’autres démarches peuvent aider à mieux prendre en compte la complexité des problèmes : aménagement des postes, organisation, etc.

LES CAISSES AUSSI ONT LEUR NORME

L’aménagement des postes d’encaissement fait l’objet du document INRS Conception des meubles d’encaissement. Cahier des charges intégrant les critères de confort, de sécurité et d’efficience au travail (ED 6080) et peuvent être définis selon la norme NF X 35-701. Lors de la conception et de l’implantation des lignes de caisses :
●  le plan d’implantation des postes d’encaissement doit renseigner l’ensemble des dimensions ;
● les contraintes environnementales pour l’implantation des caisses sont également à prendre en compte (organisation des files des clients…).

Antoine Bondéelle

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