DOSSIER

Ancycla s'est récemment doté d'un concasseur qui permet de transformer en granulats certains matériaux, dont l'origine fait l'objet de nombreux contrôles.

Ancycla s'est récemment doté d'un concasseur qui permet de transformer en granulats certains matériaux, dont l'origine fait l'objet de nombreux contrôles.

LES CAMIONS s’avancent à un rythme soutenu. Le 3,5 tonnes d’un paysagiste de la région, puis un tracteur à l’imposante remorque qui affiche plus de 42 tonnes… Seuls les professionnels sont autorisés à venir sur la plate-forme d’Ancycla pour y déposer des déchets inertes. « Plutôt que déchets inertes, je préfère parler de matériaux inertes, précise Jérôme Badie, président du directoire d’Ancycla. Car si ce que l’on nous apporte est bien défini comme des déchets, une part importante repart dans un circuit qui les fait entrer dans le cycle vertueux de matériaux revalorisés pour d’autres. »

Chaque jour, jusqu’à 2 000 tonnes de matériaux arrivent sur le site d’Ancycla, à Anse, dans le Rhône. Deux types de produits sont réceptionnés : des terres de terrassement qui servent à remblayer une carrière toute proche appartenant au groupe Plattard, actionnaire d’Ancycla et des matériaux recyclables, issus de la déconstruction et destinés à être recyclés et transformés en granulats. Les camions, pesés à l’entrée et à la sortie, doivent payer selon le tonnage et la nature des matériaux apportés. Dans l’idéal, ils ne repartent pas à vide mais remplis de granulats, répondant à la difficile visée de faire rouler un camion toujours chargé.

Le flux est parfaitement identifié et organisé. « Jusqu’à très récemment, nous n’avions qu’un pont-bascule, poursuit le président du directoire. Cela créait des attentes, de l’énervement du côté des chauffeurs... et nos salariés devaient faire face à cette exaspération. » Sur la bascule, le poids s’affiche. Le chauffeur doit venir s’identifier auprès de l’agent de la plate-forme. Pour cela, un palier sécurisé et équipé de quelques marches a été installé afin que celui-ci puisse descendre du pont-bascule et se rendre dans les bureaux d’Ancycla sans croiser le flux des camions. Un lecteur de plaques minéralogiques a été également installé pour identifier le véhicule.

Les formalités d’accueil terminées, le chauffeur est dirigé vers l’une des zones des cinq hectares du site, en fonction de la nature du déchet. « La traçabilité est un point primordial de notre process, insiste Jérôme Badie. Nous connaissons l’origine de nos déchets. Pour cela, les chantiers d’où ils proviennent sont identifiés et documentés, à l’aide d’études environnementales, de rapports de sols, voire de visites de chantier. On réalise aussi des panels de contrôles. » Les données sont entrées dans un logiciel qui permet une gestion minutieuse du site et la conservation d'un historique. En fonction de la nature des matériaux, il peut être nécessaire en amont d’organiser un tri et des diagnostics confirmant l’absence d’amiante peuvent accompagner certains types de livraison. « L’iden­tification des matériaux est pri­mordiale : Ancycla doit être apte à donner la composition de ses matériaux et d’en assurer la traçabilité », précise Stéphane Marabelle, contrôleur de sécurité à la Carsat Rhône-Alpes.

Un concasseur XXL

Les matériaux destinés à être recyclés sont triés et concassés. Ancycla s’est doté d’un des plus gros concasseurs d’Europe de dernière génération en octobre dernier. Il enlève, par un système de soufflerie, les indésirables comme les plastiques, le bois... les matériaux ferreux étant récupérés par des aimants disposés sur les tapis convoyeurs de la machine. Puis le reste est concassé, pour donner des granulats. « C’est un concasseur à battoirs, précise Christophe Thyvollet, responsable d’exploitation. Un rotor vient percuter les matériaux. Le système de motorisation a été encoffré, mais c’est vrai que le niveau sonore reste important. » Les protections auditives sont obligatoires.

Des systèmes d’aspiration permettent de capter à la source les poussières sur le concasseur. En fonction des arrivées et des stocks de matériaux, Christophe Thyvollet, avec son équipe, est régulièrement amené à arrêter le concasseur pour effectuer des changements de grilles. Ils ont été formés par le fabricant pour cette manœuvre. « Mais si l’intervention comprend de la maintenance ou s’avère complexe, je n’hésite pas à faire appel au fabricant », précise-t-il. « C’est une machine potentiellement source de risques, complète le contrôleur de sécurité. Notamment lors des différentes phases de changement de grilles, maintenance, réglage, etc. »

Pour limiter l’émission poussières, le concasseur est doté d’un brumisateur. Tout autour du site, une vingtaine de sprinklers participent au rabattage des poussières sur les pistes. « Si vraiment il y en a trop, on peut également faire passer un tracteur muni d’une citerne sur la plate-forme, en fonction de la météo, le juste compromis étant de maintenir au sol les poussières sans générer de boue », explique Jérôme Badie.

Les matériaux obtenus sont repris puis stockés sur des aires identifiées. « Sur la plate-forme, la chargeuse effectue 50 km par jour, pour reprendre ou déplacer les matériaux, charger les clients. Nous réfléchissons à mieux organiser les stocks, les tapis, les reprises, etc., à la fois pour réduire les kilomètres parcourus et limiter les vibrations et risques d’accidents », insiste le président du directoire.

Des prélèvements pour connaître le taux d’exposition à la silice ont été réalisés sur tous les opérateurs, de façon à anticiper la nouvelle réglementation européenne  sur le sujet. Il s’avère que seule la cabine de la pelleteuse pose problème. Dans les prochains mois, l'engin devrait être remplacé par une pelleteuse avec cabine pressurisée et équipée de filtration.

Chaque année, 150 000 tonnes de terres sont valorisées comme remblais pour la carrière. Sur les 80 000 tonnes d’autres déchets entrants, Ancycla parvient à produire et commercialiser plus de 70 000 tonnes de granulats recyclés destinés principalement aux travaux publics. Avec l’arrivée du nouveau concasseur, des granulats recyclés sont désormais produits pour l’industrie du béton. « Pour l’instant, les normes ne permettent pas de réintroduire en quantité importante des granulats recyclés dans la fabrication de produits béton, ce qui est dommage, déplore Jérôme Badie… Peut-être que dans le futur, cela évoluera. » 

ANCYCLA EN BREF

  • La plate-forme Ancycla a été ouverte en 2013, portée par deux actionnaires : le groupe Plattard et le groupe Firalp par sa filiale Sobeca.
  • D'une superficie de cinq hectares, la plate-forme d’Anse a pour objet « le recyclage de matériaux inertes de déchets du BTP » et emploie quatre personnes.
  • Ancycla réceptionne deux types de produits : des terres de terrassement valorisées dans le cadre du réaménagement écologique de la carrière exploitée par le groupe Plattard ; des matériaux destinés à être recyclés.
  • Les matériaux recyclés obtenus sont des granulats destinés aux travaux publics et à l’industrie du béton.

La traçabilité est un point primordial de notre process.

 La traçabilité est un point primordial de notre process 

CHRISTOPHE THYVOLLET, RESPONSABLE D'EXPLOITATION

© Guillaume J.Plisson pour l’INRS« Je suis assez maniaque et je tiens à ce que la plate-forme soit parfaitement ordonnée. Les matériaux sont déposés au sol et régulièrement je passe un “coup de lame” pour que cette plate-forme reste bien propre. Par ailleurs, je veille à ce que les chauffeurs déversent au bon endroit leurs matériaux de déconstruction pour que ceux-ci puissent être facilement repris avec la chargeuse qui alimente notre tout nouveau concasseur. Il est arrivé en octobre dernier et j’ai été formé à son utilisation pendant une semaine. Il possède plusieurs tapis d’alimentation. Les grilles doivent être régulièrement changées, en fonction de la granulométrie des matériaux que l’on souhaite obtenir. »

Delphine Vaudoux

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