DOSSIER

Depuis plus de quarante ans, la verrerie d’art de Soisy-sur-École fabrique des objets décoratifs en verre coloré. Ses verriers perpétuent la technique artisanale du soufflage de verre à la canne. Des mesures de prévention leur permettent aujourd’hui de prendre en compte les risques chimiques et ceux liés aux rayonnements infrarouges.

Devant chacun des deux fours de réchauffe, a été disposé un écran de protection contre les rayonnements optiques artificiels générés par la matière en fusion et qui peuvent engendrer à termes des pathologies de l’oeil.

Devant chacun des deux fours de réchauffe, a été disposé un écran de protection contre les rayonnements optiques artificiels générés par la matière en fusion et qui peuvent engendrer à termes des pathologies de l’oeil.

GLOBES, LAMPES, figurines animales, presse-papiers… les pièces en verre aux motifs colorés sont la spécialité de la verrerie d’art de Soisy-sur-École. L’entreprise familiale de l’Essonne, fondée en 1978, perpétue le savoir-faire des souffleurs de verre à la canne. « Nous réalisons essentiellement des petites séries, que nous vendons sur place dans notre magasin », explique Frédéric Alary, petit-fils de la fondatrice de la verrerie. Il y travaille depuis dix ans en tant que verrier et en assure la gérance depuis sept ans. Il continue à fabriquer des pièces quot-i-
diennement.

« Parfois, nous produisons aussi de petites séries sur mesure pour des professionnels : fabricants de luminaires, parfumeurs, décorateurs, artistes… », précise-t-il. Chaque année, environ 15 000 pièces sont produites, dans l’atelier de 120 m2, haut de plafond et dans lequel il ne fait jamais froid : le four de fusion fonctionne en continu à 1 150 °C. De nombreuses fenêtres et « le clocher » muni de vantelles assurent à la fois la ventilation, souvent nécessaire pendant les mois d’été, et l’éclairage naturel indispensable à ce travail minutieux.

Dans son travail de soufflage du verre, Frédéric Alary est aidé de Florian Le Loyer, salarié depuis quatre ans, et d’un apprenti en alternance, Loïc Dubernay, arrivé il y a six mois. « C’est le métier que je veux faire depuis tout petit, depuis que je suis venu visiter cette verrerie avec mes parents », témoigne ce dernier. L’atelier est en effet ouvert au public, cinq jours par semaine. Un chemin, séparé de l’atelier par des barrières, a été aménagé pour que les visiteurs puissent observer les souffleurs de verre à l’œuvre. Par ailleurs, trois salariés s’occupent du travail à froid sur le verre, du montage des luminaires et de la vente des produits.

La matière première est un mélange vitrifiable prêt à l’emploi, agglomérée en petites billes. « Cela permet d’éviter l’exposition à la silice cristalline », apprécie Pascal Vigouret, contrôleur de sécurité à la Cramif. Les effets sur la santé de ce minéral peuvent être particulièrement graves et invalidants. Au fond de l’atelier, le four de fusion est alimenté par environ 11 tonnes de matière première par an. Fondu, le verre deviendra visqueux et malléable : il pourra ainsi être travaillé et façonné pour lui donner la forme voulue. 

LES RISQUES LIÉS À L’UTILISATION DE LA SILICE CRISTALLINE

Les poussières de silice cristalline peuvent induire une irritation des yeux et des voies respiratoires, des bronchites chroniques et une fibrose pulmonaire irréversible nommée silicose. Cette atteinte pulmonaire grave et invalidante n’apparaît en général qu’après plusieurs années d’exposition et son évolution se poursuit même après arrêt de l’exposition. Par ailleurs, les travaux exposant à la silice cristalline sont dans la liste des procédés cancérogènes. Certaines pathologies provoquées par l’inhalation de poussières de silice cristalline peuvent être reconnues comme maladie professionnelle (tableau 25 des maladies professionnelles du régime général de la Sécurité sociale). Environ 200 cas par an sont reconnus comme maladies professionnelles, tous secteurs confondus.

La première étape est toujours la même : le verrier prélève cette pâte de verre incandescente et l’enroule autour de l’extrémité d’une canne creuse. Cette opération, nommée cueillage, est facilitée par l’ouverture et la fermeture automatique de la porte du four dès que l’un des verriers passe devant la cellule de détection de mouvement. Au préalable, la canne est préchauffée dans un petit réchaud adjacent, afin de ne pas trop refroidir le verre prélevé. « À vide, ltes cannes pèsent de 700 g à 3,5 kg, précise Frédéric Alary. Pour les pièces les plus grosses et les plus complexes, nous travaillons à deux ou à trois. »

Un écran de protection devant les fours

S’ensuit l’étape de coloration : Florian Le Loyer, pour fabriquer un vase coloré, roule le mélange visqueux dans du verre broyé coloré à l'aide d'oxydes métal-liques. Ceux-ci sont disposés dans une enceinte ventilée, afin de capter les poussières à la source. « Cela fait dix ans que je travaille ici et nous avons toujours été équipés de ce type de dispositif, que nous avons renouvelé il y a quatre ans », commente Frédéric Alary. « Le débit de 1 000 m3/h est suffisant par rapport à l’activité, constate Pascal Vigouret. J’ai toutefois suggéré de remplacer la gaine souple annelée par une rigide car cela induit une perte d’efficacité de l’aspiration. » Déjà commandée, elle devrait être installée prochainement.

Le verrier étire ensuite des fils de verre avec une pince pour réaliser les motifs colorés. Puis, il chauffe l’ensemble pour l’amalgamer dans le four de réchauffe, à 1 200 °C. Devant chacun des deux fours de réchauffe, a été disposé un écran de protection contre les rayonnements optiques artificiels. Ces derniers sont générés par la matière en fusion et peuvent engendrer à termes des pathologies de l’œil. Les écrans sont munis d’un repose-canne.

Puis le verrier procède au second cueillage : la boule est recouverte d’une nouvelle couche de verre en fusion. Il s’installe ensuite sur un banc pour effectuer les différentes étapes de façonnage de l'objet à réaliser. Durant ces opérations, le verre sera soufflé à la bouche et le verrier a à sa disposition tous les outils nécessaires… Une fois le travail à chaud achevé, l’artisan pose sa pièce dans un four de recuisson, maintenu à 500 °C en journée, permettant d’éliminer les tensions dans la matière puis son refroidissement progressif pendant la nuit. Elle peut être manipulée dès le lendemain, sans risque de brûlure.

Une salariée est en charge du travail à froid du verre effectué dans l’atelier au sous-sol. Celui-ci est nécessaire pour réaliser les finitions de certaines pièces : polissage, sciage, platinage, perçage, chanfreinage, ou gravure des pièces, effectuée à la demande. Le poste de travail est équipé d’un dosseret aspirant pour capter les poussières. « L’avantage de travailler dans une entreprise artisanale, c’est que l’on effectue toutes les étapes à chaud de fabrication de la pièce en verre. L’expérience est très importante dans ce métier. On apprend tous les jours », apprécie Loïc Dubernay.

LES RAYONNEMENTS OPTIQUES ARTIFICIELS

 « La cataracte du verrier est la seule maladie professionnelle liée aux rayonnements optiques reconnue, explique Annick Barlier-Salsi, responsable d’études à l’INRS. Elle est due à l’exposition aux rayonnements infrarouges émis par le verre en fusion ou par le métal en fusion, dans les aciéries. Cela concerne aussi bien les postes de travail au niveau des fours de fusion que ceux au niveau des fours de réchauffe. » La prévention de ce risque de maladie repose sur l’utilisation d’écrans filtrant les infrarouges. La reconnaissance des couleurs étant importante pour un verrier, afin d’évaluer la température du verre, il est conseillé d’utiliser des filtres assurant une protection efficace contre les infrarouges, tout en permettant une reconnaissance accrue des couleurs.

En savoir plus :

Katia Delaval

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