DOSSIER

Le Smictom d’Alsace Centrale, qui gère la collecte et le traitement des ordures ménagères de 90 communes, mène une réflexion continue sur l’amélioration des conditions de travail. Les évolutions techniques et organisationnelles des collectes, des déchèteries et de son centre de tri visent notamment à épargner le dos des agents de l’établissement.

Les opérations réalisées au sein du Smictom vont de la dépose par les particuliers de leurs encombrants à la déchèterie jusqu’aux opérations de tri des matières recyclables, en passant par la collecte des ordures ménagères. Elles ont toutes bénéficié de mesures permettant de lutter contre les lombalgies.

Les opérations réalisées au sein du Smictom vont de la dépose par les particuliers de leurs encombrants à la déchèterie jusqu’aux opérations de tri des matières recyclables, en passant par la collecte des ordures ménagères. Elles ont toutes bénéficié de mesures permettant de lutter contre les lombalgies.

POUR LA DECHETERIE de Scherwiller, en Alsace, la période estivale n’est pas synonyme de tranquillité. En ce matin du mois d’août, une file de véhicules s’est formée à l’entrée de l’établissement. Une à une, les voitures et les camionnettes, tractant parfois une remorque, pénètrent sur le site pour être orientées vers différentes bennes en fonction de la nature de leur chargement. Machines à laver, réfrigérateurs, canapés, téléviseurs, gazinières, gravats… C’est tout un inventaire à la Prévert qui est jeté par les usagers eux-mêmes. Depuis 2010, le règlement interdit aux employés d’aider au déchargement.

Mise en place face à l’augmentation du nombre de dépôts journaliers, passés de 30 en moyenne dans les années 1990 à 300 aujourd’hui, cette mesure a pour but de préserver le dos des opérateurs. « Nous sommes trois pour gérer les flux de voitures et de piétons, répondre aux interrogations des uns et des autres… même si nous le voulions, nous ne pourrions pas décharger tous les véhicules, affirme Xavier Bibaut, agent de déchèterie. Bien entendu, si une personne seule arrive avec une baignoire, nous ne la laissons pas en plan. Mais nous lui expliquons bien que c’est exceptionnel et que la prochaine fois, il faudra venir accompagné ! » Une évolution difficile à accepter pour le public, mais qui a fini par entrer dans les mœurs à force d’explications et de pédagogie.

Le Smictom d’Alsace centrale emploie 150 personnes. Il exploite, en plus de celle de Scherwiller, sept autres déchèteries dans la région et ne s’est pas arrêté là en matière de prévention des risques liés au port de charge. Responsable de la collecte des ordures ménagères de 130 000 particuliers, l’établissement récupère chaque année 71 500 tonnes de déchets. Soit quatre tonnes par jour et par agent en collecte en porte à porte. « Les professionnels du secteur ont pris conscience, il y a longtemps déjà, de la pénibilité que représente la manutention de telles quantités de matière, souligne Grégory Gilgenmann, le responsable du service hygiène-sécurité et maintenance. Chez nous, depuis les années 1990, toute la collecte est réalisée à partir de bacs adaptés aux lève-conteneurs des camions bennes. »

La fin du fini-parti

Autre tournant historique, en 2003, le ramassage des encombrants, manuel jusque-là, est arrêté et les usagers sont invités à se rendre à la déchèterie. La redevance incitative au volume mise en place en 2010 a permis de diminuer le tonnage récupéré chez les particuliers au profit des déchèteries et de la collecte sélective. Le verre, le plastique, le textile et les biodéchets, déposés dans des points d’apport volontaire, sont collectés au moyen de bennes équipées de bras mécaniques.

Enfin, l’informatique a permis de rationaliser les tournées et ainsi de répartir le travail équitablement entre les équipes. « Nous avons supprimé le “fini-parti” en juin 2017. Cette pratique qui poussait les agents à travailler plus vite pour terminer leur journée le plus tôt possible augmentait les risques d’accidents et l’intensité des efforts fournis par les organismes, atteste Grégory Gilgenmann. Aujourd’hui, si des collègues reviennent en avance d’une tournée, ils donnent un coup de main sur le site jusqu’à avoir fait leurs horaires journaliers. »

Le site du Smictom de Scherwiller abrite également un centre de tri datant de 1994. Le process de séparation des matériaux recyclables a été revu en 2015, avec notamment une amélioration du prétri automatisé. Alimenté par un chargeur à godet, un convoyeur entraîne les déchets dans un parcours ponctué de différents dispositifs : aimant attirant les métaux, tamis pour retirer les trop gros débris et soufflettes qui orientent papiers, plastiques et cartons sur différents tapis. Au final, six flux aboutissent dans la cabine de triage manuel : papiers, cartons, emballages et produits alimentaires ainsi que les plastiques.

Autour des convoyeurs, les opérateurs, appelés valoristes, travaillent en tri négatif, c’est-à-dire qu’ils retirent les matériaux passés entre les mailles du prétri. Ils n’ont à repérer que deux à trois types de matières chacun. Dans la précédente organisation, ils devaient en récupérer jusqu’à sept. Ce changement entraîne une diminution du nombre de bacs de récupération des matières indésirables qui ne sont plus que deux de part et d’autre de chaque poste. Les salariés n’ont donc plus besoin d’effectuer des rotations importantes du bassin pour atteindre des contenants placés derrière eux.

« La conception des postes a bénéficié de l’apport d’un ergonome et a pris en compte nos recommandations et celles de l’INRS, précise Christian Jacquel, ingénieur-conseil à la Carsat Alsace-Moselle. Ainsi, la largeur des tapis a été réduite afin que les agents n’aient pas à courber le dos lorsqu’ils récupèrent des déchets. » En complément, pour que les postes puissent être tenus par tout un chacun, les grilles sur lesquelles se tiennent les valoristes sont réglables en hauteur. « La nouvelle configuration de travail change vraiment la donne pour notre dos, se félicite Josiane Mefaredj, une valoriste. Le prétri est mieux fait, ce qui nous impose moins de gestes et moins de rotations. Si vous ajoutez à cela le réglage en hauteur des postes, vous comprendrez que l’on est moins courbaturé en fin de journée ! »

Stéphane Berret, le responsable équipe de tri, attire toutefois notre attention : « Lors de la refonte, trois postes ont été configurés pour que la matière arrive vers l’opérateur plutôt que de défiler latéralement. Cependant, à l’usage, les opérateurs adoptent des postures contraignantes  et cette formule s’est révélée insatisfaisante. Mais la réglementation imposera bientôt de nouvelles matières à recycler, donc de nouveaux aménagements, ce qui nous donnera l’occasion de revoir notre copie. »  

AGIR SUR LES RPS, C’EST AUSSI PRÉVENIR LA LOMBALGIE

Les risques psychosociaux peuvent être des facteurs aggravants des lombalgies. Ainsi, la lutte contre les RPS a un effet positif en matière de mal de dos. Au Smictom, les valoristes n’ont plus à trier que deux ou trois types de matériaux contre sept dans la précédente organisation. La réduction de charge mentale en résultant fait mécaniquement baisser leur stress. Dans le même ordre d’idée, il est dorénavant possible pour chaque salarié d’arrêter le convoyeur sur lequel il travaille afin de résoudre un problème (gestion de bourrage, qualité de tri…), sans que cela stoppe tous les flux comme c’était auparavant le cas. Là encore, c’est moins de stress. Du côté de la déchèterie, l’installation de caméras, initialement pensées pour réduire les vols, a permis de réduire les violences externes. Se sachant filmés, les usagers de mauvaise humeur ont tendance à contrôler leur agressivité. Moins de tension, moins de RPS.

DE L’INTÉRÊT DE LA CONCERTATION

 « Lorsque le Smictom a lancé son projet de nouveau centre de tri, la Carsat Alsace-Moselle menait un plan d’action régional visant à faire baisser la sinistralité dans le secteur de la collecte et du tri des déchets, se remémore Christian Jacquel, ingénieur-conseil à la Carsat. Nous avons donc accompagné l’établissement dans sa mue, en rapprochant les différents acteurs que sont les collectivités, les prestataires de collecte, les centres de tri, pour permettre d’engager des actions de prévention concertées. » « Nous avons notamment échangé avec les communes pour
qu’elles s’investissent dans la prévention, explique Grégory Gilgenmann, le responsable du service hygiène-sécurité et maintenance. Ainsi, pour éviter les marches arrière des camions lors des tournées, le Smictom a demandé aux résidents de voies sans issue de sortir leurs poubelles jusqu’à l’entrée de leur rue. Aujourd’hui, dès la réalisation des plans de nouveaux lotissements par les communes, les rues en impasse sans retournement possible sont évitées. »

Damien Larroque

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