DOSSIER

En 2002, La Boulangère n’affichait qu’un cas de TMS au compteur. Dix ans plus tard, l’entreprise a vu ce chiffre passer à huit, la conduisant à être sélectionnée par la Carsat Pays-de-la-Loire pour participer au programme TMS Pros. Elle y a trouvé un cadre structurant et une méthode de travail qui avaient manqué aux actions de prévention qu’elle avait lancées jusqu’alors.

La manipulation des cuves au niveau des pétrins doit faire l’objet d’améliorations afin d’éviter aux opérateurs d’effectuer un certain nombre de gestes contraignants.

La manipulation des cuves au niveau des pétrins doit faire l’objet d’améliorations afin d’éviter aux opérateurs d’effectuer un certain nombre de gestes contraignants.

Fondée en 1985 par un couple d’artisans, La Boulangère fabrique des viennoiseries industrielles. Site historique de la marque, l’usine des Herbiers, en Vendée, compte aujourd’hui 270 salariés et consacre ses différentes lignes de production, qui tournent en 3 x 8, aux nombreuses recettes de pâtes briochées de son catalogue. C’est également ici que le service recherche et développement élabore et teste les nouveautés.

Avant son intégration au programme TMS Pros, en septembre 2014, l’entreprise menait déjà une politique d’amélioration des postes de travail. Bien que motivée d’abord par le gain de productivité, celle-ci pouvait apporter un bénéfice pour la préservation de la santé des salariés, comme sur la ligne de production des brioches tressées, par exemple. Les postes des opérateurs ont été rapprochés du tapis sur lequel défilent les boudins de pâte et sont positionnés sur des passerelles réglables en fonction de la taille des salariés. De plus, la polyvalence est de mise  : ils changent de taches toutes les heures sur cette ligne. « Nous agissions plutôt à l’instinct. La démarche méthodique de TMS Pros, qui demande des mesures objectives et des indicateurs précis, nous a ouvert les yeux sur de nombreux points. Le programme nous a donné un cadre, une rigueur qui pouvaient manquer à nos précédentes actions », remarque Marc-Antoine Reinhardt, directeur de l’usine des Herbiers.

Sylvia Grelet, assistante qualité et référente TMS Pros, a suivi une formation dispensée par un organisme de formation habilité. Celle-ci l’a aidée à identifier les indicateurs adéquats, notamment RH, grâce auxquels les postes à risque peuvent être repérés, mais également, les actions évaluées. « J’ai observé les salariés dans leur quotidien. J’ai énormément échangé avec eux pour savoir s’ils avaient des douleurs particulières et au cours de quelles tâches elles apparaissaient. Cela m’a permis d’établir des priorités, mais aussi de mettre en place un questionnaire, utilisé lors des entretiens annuels, et des fiches d’alerte que peuvent nous faire remonter, au fil de l’eau, les chefs de ligne », explique-t-elle. Une véritable veille des risques de TMS a donc vu le jour.

UN PREMIER CONTACT DIFFICILE

La Boulangère est ciblée par la Carsat Pays-de-la-Loire en 2014, et sa première réaction n’a pas été vraiment positive. « Lorsque nous avons reçu la convocation pour participer à une réunion sur le programme TMS Pros, nous n’étions pas enthousiastes, se souvient Marc-Antoine Reinhardt. Nous travaillions déjà à faire évoluer nos postes et nous ne voyions pas l’intérêt de nous inscrire dans le dispositif. Il nous semblait que ce serait surtout une perte de temps. C’est la formation qui nous a convaincus, ainsi que le déploiement sur le terrain. Nous avons identifié des points d’améliorations que nous n’aurions pas pu repérer avec notre approche précédente. L’implication des salariés dans le groupe de travail a achevé de nous ouvrir les yeux sur l’intérêt du programme TMS Pros. »

Forte de cette cartographie des risques, La Boulangère est maintenant prête à passer à l’action, c’est-à-dire à entrer dans l’étape 3 du programme TMS Pros. Les premiers postes qui bénéficieront d’évolutions sont ceux des boulangers qui préparent la pâte. Ces derniers doivent actuellement apporter les cuves des pétrins, montées sur roulettes sous un distributeur d’ingrédients qui les remplit en fonction de la recette choisie. « Il n’y a qu’un distributeur pour toute l’usine. Autour, le trafic est parfois dense. En plus des employés qui y travaillent, de nombreux autres salariés circulent par ce lieu qui se trouve être un point de passage privilégié, souligne Marc-Antoine Reinhardt. Les boulangers poussent les cuves des pétrins, qui peuvent contenir de 150 à 250 kilos de pâte, et sont régulièrement obligés de les retenir, de les freiner, pour laisser passer des collègues. Cela met leur corps à rude épreuve. » Une réorganisation est donc à l’ordre du jour afin de diviser par deux le nombre de passages dans cette zone. Pour y parvenir, deux lignes de production vont notamment être en partie déplacées.

Des manutentions à revoir

Dispatchés autour du distributeur d’ingrédients, les pétrins devraient, eux aussi, faire l’objet d’amélioration. Les opérateurs viennent y emboîter les cuves remplies. Cette opération nécessite de maintenir la cuve avec le pied, tout en s’agrippant avec les mains à la grille située au-dessus pour avoir plus de force. Le pétrin détecte alors la présence de la cuve, la verrouille et lance le cycle de pétrissage. « Le système de fixation doit être revu pour que les cuves s’enclenchent automatiquement, sans que les salariés soient dans l’obligation d’utiliser leurs jambes pour les retenir », insiste Sylvia Grelet.

UN ACCOMPAGNEMENT A DISTANCE

La Carsat Pays-de-la-Loire a sélectionné 1  027 entreprises pour participer au programme TMS Pros. Cela représente un huitième de la cible par ce dispositif au niveau national. « Compte tenu de ce nombre important, nous nous sommes organisés en distinguant deux modes d’intervention, in situ et à distance. Ainsi, la moitié des entreprises est accompagnée à distance, les contacts avec les référents TMS Pros se font par mail et par téléphone afin d’évaluer la progression et de rappeler les échéances. Ce mode d’intervention comporte néanmoins des contrôles inopinés pour vérifier si les affirmations des établissements correspondent bien à la réalité de leurs avancées », explique Nicolas Pésigot, contrôleur de sécurité à la Carsat Pays-de-la-Loire. L’implication de l’entreprise La Boulangère dans le programme TMS Pros est un bon exemple de l’efficacité de cette forme de suivi.

REPÈRES

L’usine des Herbiers en chiffres :

● Surface couverte : près de 2 000 m2.
● Nombre de salarié : 270

    ● Plus de 60 recettes de pâtes briochées.
    ● Plus de 400 pétrins lancés chaque jour.
    ● Plus de 150 000 œufs utilisés par jour.

Une fois le pétrissage lancé, en fonction de la recette, d’autres ingrédients doivent être ajoutés. Les pépites de chocolat, par exemple, qui, conditionnées en sacs de 10, 20 ou 25 kilos, nécessitent plusieurs manipulations. « Il faut d’abord redresser les sacs, puis les transvaser sur un chariot, les ouvrir, pousser le chariot jusqu’au pétrin et, enfin, verser les pépites », explique Marc-Antoine Reinhardt, joignant le geste à la parole. La piste pressentie pour limiter ces manutentions est la suivante : en utilisant un dispositif adapté, la distribution des pépites de chocolat pourra se faire au niveau du point d’approvisionnement des autres ingrédients. Récupérées directement dans un récipient fixé sur un axe permettant son basculement, les pépites pourront être versées à moindre effort dans les pétrins. De la même manière, le sucre et la farine bénéficieront de conditionnements qui généreront beaucoup moins de manutentions. Ces aménagements devraient voir le jour en septembre 2016.

Dans un second temps, ce sont les postes de nettoyage des lignes qui seront concernés par des évolutions. En effet, ce travail oblige les salariés à de nombreux mouvements répétitifs et doit être réalisé en un temps limité, puisque la production est à l’arrêt pendant cette phase. Chaque ligne est stoppée une fois par jour pour un premier nettoyage léger et une fois par semaine pour un second plus en profondeur. « À l’heure actuelle, c’est une équipe dédiée qui gère le nettoyage de toutes les lignes. Nous avons en tête de mieux répartir cette tâche afin de ne pas en faire supporter la pénibilité aux mêmes personnes. Peut-être en confiant le nettoyage aux chefs de ligne et à leurs équipes », avance Marc-Antoine Reinhardt.

Ce sera ensuite aux salariés en charge de la pesée manuelle ou à ceux qui gèrent la préparation de colis de bénéficier d’améliorations. Mais chaque chose en son temps. « L’un des points positifs du programme TMS Pros, c’est qu’il nous permet de ne pas nous éparpiller, affirme Sylvia Grelet. Nous avançons par étapes, selon les priorités que nous avons définies, et allons jusqu’au bout de la démarche avant de passer au poste suivant. » . 

Damien Larroque

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