DOSSIER

Qu’elles soient respiratoires ou cutanées, les allergies professionnelles sont des pathologies le plus souvent chroniques qui peuvent devenir très invalidantes pour les salariés chez qui elles se développent. Elles sont nombreuses et leurs causes sont multiples. Souvent sous-estimées, elles concernent de nombreux secteurs d’activité et professions.

La farine est la première cause d'asthme professionnel en France. La boulangerie est bien évidemment le secteur le plus concerné par ce risque.<br/>

La farine est la première cause d'asthme professionnel en France. La boulangerie est bien évidemment le secteur le plus concerné par ce risque.

Asthmes, rhinites, eczémas, urticaires… Ces pathologies qui touchent les voies respiratoires ou la peau peuvent être la manifestation d’une allergie professionnelle. L’allergie professionnelle est définie comme « une réaction anormale et excessive du système immunitaire, à la suite d’une exposition à une substance rencontrée dans le milieu de travail », explique Nadia Nikolova-Pavageau, expert d’assistance médicale à l’INRS. Elle peut devenir très invalidante car une fois la pathologie déclarée, de très faibles niveaux d’exposition à la substance en cause, c’est-à-dire l’allergène, suffisent à en déclencher les symptômes.

Les allergies touchent des salariés plutôt jeunes : 40 ans en moyenne pour l’asthme et 35 ans pour la dermatite allergique de contact ou eczéma, qui est l’allergie cutanée la plus fréquente. Sur le plan de l’activité professionnelle, les répercussions sont importantes pour les personnes concernées. « Ces pathologies chroniques nécessitent souvent un aménagement de poste, un reclassement ou une réorientation professionnelle », poursuit l’expert de l’INRS. Cela peut être vécu comme un drame par certains qui doivent alors quitter leur emploi.

Les allergies sont regroupées dans une trentaine de tableaux de maladies professionnelles. En 2016, 169 nouveaux cas d’asthme professionnel et 382 d’eczéma allergique ont ainsi été reconnus maladies professionnelles. Cela semble peu par rapport aux 48 762 maladies professionnelles reconnues dans le régime général cette même année. « Car les allergies sont souvent sous-déclarées », souligne Nadia Nikolova-Pavageau. Les revues de littérature scientifique internationales estiment qu’environ 15 % des cas d’asthme chez l’adulte seraient d’origine professionnelle.

Les allergies cutanées professionnelles sont elles aussi protéiformes. « Elles touchent la zone de contact avec la substance en cause – les mains le plus souvent – mais elles peuvent parfois s’étendre », détaille Nadia Nikolova-Pavageau. Les plus fréquentes, les dermatites de contact allergique, se manifestent par des rougeurs et des vésicules sur la peau, apparaissant de manière retardée par rapport au contact avec l’allergène. Plus rares, les urticaires de contact se manifestent quant à eux rapidement après le contact avec ce dernier et disparaissent rapidement après l’arrêt de ce contact.

Une grande diversité de substances sensibilisantes

De nombreux secteurs d’activité et professions sont concernés par les allergies. Ce sont les boulangers-pâtissiers, les coiffeurs, les agents de nettoyage et les agents de services hospitaliers qui sont les plus touchés par l’asthme. Les professions les plus affectées par les allergies cutanées sont les coiffeurs, encore, le personnel soignant, les ouvriers du BTP et, à nouveau, les agents de services hospitaliers.

PAROLE D’EXPERT

Nadia Nikolova-Pavageau, expert d’assistance médicale à l’INRS.

Une rhinite est souvent associée à l’asthme, comme le montrent les données du Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P). Le plus souvent, elle le précède et peut alors constituer un signal d’alerte. Par ailleurs, il existe des asthmes aggravés par le travail, c’est-à-dire un asthme préexistant chez le salarié, aggravé par une exposition en milieu professionnel. Il n’existe pas de tableau de maladie professionnelle pour ces asthmes. Cependant, l’asthme aggravé par le travail est au moins aussi fréquent que l’asthme professionnel. Plus rares, les pneumopathies d’hypersensibilité sont des inflammations des poumons causées par une réaction allergique à une exposition à des poussières animales ou végétales.

Les substances en cause sont très variées. Elles sont le plus souvent chimiques mais peuvent aussi être des agents biologiques. « On estime à 400 le nombre de sub­stances responsables d’allergies en milieu professionnel », précise Fabrice Battais, responsable d’études au laboratoire sensibilisation, allergies et biologie clinique à l’INRS. Selon l’Observatoire national des asthmes professionnels II (ONAP II), la farine reste l’agent le plus fréquemment incriminé (19 % des cas sur la période 2008-2014). L’exposition à des ammoniums qua­­ternaires ou à d’autres produits de désinfection est mise en cause dans 15 % des cas.

Les allergies doivent être prises en compte dans la prévention des risques professionnels. « Cette évaluation s’intéressera aussi aux agents irritants. L’irritation peut précéder et favoriser l’allergie », souligne Nadia Nikolova-Pava­geau. Dans l’idéal, la prévention des allergies cutanées et respiratoires passe par l’identification des substances ou des produits en cause afin de les substituer. Quand la substitution n’est pas possible, des mesures de prévention collectives doivent être envisagées : confiner les procédés émissifs, utiliser des formulations qui émettent moins de poussières en remplaçant les poudres, volatiles, par des pâtes (comme cela a été fait pour les produits capillaires de décoloration par exemple) afin d’éviter la présence d’allergènes dans l’air ambiant.

« Les sprays sont notamment à proscrire pour éviter la mise en suspension de molécules sensibilisantes ou irritantes. De la même manière, le nettoyage des surfaces et des locaux empoussiérés doit se faire à l’humide », souligne Nadia Nikolova-Pavageau. Un captage à la source associé à une ventilation adaptée permet de limiter l’exposition des salariés. La prévention des allergies cutanées, elle, passe aussi souvent par l’utilisation d’EPI, et notamment de gants. Ceux-ci doivent être choisis en fonction de la substance manipulée et changés régulièrement.

« Par ailleurs, le port de gants sur des périodes courtes doit être privilégié afin d’éviter la macération cutanée », précise-t-elle. Ces EPI peuvent toutefois être aussi des causes d’allergies, en particulier les gants en caoutchouc naturel (latex) ou synthétique. La sensibilisation aux additifs de vul­canisation utilisés dans la fabrication de ces protections est fréquente, comme cela a pu être constaté chez les personnels soignants notamment. Dans ce secteur, la prévention s’appuie notamment sur l’utilisation de gants non poudrés (pour éviter la mise en suspension dans l’air de protéines de latex adsorbées sur les particules de poudre) et l’utilisation de gants en vinyle pour certains soins. Des modifications de fabrication des gants ont également permis la réduction de la teneur en allergènes.

REPÈRES

Principaux agents en cause

Asthme professionnel

  • Farine
  • Persulfates alcalins (utilisés dans les produits de décoloration en coiffure)
  • Ammoniums quaternaires (utilisés dans les produits de désinfection)

Allergies cutanées

  • Métaux (nickel principalement)
  • Biocides
  • Produits de coiffure

Katia Delaval

Haut de page