DOSSIER

L’hôpital Rothschild à Paris a ouvert en 2010. Il a été conçu en prenant en compte à la fois le handicap, la dépendance physique des malades, le confort du patient et du personnel. Dédié pour une large part aux soins de suite et de réadaptation, c’est un établissement pilote, à l’AP-HP, pour la gestion de l’amélioration des conditions de travail.

À la balnéothérapie, des rails permettent d'amener le patient depuis les vestiaires jusqu'à la piscine.

À la balnéothérapie, des rails permettent d'amener le patient depuis les vestiaires jusqu'à la piscine.

Des halls et des couloirs spacieux, lumineux, des murs colorés, des rails au plafond dans chaque chambre… Dans le nouvel hôpital Roth-schild, dans le XIIe arrondissement de Paris, on perçoit d’emblée les efforts d’aménagements qui ont été réalisés pour faciliter le travail quotidien du personnel. Tout a été pensé pour le confort des patients et des personnels, soignants et de rééducation. Ouvert dans sa configuration actuelle en septembre 2010, il est dédié aux soins de suite et de réadaptation et à la gériatrie. Il compte 306 lits d’hospitalisation. Le service de rééducation emploie une cinquantaine de personnes: kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, pédicures-podologues, psychomotriciens… auxquelles s’ajoute le personnel soignant: aides-soignants, infirmiers.

HISTORIQUE

Si l’hôpital Rothschild, tel qu'il est aujourd'hui, date de 2010, le premier hôpital bâti sur le site datait de 1852. Construit rue de Picpus, par James de Rothschild, il est reconnu d’utilité publique en 1886. Il prend rapidement de l’ampleur. Un dispensaire, un hospice, une maternité et un orphelinat y ouvriront successivement, donnant naissance à un complexe hospitalier.

« Lors de la conception du bâtiment, les conditions de travail du personnel ont été une réelle préoccupation. Toutes les chambres sont par exemple individuelles et équipées de lève-patients sur rail, desservant le lit et la salle de bains. L’équipement a été homogénéisé sur l’ensemble de l’établissement. « Le souci du risque professionnel est une réelle préoccupation de l’AP-HP, souligne Brigitte Plagès, directrice des soins de l’établissement. C’est pourquoi il y a eu une vraie réflexion sur cet hôpital lors de sa conception. » Le plateau technique de rééducation a ainsi fait l’objet de divers aménagements. « Nous avons également une salle de rééducation à chaque étage, présente Marc Mion, cadre de santé paramédical. Ce n’est pas qu’un ensemble de salles centralisées au rez-de-chaussée. L’idée était de mettre les activités au plus près des patients. Cela diminue les distances et les temps de trajets pour certains patients, réduisant par la même occasion les risques de chute. Les contraintes liées aux flux sont mieux maîtrisées. Tout le monde n’est pas obligé de descendre au rez-de-chaussée. »
Les services sont également équipés de nombreux outils facilitant les manutentions de personnes : guidons de transferts, draps de glisse, planches de transfert, lève-malades, appareils à verticalisation électriques… « On peut manipuler les patients seuls et avec beaucoup plus de facilité, remarque Chantal Perreau, kinésithérapeute. Les conditions de travail ici sont une grande chance, c’est révolutionnaire par rapport à d’autres établissements. » Le service de balnéothérapie est également équipé de rails pour permettre aux patients les moins mobiles d’accéder à la piscine, à la baignoire trèfle et au pont d’immersion, depuis les vestiaires, simplement et en sécurité.

Implication du personnel

Un groupe de travail sur l’amélioration des conditions de travail, missionné par l’AP-HP, a été créé dans l’établissement. Il associe la direction, les ressources humaines, les partenaires sociaux, des membres du personnel. « On retrouve un lien entre les engagements institutionnels transversaux de l’établissement et l’investissement du personnel », commente Brigitte Plagès. Outre l’amélioration des conditions de travail, les sujets abordés incluent la prévention des risques psychosociaux ou encore la prévention des troubles musculosquelettiques. « Quand des professionnels sont associés à une démarche de prévention pour la sécurité de leurs collègues, ça les sensibilise à leurs propres pratiques et ça les incite à s’impliquer pour leur propre santé », poursuit-elle.

La présence des divers équipements pour faciliter les manutentions des patients modifie la pratique des métiers. Au fil des ans, la logique de soins a évolué, même si les métiers de la rééducation renvoient toujours l’image d’être très physiques. « Avant, on était dans les techniques de manutention des patients en étudiant comment se servir de son corps pour travailler avec une moindre contrainte, constate Brigitte Plagès. Aujourd’hui, on apprend à se servir des appareils d'aide. On s’approprie l’environnement de travail, au lieu de faire “comme on peut” dans l’environnement. » L’accueil des nouveaux arrivants intègre aussi largement la question des manutentions de patients et les bonnes pratiques à adopter. « Ça présente un gros avantage : ils se forment sur le matériel du service et avec les spécificités du service », souligne Marc Mion.

Évolution des métiers

Penser un tel établissement en amont, lors de l’implantation, a nécessité d’utiliser les espaces et les volumes différemment. Un des inconvénients à terme est que les structures seront moins mobiles, que l’évolutivité du bâtiment sera plus contrainte. « Mais cela contribue à une autonomie des patients et des soignants dans une meilleure sécurité, estime Brigitte Plagès. Il est d’ailleurs impossible de distinguer clairement à qui profitent les bénéfices obtenus. Ce qui est aménagé pour les soignants bénéficie aussi aux patients. Et inversement, ce qui a été pensé pour le confort des patients profite également aux soignants dans leurs pratiques », observe-t-elle. Le fait d’avoir aménagé uniquement des chambres individuelles, pour le confort des patients, aide par exemple les soignants dans leur travail. Ils ont plus d’espace pour se mouvoir, pour manœuvrer les patients du brancard au lit ou du lit au fauteuil roulant. « Toutes ces améliorations contribuent à aider les soignants à rester dans leur poste le plus longtemps possible, conclut-elle. On ne peut aller contre une usure naturelle liée à l’âge, mais cela permet de maintenir le personnel dans la profession qu'il a choisie. Sans oublier que les professions de rééducation se féminisent fortement, ce qui implique de concevoir des aides différemment. »

LES CYTOTOXIQUES

Infirmiers et aides-soignants peuvent être soumis à des risques spécifiques. En oncologie, les médicaments cytotoxiques utilisés dans les chimiothérapies présentent des propriétés mutagènes, cancérogènes ou reprotoxiques. Sophie N’Daw, responsable d’études à l’INRS, a montré à partir de marqueurs urinaires que plus de la moitié des infirmiers et des aides-soignants excrétaient des cytotoxines. Les niveaux étaient néanmoins faibles et les expositions sporadiques. En cause : une contamination généralisée des espaces de travail et le port de gants dans les salles de soins parfois insuffisant. La problématique se pose aussi pour les infirmiers libéraux qui administrent des cytotoxiques à domicile. Les protocoles peuvent être adaptés aux conditions d’intervention à domicile. À lire : ED 6138, Médicaments cytotoxiques et soignants.

Céline Ravallec

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