DOSSIER

Les espaces confinés sont présents dans tous les secteurs d’activité. Ils sont néanmoins encore souvent méconnus ou mal identifiés et, par conséquent, ils constituent un parent pauvre en matière de prévention des risques. Pourtant, le personnel qui évolue en leur sein est exposé à des risques mortels. Des mesures de prévention et des formations existent pour assurer les interventions le plus en sécurité possible.

Avant tout accès à un espace confiné, une procédure d’évacuation d’urgence doit avoir été définie.

Avant tout accès à un espace confiné, une procédure d’évacuation d’urgence doit avoir été définie.

Quel est le point commun entre une aile d’avion, un égout, une cuve vinicole, un ballast de navire, une hélice d’éolienne, une tour aéroréfrigérante, une cuve de station d’essence ou encore un four d’aciérie ? Tous constituent des espaces confinés (http://www.inrs.fr/risques/espaces-confines/ce-qu-il-faut-retenir.html). Est communément considéré comme espace confiné tout ouvrage ou équipement totalement ou partiellement fermé, avec une ventilation insuffisante générant une atmosphère susceptible d’être délétère, et qui n’a pas été conçu pour être occupé par du personnel, même temporairement. On en rencontre dans de nombreux secteurs d’activité : industrie (chimique, métallurgique, nucléaire, agroalimentaire…), agriculture, eau et assainissement, BTP, immobilier, transports, déchets... Autant de secteurs dans lesquels des interventions humaines de maintenance ou de nettoyage en espaces confinés sont ponctuellement nécessaires.

Au-delà d’une conception qui rend le plus souvent ces volumes difficiles d’accès et impose des postures contraignantes aux personnes qui y pénètrent, la présence de poches de gaz asphyxiants (N2, Ar, CO2), explosifs (CH4, H2, hydrocarbures) ou toxiques (CO, H2S, NH3, Cl2) est susceptible d’appauvrir l’atmo-sphère en oxygène ou de la polluer au point de la rendre mortelle. Les travaux qui y sont réalisés, tels que des opérations de soudage, vont augmenter les risques de rendre cette atmosphère, déjà délétère, incompatible avec une présence humaine.

L’extrême gravité des accidents qui surviennent nécessite une vigilance sans cesse renouvelée. D’autant plus que des cas de suraccidents sont souvent rencontrés : des personnes cherchant à secourir leur collègue en difficulté se retrouvent à leur tour victimes. Plus de la moitié des décès sont déplorés chez des personnes qui voulaient porter assistance.

CARACTÉRISATION D’UN ESPACE CONFINÉ

Un espace confiné est un volume totalement ou partiellement fermé (bâtiment, ouvrage, équipement, matériel…) qui généralement n’a pas été conçu pour être occupé en permanence par du personnel, ni destiné à l’être. Des personnes peuvent néanmoins avoir y intervenir de façon temporaire pour effectuer des opérations programmées d’entretien, de maintenance ou de nettoyage, ponctuelles et plus ou moins fréquentes, mais aussi des interventions non programmées à la suite d’événements exceptionnels. Dans un tel espace, le défaut ou l’insuffisance d’ouverture limite les échanges d’air avec l’extérieur. Les principales sources de risques sont : l’insuffisance de ventilation naturelle, la conception, les équipements mis en œuvre, la nature des travaux réalisés.

Si l’asphyxie-anoxie est le premier risque, les intervenants peuvent être également exposés à d’autres risques d’accidents aux conséquences tout aussi graves : chutes de hauteur, ensevelissement, noyade, incendie-explosion… Moins graves mais bien présents, les risques de glissades et de chutes de plain-pied. L’ambiance thermique chaude et humide accentue souvent la pénibilité des tâches réalisées, et des contaminations biologiques sont aussi possibles. Les postures contraignantes et les manutentions des flexibles provoquent des sollicitations physiques non négligeables qui, à la longue, peuvent générer des lombalgies ou des troubles musculosquelettiques.

Bien définir ce qu’est un espace confiné

Beaucoup d’accidents résultent d’une mauvaise prise en compte de la réalité d’un espace confiné. « Dans la profession, les salariés ont parfois des difficultés pour identifier les espaces confinés », observe Charles Le Boulanger, de la Fédération nationale des syndicats de l’assainissement et de la maintenance industrielle (http://www.fnsa-vanid.org/). En découlent une analyse des risques inexistante ou insuffisante, un défaut de communication entre entreprise utilisatrice et entreprise intervenante, une insuffisance du contrôle de l’atmosphère avant et pendant l’intervention, des consignations ou des mises en sécurité inadaptées pour ne citer que quelques exemples.

« On estime qu’autour de 90 % des interventions en espaces confinés sont réalisées par des sociétés extérieures, explique Benoît Sallé, expert d’assistance-conseil à l’INRS. Or de nombreuses causes d’accident sont liées à l’absence d’un interlocuteur avant l’intervention. Il est indispensable qu’une personne compétente au niveau des donneurs d’ordres fournisse toutes les informations nécessaires. »

Les pressions temporelles ou l’organisation, comme la nécessité d’intervenir de nuit, lorsque les machines sont à l’arrêt, participent au contexte. « Et on constate qu’un des problèmes réside dans le fait que les entreprises utilisatrices délèguent tellement de tâches qu’elles ne connaissent plus leurs installations », poursuit Annabelle Guilleux, expert d’assistance-conseil à l’INRS. Par ailleurs, « dans des entreprises d’industrie lourde telles que des aciéries ou fonderies, le risque lié aux interventions en espaces confinés est souvent relégué au second plan par rapport à d’autres risques bien identifiés tels que l’incendie-explosion », observe Guy Joguet, formateur-consultant en espaces confinés. 

EN SAVOIR PLUS

● Les espaces confinés, ED 6184, INRS.

● Interventions en espaces confinés dans les ouvrages d’assainissement, obligations de sécurité, ED 6026, INRS.

Des mesures de prévention rigoureuses s’imposent pourtant avant toute intervention : signalisation et sécurisation de l’extérieur du périmètre d’intervention, communication permanente entre les intervenants, définition d’un plan d’intervention des secours en cas d’urgence, réalisation d’un permis de pénétrer, mise à disposition de matériels et d’équipements de protection en bon état… Des écarts entre les équipements des salariés d’une structure et les équipements de prestataires amenés à intervenir dans un même lieu peuvent être observés alors que les risques seront les mêmes.

Formation, information

Dans les métiers de l’eau potable et de l’assainissement (CTN C), la prise en compte des risques a progressé ces dernières années, notamment grâce au dispositif de formation Catec (certificat d’aptitude à travailler en espaces confinés). Les entreprises du secteur ont ainsi formé leurs salariés à la prévention des risques. « Il y a indiscutablement une structuration des questions de sécurité dans l’activité depuis 10-12 ans, commente Charles Le Boulanger. Ces métiers sont dangereux. Les salariés doivent s’adapter aux conditions de travail et gérer des situations à risques, sans avoir une bonne connaissance de l’état des lieux. Des mauvaises pratiques persistent et des habitudes se prennent au fil du temps mais il faut parvenir à modifier cela. » En revanche, il n’y a pas pour l’heure de référentiel de formation équivalent pour les autres secteurs d’activité. Certains prennent l’initiative de développer des formations inspirées du dispositif Catec et adaptées à leurs besoins.

À un autre niveau, la prise en compte de ces risques lors de la conception des installations représente également une préoccupation plus présente aujourd’hui chez certains donneurs d’ordres. Les opérations de nettoyage ou de maintenance, les procédures de sauvetage sont mieux prises en compte sur les ouvrages récents. D’une manière générale, si les efforts sont encourageants et la tendance aux progrès, il reste encore beaucoup à faire pour que les risques liés aux interventions en espaces confinés soient totalement identifiés, pris en compte et maîtrisés dans les pratiques des secteurs concernés.

LE DISPOSITIF DE FORMATION CATEC

Lancé en janvier 2013, le dispositif de formation Catec  vise à déployer une culture commune des pratiques de prévention dans les entreprises de l’eau potable et de l’assainissement. « Ce dispositif a pour but de fournir un socle commun de connaissances aux professions du CTN C (Industries des transports, de l’eau, du gaz, de l’électricité, du livre et de la communication) et d’harmoniser leurs démarches de prévention lors des interventions dans les réseaux d’eau potable et d’assainissement », présente Marie-Hélène Mareux-Husson, chargée de projet formation à l’INRS. Jusqu’alors, les référentiels et les pratiques de terrain étaient très variables, pouvant même générer de nouveaux risques. Ce référentiel unique de formation d’une journée concerne environ 35 000 personnes. Un recyclage est prévu tous les trois ans. La liste des entités de formation habilitées est disponible auprès de l’INRS.

Céline Ravallec

Haut de page