DOSSIER

Quand la pratique du sport quitte la sphère du loisir pour pénétrer le monde professionnel, le corps devient le premier outil du travailleur. Une particularité qui a pour conséquence de placer l’individu au centre des actions de prévention des risques. Cependant, les démarches purement individuelles sont insuffisantes. Même pour ces activités, la dimension collective de la prévention ne doit pas être négligée. Elle est possible en agissant sur l’environnement, le matériel ou les règles du jeu.

La mise en place de mesures de protection de la santé et la sécurité du professionnel dans les métiers du sport n’est pas chose aisée, mais il est toujours possible d’agir, notamment à travers les équipements nécessaires à la pratique, comme les agrès dans le cadre de la gymnastique.

La mise en place de mesures de protection de la santé et la sécurité du professionnel dans les métiers du sport n’est pas chose aisée, mais il est toujours possible d’agir, notamment à travers les équipements nécessaires à la pratique, comme les agrès dans le cadre de la gymnastique.

Lorsque l’on évoque les métiers du sport, ce sont bien souvent les professionnels de disciplines telles que le football, le rugby ou le tennis, qui viennent en premier lieu à l’esprit. Mais la réalité est bien plus vaste puisque la profession recouvre autant les sportifs de haut niveau que des emplois d’entraîneurs, d’éducateurs, de coachs sportifs... Avec les injonctions à la pratique d’exercices physiques réguliers dans un objectif de santé, ces encadrants sont de plus en plus nombreux. En matière de sinistralité, les métiers du sport sont fortement touchés par les accidents du travail puisqu’en 2016, selon les statistiques de la Cnam, les activités de clubs affichaient un indice de fréquence (nombre d’accidents de travail pour 1 000 salariés/an) particulièrement élevé de 78,4 et les autres activités liées au sport un 84,9 encore plus conséquent. Des chiffres qui interpellent si on les compare au 60 du BTP, pourtant l’un des secteurs d’activité les plus accidentogènes.

Ce niveau s’explique notamment par le fait que, dans le sport, l’objectif est la performance physique, contrairement aux activités professionnelles classiques où l’on cherche à limiter le travail du corps. Si l’un des principes de prévention des risques professionnels réside dans l’adaptation du travail à l’homme, ici c’est bien à ce dernier de se plier aux contraintes et aux règles des disciplines. Impossible de mettre en place des dispositifs d’aides mécaniques dans la plupart des sports. Un haltérophile qui utiliserait un système d’assistance à la manutention pour soulever une barre chargée de poids viderait de sa substance la raison même de ce sport. Un cycliste enfourchant un vélo équipé d’un moteur serait taxé de dopage mécanique. La problématique à laquelle est confrontée la protection de la santé et la sécurité des salariés dans les métiers du sport est donc la suivante : comment concilier la recherche de la performance physique avec la diminution des risques ?

GYMNASTIQUE

Sur le marché des agrès de gymnastique, arrive du matériel qui intègre de la prévention dans sa conception, qui n’est plus uniquement tournée vers la performance et l’efficacité.

Par exemple, des barres asymétriques, constituées de fibres naturelles autres que le bois traditionnel. Ce matériau ayant une meilleure adhérence, il ne nécessite pas d’utiliser autant de magnésie et diminue la quantité de poussière dans l’atmosphère. Historiquement, pour l’entraînement, des fosses remplies de morceaux de mousse réceptionnent les gymnastes faisant une chute. Si d’un point de vue de l’amorti, cela fonctionne très bien, le matériau a en revanche tendance à se désagréger et à libérer des particules dans l’air.

En outre, ces « piscines » sont de véritables nids à microbes. De nouveaux systèmes, qui s’adaptent aux fosses existantes, sont aujourd’hui disponibles. Équipés d’une couverture, ils ralentissent la décomposition de la mousse et empêchent la libération de poussière ainsi que de micro-organismes.

L’analyse des caractéristiques de chaque discipline doit permettre d’identifier les points qui autorisent la mise en place d’actions de prévention collective. L’environnement dans lequel les sportifs évoluent peut être l’une des cibles de ces démarches. Par exemple, l’atmosphère des piscines présente des risques chimiques et des niveaux de bruit qui peuvent être diminués grâce à des solutions semblables à celles existant dans l’industrie. Agir sur le matériel utilisé peut aussi être une piste pour certains sports. Dans le monde de la voile, concevoir les bateaux de façon à permettre au skipper de réaliser un maximum de tâches depuis la cabine réduit de fait les risques de chuter dans l’eau. Avec l’évolution des agrès, la gymnastique est une autre illustration de la prise en compte de la sécurité par le truchement des progrès de conception des équipements.

De l’importance de la récupération

L’évolution des règles d’une discipline est une autre voie possible dans un souci de mise en œuvre de mesures de protection collective. Le rugby en est un bon exemple puisque les lois qui le régissent évoluent régulièrement pour interdire certains gestes. Le monde de l’ovalie réfléchit également à mieux gérer la masse de travail en limitant le nombre d’heures passées sur le terrain. Car une pratique trop intensive, quelle que soit la discipline, est un facteur de risque de blessure.

Cette volonté de modération des rythmes de travail existe aussi dans des professions telles que celle de coach sportif dans les salles de remise en forme. Ceux-ci sont amenés, contrairement aux entraîneurs qui ont tendance à rester dans la théorie, à être en démonstration plusieurs heures par jour. « Dans les formations d’éducateurs sportifs que je dispense, j’intègre les questions de gestion d’emploi du temps, explique Sébastien Janvier de l’association Action prévention sport. Étant coach moi-même, je sais qu’enchaîner quatre ou cinq cours quotidiens pendant plusieurs jours sans se laisser le temps de récupération augmente le risque de blessure, mais aussi d’épuisement. Si l’on ne se ménage pas, une carrière dans le métier peut ne pas durer. »

À DISCIPLINES VARIÉES, RISQUES MULTIPLES

La diversité des disciplines sportives et des lieux où elles sont pratiquées entraîne une grande hétérogénéité des risques. Au-delà de ceux, évidents, liés aux chocs, chutes ou faux mouvements, les professionnels du sport peuvent aussi être exposés à de fortes chaleurs ou au froid vif (sports d’extérieur, sports extrêmes). Ils peuvent également être confrontés à des rythmes de travail exigeants ne laissant pas toujours la place aux nécessaires temps de récupération. La mobilité géographique, les pics de travail dus à la saisonnalité, les astreintes imprévues et les horaires atypiques sont également à l’origine d’usure physique et psychologique augmentant non seulement les risques d’accidents, mais aussi représentent des facteurs de risques psychosociaux. Ces derniers peuvent aussi être alimentés par des facteurs comme la précarité de la carrière, l’éloignement des proches, la forte concurrence ou les périodes de transition professionnelle comme les transferts, les convalescences ou la fin de carrière.

Au-delà des approches de prévention collective, il reste primordial de préparer le corps, de l’entraîner à la pratique de gestes et d’efforts pour que celui-ci puisse les réaliser en limitant les risques de blessures. Si cette démarche de prévention ne s’inscrit pas dans une logique habituellement préconisée, qui privilégie la suppression du risque et la mise en place de protections collectives, elle est cependant un passage obligé.

Des chercheurs étudient et explorent le fonctionnement de l’organisme afin d’identifier les leviers à actionner pour empêcher que la machine corporelle se grippe, surchauffe, s’use et s’abîme. Ces recherches débouchent sur des programmes et des techniques de préparation physique qui, en complément des entraînements visant la performance, ont pour objectif la prévention des blessures. Les connaissances recueillies peuvent en outre contribuer au développement de matériel plus adapté à une pratique en sécurité.

Il faut également souligner qu’à la suite d’une lésion, la réparation, ou pour utiliser un terme plus adapté au secteur, la rééducation, doit intégrer une dose de prévention pour éviter de nouvelles blessures. En effet, après un premier pépin, la probabilité de se blesser à nouveau augmente si le professionnel ne peut retrouver sa gestuelle d’avant accident et adopte du coup une pratique que l’on peut qualifier de déséquilibrée.

Si les démarches de prévention qui existent dans les métiers du sport recouvrent des situations d’une extrême variété, il est néanmoins évident que, tout en s’appuyant sur des actions individuelles basées sur la préparation physique, la prévention collective et la suppression du risque doivent toujours être questionnées afin de mettre en place des solutions adaptées aux particularités des disciplines.

VERS UNE DÉMARCHE DURABLE

« Depuis un an, les structures d’aide à domicile et les établissements sont de plus en plus nombreux à nous missionner sur la prévention des TMS et l’utilisation des aides techniques. Ayant compris que l’approche par les gestes et postures était insuffisant, beaucoup se sont dit qu’il fallait interroger l’ergonomie des lieux », explique Valérie Brasseur, ergothérapeute et responsable de formation chez DDC (Développement durable des compétences). La formation de formateurs Prap 2S, puis son déploiement avec la formation d’acteurs, ont contribué à consolider un dispositif où chacun a un rôle à jouer. L’ergothérapeute apporte sa connaissance sur les aides techniques, l’infirmier ou l’aide-soignant, celle du terrain et de l’activité réelle. « On ne travaille jamais seul pour prévenir les risques liés à l’activité physique. Le formateur Prap 2S est le liant mais tout le monde doit être mobilisé, insiste Valérie Brasseur. Aujourd’hui, la principale difficulté rencontrée dans la mise en place d’une démarche pérenne est souvent liée aux changements de direction. La direction d’établissement doit en effet porter la démarche de prévention, motiver la culture Prap 2S et le déploiement du dispositif. »

Damien Larroque

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