DOSSIER

Quelles mesures de prévention sont mises en œuvre pour les techniciens de laboratoires, qui manipulent des échantillons biologiques et des produits chimiques potentiellement dangereux ? Illustration à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris.

Le pôle biologie médicale et pathologie du groupe hospitalier HUEP (Hôpitaux universitaires de l’Est parisien) regroupe 480 équivalents temps plein – permanents et non permanents – et 200 personnels médicaux. Il est réparti sur quatre établissements, dont l’hôpital Saint-Antoine, site le plus important qui héberge une quinzaine de laboratoires. Les risques professionnels spécifiques du métier de technicien de laboratoire sont liés à de possibles expositions à des agents biologiques pathogènes et à des substances ou mélanges chimiques dangereux.

REGROUPEMENT

Le service d’anatomie et cytologie pathologiques de Saint-Antoine a été rénové en 2011 en intégrant les contraintes en matière d’aménagement des locaux et des dispositifs de protection collective: sorbonnes, postes de sécurité microbiologique, etc. À terme, la majorité des activités de biologie médicale du groupement hospitalier sera rassemblée sur le site de Saint-Antoine. En 2016 est prévue l’ouverture d’un laboratoire de bactériologie disposant d’un secteur de niveau de confinement L3 (permettant la manipulation d’agents biologiques pathogènes de groupe 3).

« La perception du risque est différente selon les disciplines, décrit Frédérique Gerrier, responsable assurance qualité au pôle biologie médicale et pathologie. Un de nos rôles est de faire comprendre aux praticiens que le risque est le même partout. » « D’autres risques professionnels sont liés aux conditions de travail, complète Pierre Foiny, conseiller en prévention des risques professionnels à Saint-Antoine : bruit dû aux équipements de travail, contraintes posturales liées à la hauteur des plans de travail, gestes répétitifs en bactériologie (ensemencement des cultures) ou en anatomie et cytologie pathologiques (emploi de microtomes), utilisation d’outils coupants (scalpels). » « Les accidents d’exposition au sang sont rares et les maladies professionnelles recensées sont principalement des affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail (tableau des maladies professionnelles n° 57) », présente Martine Guil, cadre paramédical au pôle Biologie médicale et pathologie.
 

Référents risques

« La prévention des risques professionnels se joue à trois niveaux, résume Renée Magis, consultante en prévention des risques professionnels : technique, organisation et formation-information. » De multiples actions ont été engagées à ces trois niveaux. Un groupe de référents risques a été créé à Saint-Antoine avec une fiche de mission établie par la direction de la qualité qui a permis la présence d’un référent risques par laboratoire. Parmi les mesures mises en œuvre pour gérer les risques chimique et biologique : l’attribution d’armoires de sécurité pour le stockage des produits et de récipients pour l’élimination des produits et déchets spécifiques, la substitution quand elle est possible des produits cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, la mise à disposition de protections collectives et individuelles.

Sur le plan organisationnel, ont été développés le tri des produits chimiques ainsi qu’une filière de tri et d’étiquetage des déchets chimiques et d’élimination des déchets chimiques et biologiques. Enfin, des formations à la sécurité chimique et à la sécurité biologique ont été instaurées, respectivement depuis 2008 et 2009, pour tout le personnel. Elles perdurent pour les nouveaux arrivants, qui sont aussi formés aux spécificités de leurs laboratoires. Un livret sur les risques chimiques et biologiques dans les unités du pôle de biologie médicale et pathologie a été également remis à l’ensemble du personnel.

« La transcription de l’évaluation des risques professionnels présents en laboratoire est tenue à jour et permet de suivre l’évolution de la démarche de prévention engagée, conclut Renée Magis, en sachant toutefois que les pratiques sont difficiles à transformer (« On a toujours fait comme ça ! ») et que l’adoption d’un comportement sécuritaire est indispensable à la réussite de la démarche. » 

INVENTAIRE DES RISQUES

L’élaboration du document unique d’évaluation des risques professionnels prévue par l'article R. 4121-1 du Code du travail ainsi que des contrôles d’application de cette disposition par l’Inspection du travail ont permis, à partir de 2003, de faire l’inventaire des risques dans chaque laboratoire de Saint-Antoine et d’engager une démarche de prévention.
À lire également, le dossier paru sur le site web de l’INRS sur les risques des laboratoires d’analyses médicales.

Certaines entreprises font néanmoins preuve d’une grande implication, comme L3C, société spécialisée dans la fabrication de produits de décoration textile. Ses équipes de production ont été en partie reconstituées de façon à regrouper sur un même poste les opérateurs qui habitent à proximité les uns des autres afin de favoriser le covoiturage. « Aujourd’hui, une vingtaine de salariés utilisent ce mode de déplacement, pour des raisons financières surtout, constate David Verchère, directeur d’exploitation logistique. Peu importe la raison, du point de vue de la prévention, le principal est que nous ayons réussi à réduire le nombre de voitures sur la route. »

De son côté, la menuiserie Giraud productions a intégré le PDIE dans sa démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises), via l’instauration d’une journée d’information dédiée et la présentation de vélos électriques notamment. Autre nouveauté : pour convaincre les salariés de déjeuner sur leur lieu de travail, la commande de plateaux-repas a été rendue possible.

Comment convaincre d’autres entreprises de suivre le même chemin ? Le PDIE pourrait trouver un second souffle à l’occasion des fusions territoriales en cours. Depuis le 1er janvier 2014, les trois communautés de communes du Pays d’Amplepuis-Thizy, du Pays de Tarare et de la Haute Vallée d’Azergues ne font plus qu’une : la Communauté de communes de l’Ouest rhodanien, COR. « Nous attendons beaucoup de l’implication des clubs d’entreprises du Pays de Tarare et du bassin de Thizy les Bourgs, confie Yann Frachisse. Ces organisations sont susceptibles de mobiliser les entreprises du territoire autour du PDIE et, ainsi, faire en sorte que tout le travail réalisé aboutisse à une participation accrue des entreprises et des acteurs du territoire. »

Céline Ravallec

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