DOSSIER

Les dermatites sont des inflammations de la peau dont certaines sont d’origine allergique. Le CHU de Nantes propose à son personnel soignant des ateliers de prévention et de sensibilisation à ces pathologies cutanées. Claire Longuenesse, médecin du travail au service d’allergologie professionnelle du CHU de Nantes, en a eu l’initiative.

Les dermatites provoquent des lésions des mains et peuvent être d’origine irritative ou allergique.

Les dermatites provoquent des lésions des mains et peuvent être d’origine irritative ou allergique.

Travail & Sécurité. Comment se manifestent les dermatites des mains et quelle est leur fréquence dans le milieu hospitalier ?
Claire Longuenesse
.  Les dermatites se manifestent par des lésions locales de la peau : rougeurs, aspect d’une peau brûlée, irritée, sécheresse cutanée, voire fissures et crevasses. Elles peuvent être d’origine irritative ou allergique, les deux étant souvent intriquées. Ce sont les mains qui sont en général touchées. Elles sont fréquentes chez les soignants en milieu hospitalier, que l’on sait exposés à de nombreux facteurs de risque de développement de dermatites. On peut citer, pour les principaux, les lavages répétés des mains, le port de gants de façon prolongée, la manipulation de produits irritants : savons, détergents, désinfectants, antiseptiques… Sans compter des allergènes qui peuvent se trouver dans tous ces produits (lire l’encadré page suivante). C’est ce que montre notamment une étude australienne qui a suivi 700 professionnels hospitaliers pendant 22 ans. Une dermatose professionnelle a été diagnostiquée chez 81 % d’entre eux. Dans 79 % des cas, il s’agissait d’une dermatite d’irritation et dans la moitié d’une dermatite de contact allergique. L’étude montrait également que des produits traditionnellement utilisés pour le lavage des mains étaient davantage une source d’allergie que des produits hydro-alcooliques (PHA).

Observe-t-on les mêmes tendances en France ?
C. L.
Jusqu’en 2015, cela n’avait pas été quantifié en France. C’est pourquoi nous avons lancé une étude cette année-là au sein du CHU de Nantes qui emploie 12 000 salariés dont 8 000 soignants. Un questionnaire, déclaratif et anonyme, a été établi afin d’évaluer notamment les habitudes de travail (lavage simple des mains, utilisation de PHA, port de gants), la présence de lésions cutanées des mains au cours des douze derniers mois, leur impact sur l’hygiène des mains… Sur les 2 000 questionnaires distribués, nous avons obtenu près de 60 % de réponses. L’analyse de ces 1 159 questionnaires a été publiée en 2017 (1). L’étude a montré que 68 % des répondants déclaraient des lésions au niveau des mains. Pourtant, seuls 17 % ont consulté un médecin, que ce soit un médecin du travail, un généraliste ou un dermatologue. À la suite d’apparition de ces lésions, près des deux tiers modifiaient leur hygiène des mains : 15 % arrêtaient l’utilisation des PHA, 52 % la diminuaient et 44 % d'entre eux optaient pour un lavage plus fréquent des mains au savon.

LE PERSONNEL SOIGNANT, TRES CONCERNE PAR LES ALLERGIES

  • 2e rang des professions les plus concernées par les allergies cutanées 1.
  • 4e rang  des professions les plus concernées par l’asthme en France 1.
  • 68 %  des répondants au questionnaire du CHU de Nantes ont affirmé avoir développé des lésions au niveau des mains.

1. Source : RNV3P (réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles)

Quelles sont les conséquences de ces changements d’hygiène des mains ?
C. L. 
Ces modifications ne permettent ni de résoudre les dermatites elles ont même tendance à les aggraver, ni de respecter les préconisations d’hygiène. Les lavages répétés au savon aggravent en effet les irritations des mains. A contrario, les PHA ont tendance à les diminuer car ils contiennent souvent un émollient, tel que la glycérine, qui limite l’inflammation. Et les allergies de contact aux PHA sont rares. Par ailleurs, les PHA permettent la désinfection des mains et la prévention de la transmission des infections associées aux soins.

Ces changements de pratiques s’expliquent probablement par le fait que l’application de PHA sur une peau irritée provoque une sensation de brûlure, qui peut être gênante et interprétée, souvent à tort, comme une intolérance aux produits. Il nous est donc apparu indispensable d'informer les soignants sur les dermatites et leur prévention, afin d'en diminuer l'incidence. En 2017, nous avons donc mis en place un atelier pratique, baptisé « L’école de la main pour les soignants ». Sa conception a été pluridisciplinaire : des hygiénistes hospitaliers, des médecins du service de santé au travail et des dermatologues du CHU de Nantes y ont participé. Nous le déployons au sein du CHU, dans les unités de soin, et à l’occasion de journées de formation institutionnelles.

Comment se déroule cette formation
C. L. 
C’est un atelier pratique, d’une heure environ, qui prend en compte à la fois la prévention de la santé au travail et l’hygiène nécessaire en milieu de soins. Ces formations sont assurées par les médecins du travail et des intervenants formés, tels que des infirmières en santé travail et des correspondants hygiène. Après avoir présenté les résultats de l’enquête, nous leur détaillons les différents types d’inflammations et d’allergies de la main, les facteurs favorisant leur apparition et les principaux irritants et allergènes en cause.

Nous leur expliquons ensuite les précautions standard à respecter sur le lieu de travail et dans la vie de tous les jours, afin de limiter leur apparition ou leur évolution vers la chronicité. Par exemple, limiter les lavages des mains et la macération dans des gants en les changeant régulièrement. Cer­tains facteurs physiques favorisent les dermatoses : le froid, l’humidité, l’utilisation d’une brosse pour le nettoyage, ou encore un séchage trop vif, l’utilisation d’essuie-mains rêches… Des mains abîmées par l’inflammation favorisent le développement d’une allergie, car le rôle de barrière de la peau est altéré. Appliquer régulièrement des émollients est donc un moyen de prévention. Nous les conseillons dans le choix de ce type de produits afin d’éviter notamment les allergènes les plus courants. En cas de lésions persistantes de la peau, nous les incitons à consulter rapidement afin de rechercher une éventuelle origine allergique. En fin de formation, un temps d’échange permet de répondre aux questions.

Combien de personnes ont participé à cette formation ?
C. L. 
Quelques centaines de personnes ont déjà été formées au CHU de Nantes et nous avons été sollicités par d’autres centres hospitaliers qui souhaitent eux aussi sensibiliser et former leur personnel. Nous envisageons de réaliser une nouvelle enquête dans deux ou trois ans afin d’évaluer l’efficacité de notre formation sur la prévention des dermatoses et le respect des procédures d’hygiène.

PRINCIPAUX ALLERGENES RESPONSABLES DES DERMATITES PROFESSIONNELLES DE CONTACT DANS LE SECTEUR DE LA SANTÉ

  • Désinfectants, antiseptiques (ex. : formaldéhyde, povidone, chlorhexidine, chlorure de benzalkonium).
  • Détergents (tensioactifs, parfums, conservateurs).
  • Cosmétiques (ex. : conservateurs, parfums, émulsifiants).
  • Constituants des gants, en particulier les protéines du latex et les additifs de vulcanisation du caoutchouc (ex. : thiurames, dithiocarbamates).
  • Médicaments.
  • Acrylates (ciments en orthopédie, prothèses dentaires).

Katia Delaval

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