DOSSIER

Au sein de l’unité de médecine interne et soins aigus gériatriques du CHU de Montpellier, dans l’Hérault, des tensions et un fort absentéisme étaient observés. Faisant suite à un diagnostic ergonomique, des aménagements ont permis de retrouver la sérénité.

Les chambres sont équipées de rails plafonniers qui permettent d’utiliser des lève-personnes aux moteurs fixes ou mobiles.

Les chambres sont équipées de rails plafonniers qui permettent d’utiliser des lève-personnes aux moteurs fixes ou mobiles.

Si l’installation de rails plafonniers dans les 36 chambres du service a conquis l’ensemble du personnel, elle ne constitue que la partie émergée de l’iceberg. Dans l’unité de médecine interne et soins aigus gériatriques (Misag) du centre Antonin-Balmès du CHU de Montpellier, dans le département de l’Hérault, l’action menée pour améliorer les conditions de travail s’est inscrite dans un cadre bien plus large. Elle a rassemblé la direction, l’encadrement de proximité et les équipes autour d’une réflexion sur l’organisation globale. « En 2013, le Misag enregistrait un fort absentéisme. Le personnel du secteur, où sont accueillis des patients âgés de plus de 75 ans sur une durée généralement courte (une quinzaine de jours), était soumis à des charges physique et psychiques conséquentes, indique Armèle Rochat, cadre supérieur du pôle de gérontologie. Des difficultés de management étaient également observées, dans un contexte tendu de réorganisation. Deux unités distinctes devaient en effet être réunies pour former un secteur de médecine de 44 lits. »

PÔLE DE GÉRONTOLOGIE

Le pôle de gérontologie est l’un des douze pôles d’activité clinique du CHU de Montpellier. Réparti sur deux sites (Balmès et Bellevue), il comprend une plate-forme d’évaluation gériatrique, un hôpital de jour, une unité de médecine interne et soins aigus gériatriques (Misag), deux unités de soinsde suite et réadaptation et quatre unités de vie médicalisées. Le Misag n’est pas une unité de vie mais un service d’hospitalisation. On ne parle donc pas de résidents mais de patients, qui transitent ici pour des séjours de courte durée.

Si, à l’époque, le projet ne suscite pas d’opposition formelle, les équipes s’interrogent. Début 2014, Sébastien Le Métayer, ingénieur-conseil à la Carsat Languedoc-Roussillon, intervient en CHSCT pour présenter la recommandation R 471 sur la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS) dans les activités d’aide et de soins en établissement. À cette occasion, il insiste sur la mobilisation des patients en gérontologie. « Dans le soin, la manutention manuelle n’apporte aucune valeur ajoutée, estime-t-il. Il était nécessaire pour l’établissement de prendre du recul et de s’interroger sur la façon de soulager l’activité physique du personnel. »

Observer l’activité réelle

Un diagnostic ergonomique est alors lancé. « J’ai cherché à relever les éléments de l’activité réelle de travail qui sont mis en œuvre pour atteindre les objectifs propres à chaque profession, explique Pascal Hébert, ergonome. Une enquête et des entretiens individuels ont fait émerger du stress, lié au manque de marges de manœuvre pour réaliser le travail. L’analyse de l’activité réelle a été centrée sur ce qui relevait de l’activité posturale, des interruptions de travail et des déplacements. »

Présenté au CHSCT, le diagnostic aboutit à des propositions qui touchent majoritairement à l’organisation, mais aussi au matériel et aux compétences. « Très vite, nous avons sectorisé les appels d’urgence. Jusqu’alors, le déclenchement d’une alerte en chambre conduisait au retentissement de sonneries partout, mettant l’ensemble du personnel sous pression. Avec l’installation de rails plafonniers, c’est l’élément qui a apporté le soulagement le plus immédiat », souligne Sophie Maraine, cadre de santé au Misag.

« La direction a fait des aides techniques une priorité et m’a missionnée pour l’équipement de toutes les chambres en rails. Nous avons utilisé une partie du budget annuel que prévoit le CHU pour la prévention des risques et les conditions de travail des agents. Le reste de l’opération, dont le coût global s’est élevé à 65 000 euros, a été financé par l’Agence régionale de santé », poursuit Karine Croiser, coordinatrice prévention des risques professionnels et membre du CHSCT. La démarche du Misag s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années au CHU, pour la mise en place d’actions très opérationnelles et suivies dans le temps, sous l’égide de la direction des ressources humaines, en lien avec le CHSCT et le service de santé au travail.

INFORMATION AUX FAMILLES

Dans chaque chambre, des fiches d’information générale renseignent les familles. Les noms du médecin et de l’encadrant pouvant apporter des réponses aux questions qu’elles se posent sont inscrits. Cette initiative permet au personnel d’être moins sollicité sur des demandes complexes, ou en cas de conflit. Elle redonne des marges de manœuvre au niveau physique, cognitif et émotionnel.

« Dans les huit chambres doubles, nous avons des moteurs fixes et une installation des rails en H, pour couvrir l’espace. Les chambres simples sont également équipées de rails. Pour celles-ci, nous utilisons des moteurs mobiles, stockés sur chariots, ce qui évite de se pencher pour les récupérer », indique David Serra, infirmier. Dans les couloirs, des prises de courant en position haute sont prévues pour le chargement de ces moteurs. « Le rail est un moyen qui répond pleinement aux besoins d’un service gériatrique. Pour autant, ce n’est pas une fin en soi. Avec les équipes, de nombreux échanges se sont tenus autour du projet de soin et du maintien en autonomie », ajoute Sophie Maraine.

Un travail au long cours

Dans les chambres, des tableaux ont été installés, afin que l’ergothérapeute mette à jour les indications sur la mobilisation des personnes. « Le rail permet d’éviter de porter. Son utilisation est simple. Comparativement, circuler avec le lève-personne dans la chambre relève du pilotage. Puis il y a toujours le risque que le patient se cogne au pied de l’appareil », insiste Sylvie Sarry, infirmière. « On ne court plus d’un secteur à l’autre à la recherche de l’outil », complète Johanna Raymond, son binôme aide-soignante. En outre, elles voient là un renforcement de la relation de soin : le contact visuel et physique avec le patient est permanent.

Le diagnostic ergonomique a également permis de s’interroger sur la disponibilité du matériel. L’encadrement a revu les dotations et les stocks. Les équipes ont été sensibilisées à leur bonne gestion. Avec, à la clé, moins de pas inutiles. La gestion informatisée du dossier patient et la souplesse d’utilisation du logiciel ont été aussi discutées, dans le but d’améliorer la traçabilité de l’évolution de la mobilité des patients. Un travail a été lancé sur la relation aux familles, la concordance des temps médicaux et paramédicaux. Des rencontres de secteur ont été mises en place.

« C’est un travail au long cours, qui doit être sans cesse renouvelé. Un quart de nos équipes change chaque année. Les managers de proximité ont un rôle essentiel à jouer, souligne Armèle Rochat. Pour valoriser les soignants qui arrivent en gériatrie, nous avons adopté un discours plus positifn et l’accent a été mis sur les formations. » « Les formations doivent pouvoir être utilisées immédiatement dans l’activité pour être transformées en compétences », insiste Pascal Thiaudière, contrôleur de sécurité à la Carsat Languedoc-Roussillon. Ce qui a été fait. Notamment sur des questions telles que la prise en charge non médicamenteuse ou le comportement face à la démence. Enfin, au quotidien, la formation permet de franchir de nouvelles étapes : à la suite du programme Prap 2S, mis en place avec la Carsat, de nombreux soignants ont par exemple réclamé de nouvelles aides techniques.

FORMATION ET COORDINATION

« L’arrivée des rails plafonniers n’a pas été synonyme de réduction des effectifs, insiste Sophie Maraine, cadre de santé au Misag. Il s’agissait en premier lieu de maintenir en santé les personnes en poste. D’autant que la dimension relationnelle est très importante lors de l’utilisation du rail. » Comme lors de toute mise à disposition d’aide technique, une coordination générale a dû se mettre en place. Les salariés du service ont tous participé à une démonstration d’utilisation faite par le fournisseur lui-même. La Prap2S la également été déployée au sein du service : 18 aides-soignant(e)s et 10 infirmier(e)s y ont été formés, ainsi que les 2 kinésithérapeutes, l’ergothérapeute et la cadre de santé elle-même. Cette dernière porte aujourd’hui un discours visant à bousculer les habitudes, favoriser l’utilisation d’autres aides-techniques, comme les draps de glisse, pour lesquelles il est encore nécessaire de convaincre.

Grégory Brasseur

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