DOSSIER

Plus d’un travailleur sur dix est régulièrement exposé aux vibrations transmises aux membres supérieurs. Celles-ci peuvent être responsables de lésions graves et irréversibles. Ces dernières années ont été marquées par la simplification de l’évaluation des risques et le développement de solutions de prévention.

Tous les utilisateurs de machines ou d’outils énergisés tenus ou guidés avec la main (brise-béton, clés à choc, meuleuses, débroussailleuses…) sont concernés par les vibrations.

Tous les utilisateurs de machines ou d’outils énergisés tenus ou guidés avec la main (brise-béton, clés à choc, meuleuses, débroussailleuses…) sont concernés par les vibrations.

lls travaillent dans des secteurs aussi divers que le bâtiment, l’industrie automobile, la fonderie, l’industrie métallurgique, les carrières ou encore la foresterie… En France, on estime que 11 % des travailleurs sont exposés régulièrement aux vibrations transmises à la main et au bras. Tous les utilisateurs de machines ou d’outils énergisés tenus ou guidés avec la main (brise-béton, clés à choc, meuleuses, débroussailleuses…) sont concernés, mais ils ne sont pas les seuls. Parfois, le vecteur de transmission des vibrations est la pièce travaillée, lorsque celle-ci est tenue à la main. Certains outils manuels (marteaux, masses, pioches) peuvent également transmettre des vibrations au moment de la frappe.

Sur le long terme, l’exposition régulière à des niveaux élevés de vibrations transmises aux membres supérieurs peut avoir des conséquences graves pour la santé. Des lésions irréversibles sont susceptibles d’apparaître, avec une aggravation qui peut se poursuivre, y compris après que l’opérateur a été soustrait à l’exposition. « Au-dessus d’une cinquantaine de hertz, on observe des phénomènes au niveau des vaisseaux (syndrome de Raynaud) et des atteintes de fibres nerveuses motrices et sensitives. En basse fréquence, des problèmes osseux peuvent apparaître, avec des kystes, ainsi que de graves nécroses compromettant la stabilité du poignet », explique le Dr Anne Pichène-Houard, responsable d’études en physiologie du travail à l’INRS.

SEUILS

Pour les vibrations transmises au système main-bras, la réglementation définit une valeur déclenchant l’action de 2,5 m/s2 à partir de laquelle il est nécessaire de mettre en place des moyens techniques et opérationnels pour réduire le niveau d’exposition. Une valeur limite de 5 m/s2 ne doit en aucun cas être dépassée.

Les affections provoquées par les vibrations et chocs transmis par certaines machines portatives ou pièces tenues à la main et par les chocs itératifs du talon de la main sur des éléments fixes peuvent être indemnisées au titre du tableau n° 69 du régime général de la Sécurité sociale. Chaque année, en France, environ 160 cas sont reconnus. « C’est peu, compte tenu du nombre de salariés exposés. Une sous-déclaration de ces maladies est très probable, avance le Dr Pichène-Houard. De façon générale, je dirais que les conséquences sur la santé des expositions aux vibrations sont largement sous-estimées. À l’heure actuelle, des études internationales font également le lien entre l’exposition aux vibrations et des pathologies de l’épaule, lien qui n’apparaît pas dans la législation française. »

L’évaluation, une affaire de professionnels

Le Code du travail impose à l’employeur d’évaluer les niveaux de vibrations auxquels les salariés sont exposés. C’est-à-dire d’identifier les sources (les machines vibrantes et leurs conditions d’utilisation), d’estimer l’exposition vibratoire journalière des salariés concernés (et si nécessaire la mesurer) et de la comparer aux valeurs d’action et limites fixées par la réglementation. En cas de dépassement de la valeur d’action de prévention, fixée à 2,5 m/s2 sur 8 heures, des mesures techniques et organisationnelles visant à réduire l’exposition doivent être mises en place. Au-delà de la valeur limite d’exposition, fixée à 5 m/s2 sur 8  heures, des dispositions doivent être prises pour ramener l’exposition à un niveau inférieur.

Les textes réglementaires rappellent en outre que l’évaluation du risque vibratoire doit être réalisée par du personnel compétent. Les agents des centres de mesures physiques des Carsat (CMP) ou les intervenants en prévention des risques professionnels qui y ont été formés ont par exemple l’aptitude à réaliser ces mesures, qui peuvent être complexes. Bien que la réglementatino impose aux fabricants, importateurs et fournisseurs de machines de faire figurer les valeurs de l’émission vibratoire transmise aux membres supérieurs dans leurs brochures techniques, ces valeurs déclarées, obtenues suivant un code d’essais normalisé, peuvent être trompeuses. Elles ne doivent pas être utilisées pour estimer l’exposition journalière en condition réelle.

FORMATION

© Serge Morillon /INRSL’INRS propose les stages « Accompagner l’entreprise dans une démarche de prévention des risques liés aux vibrations » et « Évaluer et prévenir les risques liés aux vibrations », le premier étant destiné aux agents des Carsat et le second s’adressant aux médecins du travail, IPRP, infirmières en santé du travail, bureaux d’études… L’objectif de ces formations est de donner un socle de connaissances homogène sur les phénomènes physiques, les effets sur la santé et sur les aspects réglementaires liés aux vibrations, qu’elles soient transmises à l’ensemble du corps ou aux membres supérieurs. On y développe une méthode d’évaluation des risques avec ou sans mesure, et on travaille sur la capacité à interpréter les résultats de cette évaluation et à émettre des préconisations en termes de prévention.

Renseignements et inscription : www.inrs.fr, rubrique formation.

Pour autant, d’autres solutions existent. Ces dernières années, dans le cadre d’un partenariat entre les CMP et l’INRS, les préventeurs ont travaillé à la mise en place d’un outil d’évaluation simple d’utilisation. Appelé « Osev main-bras », celui-ci permet une estimation de l’exposition vibratoire journalière pour chaque opérateur, et ce même s’il utilise plusieurs machines portatives au cours de sa journée de travail (lire à ce sujet l’article page suivante). Cette application peut être d’une grande aide pour estimer l’exposition des salariés utilisant les familles de machines les plus courantes.

Un facteur de pénibilité

« Si l’évaluation des risques a été simplifiée, nous avons également connu d’importantes avancées dans le champ de la prévention, notamment après la directive “Machines”. Aujourd’hui, l’exposition aux vibrations n’est plus une fatalité, estime Patrice Donati, responsable du laboratoire étudiant la prévention des effets des vibrations sur la santé humaine à l’INRS. Les fabricants ont fait beaucoup de progrès dans la conception de machines moins vibrantes, qui sont également plus légères et nécessitent moins d’efforts pour travailler. Or le choix de la machine, son adéquation à la tâche à laquelle elle est destinée et son entretien régulier sont essentiels pour la prévention. » Des dispositifs d’aide à la manutention permettant par exemple de supporter certaines machines ont par ailleurs été développés.

PÉNIBILITÉ

Les vibrations sont reconnues comme facteur de pénibilité au travail si l’exposition quotidienne (8 heures par jour) dépasse 2,5 m/s2 pour les vibrations transmises aux membres supérieurs durant 450 heures par an.

« En tant que concepteur d’outils, notamment de marteaux, nous travaillons en lien étroit avec les utilisateurs, en recueillant leurs besoins et en les impliquant dans les essais de prototypes, explique notamment Frédéric Descombes, responsable recherche et développement chez Leborgne, un fabricant d’outils. La lutte contre les vibrations entre dans une démarche globale de réduction de la pénibilité et des risques pour l’utilisateur. » En effet, depuis le 1er janvier 2016, les vibrations mécaniques font partie des facteurs de risques professionnels que les employeurs doivent prendre en compte pour évaluer la pénibilité à laquelle peuvent être exposés les salariés.

  • Autre axe de travail, la réduction des durées des expositions reste, dans tous les cas, un objectif à poursuivre. La protection des salariés contre le froid, qui peut favoriser la survenue de certains syndromes, est également importante. Enfin, le volet formation reste essentiel dans la démarche de prévention. Des opérateurs formés à l’utilisation des machines, en particulier quand elles sont dotées de systèmes visant à la réduction des vibrations, sont toujours mieux protégés.

GARE AU FROID

Le froid entraîne l’apparition d’engourdissement et de picotements dans les doigts. Le port des gants est donc fortement recommandé lors de travaux au froid. Les poignées des machines portatives doivent également être revêtues d’un isolant thermique.

Grégory Brasseur

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