DOSSIER

Longtemps mal connu du grand public et des autres professions de santé, le métier de pédicure-podologue expose à différents risques professionnels. La prévention dans le métier doit passer par une démarche concertée à grande échelle.

Lors de la confection des orthèses (semelles orthopédiques), ce sont les risques chimiques qui sont les plus présents.

Lors de la confection des orthèses (semelles orthopédiques), ce sont les risques chimiques qui sont les plus présents.

Pour bien soigner un patient, il faut veiller à être bien soi-même. » C’est en appliquant ce postulat que Dominique Rouland, pédicure-podologue et première vice-présidente de la Fédération nationale des podologues, mène sa carrière depuis plus de trente ans. C’est aussi après avoir observé les difficultés rencontrées par ses pairs qu’elle a commencé à se préoccuper des conditions de travail dans la profession au sein de la Fédération. Car les pédicures–podologues sont exposés à divers risques professionnels. À tel point que peu d’entre eux font toute leur carrière dans la profession.

LE MÉTIER DE PÉDICURE-PODOLOGUE

© Vincent Nguyen pour l’INRSLe métier de pédicure-podologue est exercé à 98 % en libéral. Il est en majorité féminin (67 %) et la moyenne d’âge est de 41 ans. 9 500 podologues exerçaient en 2012 selon les statistiques officielles de la CnamTS, leur chiffre avoisine les 12 000 praticiens désormais.

Trois activités principales constituent le métier de pédicure–podologue : soins et stérilisation, examen clinique, assemblage ou confection d’orthèses. Les risques biologiques se rencontrent principalement dans l’activité de soins : contamination par toucher, par inhalation, par blessure/coupure ou par manipulation des déchets de soins. Si les fraiseuses sont le plus souvent équipées d’aspiration au cabinet, ce n’est pas le cas à domicile. Lors de la confection des orthèses (semelles orthopédiques), ce sont les risques chimiques qui sont les plus présents. L’abrasion des matériaux peut générer des rhinites allergiques ou de l’asthme. L’usage de produits chimiques (solvants, colles) peut provoquer des irritations, des brûlures, des allergies. La manipulation d’objets coupants est susceptible d’être à l’origine de blessures. Les troubles récurrents rencontrés sont les blessures cutanées, les gênes auditives, les céphalées, les allergies cutanées, les troubles respiratoires. La mise en œuvre de protections collectives et individuelles (système d’aspiration, gants, blouse, lunettes, masque, protections auditives) contribue à réduire l’apparition de ces troubles.
 

Ergonomie

Mais c’est la question des positions de travail qui se révèle la plus problématique à long terme : posture assise prolongée, avec contraintes sur les membres supérieurs, efforts musculaires statiques, gestes répétés et manque de temps de récupération… Tout cela génère des troubles musculosquelettiques (canal carpien, douleurs de l’épaule, du coude…). « En cabinet, on est globalement bien installé, poursuit Dominique Rouland. Ergonomie, éclairage, ventilation, l’équipement est adapté. Au domicile ou à l’hôpital quand les gens sont alités, c’est une autre histoire… C’est pourquoi il faut dire aux jeunes de veiller à bien choisir leur matériel, qu’ils s’équipent en fonction de leurs besoins physiques. Tout va bien quand on se lance, en début de carrière. Mais pour durer dans le métier, il faut faire attention aux critères physiques. »

Au-delà des risques physiques, les risques psychosociaux tendent parallèlement à se développer. Le côté solitaire de l’activité, la charge de travail et le manque de temps de récupération, le développement des agressions dans les grandes villes contribuent à accentuer le stress. Une évolution constatée d’ailleurs dans tous les métiers exercés en libéral. Si les risques professionnels chez les pédicures–podologues sont identifiés, il reste à organiser une démarche de prévention à grande échelle, par exemple par l’engagement de la profession dans une démarche concertée.

Céline Ravallec

SINISTRALITÉ DE LA PROFESSION

Les données de la Caisse nationale d’assurance maladie montrent une importante survenue des accidents du travail entre 40 et 59 ans. Principales sources : les objets en cours de manipulation et les accidents de plain-pied. Les lésions touchent majoritairement les membres supérieurs (hors mains et doigts) et le dos et le rachis.

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