DOSSIER

© Philippe Castano pour l’INRS

Les chutes de hauteur restent un risque important sur les chantiers quels que soient leur stade d’avancement et la hauteur des bâtiments en construction. La mutualisation des moyens d’accès et de travail en hauteur permet notamment de limiter ce risque. Illustration avec deux chantiers en fin de gros œuvre et en début de second œuvre.

Afin de sécuriser certaines parties des bâtiments encore ouvertes sur le vide, comme les futures loggias des appartements ou les bureaux dont les façades vitrées sont en cours de pose, des garde-corps temporaires équipés d’une grille en acier rigide en mailles serrées ont été placés.<br/>

Afin de sécuriser certaines parties des bâtiments encore ouvertes sur le vide, comme les futures loggias des appartements ou les bureaux dont les façades vitrées sont en cours de pose, des garde-corps temporaires équipés d’une grille en acier rigide en mailles serrées ont été placés.

Dix-sept étages… une belle hauteur pour la région. C’est à proximité du centre-ville de Lille, dans le Nord, que sortent actuellement de terre deux ensembles immobiliers construits autour d’un parvis. Le premier est un parallélépipède entièrement vitré qui accueillera des bureaux. 16 000 m² sur sept étages. Le second, en forme de L, constituera un ensemble résidentiel de 6, 7 et 17 étages. Le chantier Ekla est tout proche des deux gares TGV de Lille, dans une zone déjà bien urbanisée, sur une parcelle enclavée de 8 000 m². « Le projet est particulièrement haut pour la région », souligne Christophe Degand, directeur de travaux chez Eiffage construction, entreprise en charge du gros œuvre sur ce chantier. La tour d’habitation culminera en effet à 56 mètres du sol.

Les chutes de hauteur étaient donc au cœur des mesures de prévention du chantier, avant même qu’il ne débute en janvier 2016 1. « Nous avons beaucoup travaillé la phase de préparation sur nos chantiers, explique Isabelle Moreno, responsable prévention d’Eiffage construction pour la région Nord-ouest. Malgré cela, sur des chantiers d’une telle envergure, il est important d’échanger régulièrement sur les difficultés rencontrées au cours de l’avancement des travaux. Cela permet de trouver des solutions ensemble. C’est notamment pour cela que des réunions hebdomadaires sont organisées. »

La mutualisation des moyens de levage et de manutention, notamment contre les chutes de hauteur, était clairement établie dès le début du chantier. « Et elle était inscrite dans le plan général de coordination de sécurité et de protection de la santé (PGCSPS) », se réjouit Mostafa Ed Derbal, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Picardie. Deux ascenseurs de chantier, pouvant acheminer jusqu’à 2 tonnes de marchandises chacun, sont ainsi en service depuis avril et août 2017 et le resteront jusqu’à la fin du chantier, prévu pour le deuxième semestre 2018. En permettant l’approvisionnement en matériaux de chacun des ensembles immobiliers, ils évitent les risques de chutes dans les escaliers et participent également à la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS). « Ils sont bien utiles et très empruntés », témoigne Sébastien Bultez, conducteur principal de travaux. « Ils fluidifient également le travail », souligne Christophe Degand.

Éviter les chutes de personnes… et d’objets

Au fur et à mesure que les murs des bâtiments se sont élevés, les plates-formes de travail en encorbellement ceinturaient le dernier étage afin de prévenir les chutes de hauteur. Pour les travaux de façade, les nacelles élévatrices sont utilisées jusqu’au sixième étage et, pour les niveaux supérieurs, des plates-formes bimâts ont été installées. « Pour couler les balcons, nous avons utilisé des tables coffrantes à sécurité intégrée contre le vide », indique le directeur de travaux. Elles permettent d’éviter l’utilisation d’EPI tels que le harnais pour poser les protections collectives contre les chutes de hauteur.

PROTÉGER AUSSI LES SALARIÉS DES CHUTES DE HAUTEUR À L’INTÉRIEUR DES BÂTIMENTS

Afin de protéger les travailleurs du chantier Ekla du risque de chute au niveau des trémies d’ascenseur, des grilles intégrales en acier ont été posées à chaque étage comme garde-corps sur toute la hauteur de l’encadrement des futures portes. « La sécurisation de la partie haute des ouvertures permet de protéger les salariés qui effectueront des travaux de finition en hauteur aux étages », souligne Mostafa Ed Derbal, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Picardie. Ils resteront jusqu’à l’installation des ascenseurs définitifs, prévue pour le début du deuxième semestre 2018.

La phase de gros œuvre touche maintenant à sa fin. À ce stade d’avancement du chantier, certaines parties des bâtiments sont encore ouvertes sur le vide, par exemple les futures loggias des appartements ou les bureaux dont les façades vitrées sont en cours de pose. À leur niveau, des garde-corps temporaires ont été placés. Il s’agit de potelets verticaux qui soutiennent une grille en acier rigide, rouge, en mailles serrées. « Pour prévenir les chutes de hauteur sur les chantiers, la réglementation n’impose que des garde-corps avec lisse, sous-lisse et plinthe, commente Mostafa Ed Derbal. Mais vu la hauteur de ce chantier, le système choisi par l’entreprise présente l’avantage d’éviter aussi la chute d’objets. »

En toiture de la tour, ce sont des acrotères en béton de plus d’un mètre qui sont prévus afin de sécuriser les interventions ultérieures sur ouvrage (travaux d’étanchéité par exemple). Dans les trois bâtiments résidentiels, les locaux techniques ne sont pas situés en toiture : les machines sont accessibles depuis les étages. Quant à l’immeuble de bureau, un toit en pente recouvre la terrasse technique, qui sera intégralement fermée par des baies vitrées. La protection contre les chutes de hauteur y est pour l’instant assurée par des garde-corps temporaires.

À l’intérieur des bâtiments, il est également nécessaire de protéger les salariés contre les chutes de hauteur. Au niveau des trémies de désenfumage et de passage des gaines techniques, la protection contre les chutes se fait au niveau du plancher par l’obstruction de ces ouvertures en suivant l’avancement des étages.

Privilégier les nacelles élévatrices

À plus de 200 km de là, le chantier de la polyclinique Courlancy a débuté en janvier 2016… Il se situe à Bezannes, dans la Marne, à quelques centaines de mètres de la gare TGV Champagne-Ardennes. Même si la zone s’urbanise rapidement, les cinq bâtiments occupent un vaste terrain de huit hectares. Le chantier est important : au total, une centaine de sous-traitants de premier et deuxième rangs sont intervenus pendant toute la durée du projet et jusqu’à 350 personnes y ont travaillé. « Ce sont pour la plupart des entreprises locales, avec lesquelles nous avons l’habitude de travailler », précise Jérôme Néchal, directeur d’exploitation chez Cari Thouraud, entreprise générale de travaux. Il est directeur du projet de la polyclinique pour le groupement Eiffage-Cari.

CHIFFRES

17 % c’est la part de chutes de hauteur dans les accidents du travail dans le secteur du BTP. Les deux principales causes de chutes de hauteur sont les chutes d’échelles ou d’escabeaux et les chutes dans les escaliers.

1re place : les chutes de hauteur représentent la première cause d’accidents du travail mortels dans le BTP et la deuxième cause d’accidents.

18 décès ont été déplorés à la suite d’une chute de hauteur dans le BTP.
Ce type d’accidents est aussi à l’origine de 29,1 % des cas d’incapacité permanente du secteur.

La hauteur des bâtiments reste raisonnable : quatre se limitent à trois étages et un est de plain-pied. Dès le gros œuvre, l’utilisation de nacelles élévatrices a été privilégiée pour effectuer un travail en hauteur. « Il y en a eu jusqu’à une vingtaine en même temps », remarque Jérôme Néchal. « Une condition préalable à leur utilisation est d’avoir un accès carrossable au chantier, souligne Jean-Louis Boudier, contrôleur de sécurité à la Carsat Nord-Est. Cela a été possible car les travaux de VRD [voirie et réseaux divers] ont été réalisés en amont et les voies de circulation définitives ont été finalisées en 2017. »

Les nacelles sont aujourd’hui utilisées pour les travaux en façade – bardage, pose des volets – et pour la pose de faux plafonds dans le futur hall d’accueil qui s’élève sur deux étages. La toiture-terrasse, en partie végétalisée, accueillera les locaux techniques. Pour y sécuriser les interventions ultérieures, des garde-corps définitifs, autoportants, ont été posés dès la fin des travaux d’étanchéité, en septembre 2017. Jusque-là, des garde-corps temporaires limitaient le risque de chutes.

Depuis le démontage de la dernière des cinq grues à tour, l’approvisionnement en matériaux dans les étages s’effectue grâce à la mise en service anticipée de quatre des huit monte-malades de la future polyclinique. « Ils ont pu être utilisés dès le démarrage du second œuvre, en janvier 2017 », indique Jérôme Néchal. Afin de prévenir les chutes lors des travaux en hauteur à l’intérieur des bâtiments, c’est l’utilisation de plates-formes individuelles roulantes légères (PIRL), avec stabilisateurs, qui s’est généralisée sur le chantier. « Chaque entreprise apporte son matériel et nous en vérifions la conformité. J’ai toutefois constaté que les stabilisateurs des PIRL n’étaient pas toujours déployés. »

EN SAVOIR PLUS

Katia Delaval

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