DOSSIER

L’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Strasbourg forme de futurs ingénieurs et architectes. Les questions de santé et de sécurité au travail sont de plus en plus présentes dans les cursus proposés.

L’Insa de Strasbourg a été la première école d’ingénieurs à introduire dans son enseignement une formation en santé et sécurité au travail.

L’Insa de Strasbourg a été la première école d’ingénieurs à introduire dans son enseignement une formation en santé et sécurité au travail.

À l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Strasbourg, quelque 2 000 étudiants se répartissent chaque année dans des spécialités très variées : génie civil, génie électrique, topographie, plasturgie, mécanique... Ils préparent un diplôme de niveau bac + 5. Tous sont formés à la santé et sécurité au travail (S&ST) et certains obtiennent un certificat de « Techniques de sécurité appliquées au travail ». « Nos futurs ingénieurs et architectes doivent acquérir des réflexes en SST, pour eux-mêmes et pour les équipes avec lesquelles ils travailleront », estime François Dufour, directeur général des services.

L’Insa de Strasbourg propose en effet plusieurs formations en santé et sécurité au travail : une obligatoire pour tous les étudiants et d’autres optionnelles, ouvertes à toutes les filières. Elle a même été la première école d’ingénieurs à introduire dans son enseignement une formation dans ce domaine, en 1977. Et ce, grâce à un partenariat entre la Carsat Alsace-Moselle et l’école. Aujourd’hui, dans chacune des spécialités, un enseignant référent en SST travaille en binôme avec un intervenant de la Carsat ou de l’OPPBTP.

Des bases et un approfondissement

Le contenu de la formation obligatoire s’appuie sur un référentiel de compétences généralistes (le référentiel bases essentielles en santé et sécurité au travail ou BES&ST). « Elle permet de sensibiliser l’ensemble des étudiants à la question de la S&ST », explique Guy Sturtzer, directeur de la formation. Elle dure deux jours et mobilise dix enseignants de l’Insa. Elle débute par une demi-journée exposant les bases de la prévention. Elle se poursuit par une demi-journée d’observation de situations de travail, commentées sous l’angle de la sécurité, soit sur un site industriel, soit sur le campus en visionnant une vidéo d’un chantier, selon la spécialité suivie. « Nous analysons avec les étudiants des vidéos de l’OPPBTP », explique Mathieu Koehl, directeur du département génie civil et topographie.

La formation s’achève par une journée de debriefing en salle. « C’est l’occasion d’aller plus loin et d’aborder plus largement des situations de travail qu’ils ont déjà rencontrées lors de leurs stages », précise Pierre-Yves Adam, ingénieur-conseil à la Carsat Alsace-Moselle. « C’est aussi pour cela que nous proposons cette formation à partir du niveau bac +3, à un moment où tous nos étudiants ont réalisé au moins un stage en entreprise. La formation leur semble plus concrète », explique Françoise Feugeas, responsable de la formation sécurité à l’Insa. L’évaluation des acquis se fait grâce à un rapport, une présentation orale ou un examen écrit, au choix de l’enseignant référent en SST de la filière.

UNE FORMATION ACTEUR PRAP PROPOSEE AUX ETUDIANTS

L’Insa propose désormais une formation acteur Prap, ouverte à tous les étudiants de l’Insa à partir du niveau bac +2. D’une durée de 24 heures, elle s’articule autour de contenus théoriques, de travaux pratiques et de projets. Étudiant en deuxième année en plasturgie, Clément Bourquin a suivi la formation Prap. Lors de son stage ouvrier, il a été amené à porter des charges lourdes, de manière répétitive. Et à ressentir une fatigue, voire des douleurs, en fin de journée.  « Dans notre futur métier, déclare Clément Bourquin qui était préparateur de commandes pendant deux mois, nous serons probablement amenés à diriger des équipes confrontées aux risques liés à la manutention manuelle de charges lourdes, très présents dans le secteur de la plasturgie, poursuit l’étudiant. Cette formation nous permet d’anticiper ce type de situations. »

Les étudiants souhaitant par la suite approfondir leurs connaissances en SST peuvent opter pour un module complémentaire, d’une durée de 24 h. « À l’origine, cet enseignement était entièrement assuré par des intervenants de la Carsat Alsace-Moselle. L’équipe pédagogique s’est aujourd’hui enrichie d’un IPRP et d’enseignants de l’Insa formés par nos soins », souligne Pierre-Yves Adam. Le module utilise les ressources pédagogiques et les évaluations par questionnaires en ligne développées par l’INRS pour l’enseignement à distance (https://www.eformation-inrs.fr/). Il permet d’obtenir un certificat de « Techniques de sécurité appliquées au travail ». « Un argument qui plaît aux étudiants car ils peuvent le valoriser dans leur CV. Ils le voient comme un Toeic  ou un Toefl (NDLR : Tests d’anglais qui évaluent la maîtrise de la langue) de la SST », note-t-il.

Et c’est en effet l’une des raisons qui ont poussé Simon Petri à le suivre. Il a obtenu son diplôme d’ingénieur en génie civil en 2017 et il est aujourd’hui conducteur de travaux en Suisse. « Je pense que le certificat SST a été un plus pendant les entretiens d’embauche. Mais j’ai choisi cette formation avant tout parce que le BTP est un secteur à risques, et elle me permet de les anticiper dans mon quotidien », précise-t-il. Son mémoire de fin d’études a d’ailleurs porté sur les liens entre prévention et production.

Projets expérimentaux

Cette année, un autre module, lui aussi optionnel et certifiant, a été ouvert à l’Insa : la formation acteur Prap (prévention des risques liés à l’activité physique). C’est Richard Saumon, enseignant en plasturgie et formateur Prap, qui la dispense. Au-delà des formations proposées en lien avec la prévention pour la santé au travail, l’équipe pédagogique de l’Insa a décidé que tous les rapports de stage devraient aborder la SST, à partir de cette année. La prévention est par ailleurs abordée régulièrement, dans de nombreux enseignements. Les consignes générales de sécurité constituent le préambule des TP de chimie, par exemple, et la SST est à l’ordre du jour quand les expériences nécessitent des substances présentant un risque pour les étudiants.

Par ailleurs, certains étudiants sont amenés à réaliser des projets expérimentaux pour des entreprises, au sein de l’établissement, sans supervision. Ce qui a incité l’Insa à définir une politique pour leur sécurité lors de ces projets. Si ces derniers requièrent l’utilisation de produits chimiques, ils devront suivre une formation spécifique (lire l’encadré ci-dessous). Ceux qui travailleront sous tension doivent au préalable être formés au risque électrique. « La formation, en e-learning pour l’aspect théorique, est identique à celle qui permet l’habilitation électrique du personnel de l’Insa, avec une partie théorique, une partie pratique et un quiz », précise Mickaël MBarki, chargé de prévention à l’Insa, qui assure cette formation. L’Insa, c’est aussi un établissement qui fonctionne grâce à plus de 110 enseignants titulaires, une centaine de postes administratifs et techniques, et quelque 300 vacataires. Et qui, comme toute entreprise, doit se poser la question de la protection de la santé de ses salariés.

UNE SENSIBILISATION AU RISQUE CHIMIQUE

© Philippe Castano pour l’INRSAfin que les étudiants puissent réaliser en toute sécurité leurs projets, impliquant des substances chimiques, l’Insa a dû mettre en place une formation spécifique au risque chimique. C’est Philippe Denier, enseignant en chimie, qui en a développé le contenu. « La partie théorique est suivie en e-learning et le quiz se fait en ligne – il faut obtenir 80 % de réponses correctes, souligne-t-il. Puis j’organise une séance de manipulation individuelle afin notamment de tester la capacité de l’étudiant à comprendre la fiche de données de sécurité d’un produit : le produit doit-il être manipulé sous une hotte ? Des EPI sont-ils nécessaires ? Pour finir, nous revenons sur les risques associés aux produits qu’il va utiliser. »

K.D.

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