DOSSIER

En créant le logiciel Seirich en juin 2015, l’INRS et ses partenaires avaient pour objectif d’apporter aux entreprises, quels que soient leur taille et leur niveau de connaissances dans le domaine, une aide à l’évaluation des risques chimiques. Depuis, de nombreux professionnels ont su s’approprier cet outil et en tirer parti pour faire avancer la prévention. Une version 2 du logiciel comprenant de réelles évolutions, issues notamment des retours d’expériences des utilisateurs, a été lancée en avril 2017.

Seirich a été créé il y a deux ans pour aider les entreprises à effectuer l’inventaire des produits chimiques qu’elles utilisent et l’évaluation des risques.

Seirich a été créé il y a deux ans pour aider les entreprises à effectuer l’inventaire des produits chimiques qu’elles utilisent et l’évaluation des risques.

Les risques chimiques sont présents dans pratiquement tous les secteurs d’activité et nombreux sont les travailleurs qui y sont exposés, parfois sans même en avoir conscience. Pour les entreprises, repérer les produits, les mélanges ou les procédés chimiques dangereux susceptibles d’être présents et en évaluer les risques pour les salariés représente une démarche indispensable, dans l’optique de déployer des actions de prévention. Un processus qui peut sembler complexe à mettre en place, surtout lorsque l’on ne possède pas les connaissances techniques et réglementaires en la matière. CMR (cancérogène mutagène reprotoxique, FDS (fiche de données de sécurité), VLEP (valeur limite d’exposition professionnelle)… de quoi rebuter et finalement tuer dans l’œuf toute velléité de prévention.

Face à ce constat, l’INRS, soutenu dans ce projet par des partenaires, la Direction générale du travail, la CnamTS, le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), le Syndicat national des industries des peintures, enduits et vernis (Sipev), l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), et l’Union des industries chimiques (UIC), et rejoint il y a un an par la Mutualité sociale agricole (MSA), a développé un logiciel d’aide à l’évaluation des risques chimiques baptisé Seirich, pour Système d’évaluation et d’information sur les risques chimiques en milieu professionnel.

« Cet outil informatique apporte dans un premier temps un soutien aux entreprises pour réaliser l’inventaire des produits chimiques qu’elles utilisent, explique Nicolas Bertrand, expert d’assistance conseil à l’INRS et pilote de l’action Seirich. Il les accompagne ensuite dans les phases de hiérarchisation et d’évaluation des risques et les assiste dans la construction d’un plan d’action de prévention. » En fonction des données saisies par l’entreprise, il conseillera par exemple de substituer des produits dangereux, d’éliminer ceux qui sont inutiles, ou encore d’améliorer le confinement des procédés ou les protections collectives pour limiter les expositions.

Un accompagnement tout au long de la démarche

Pour toucher un public le plus large possible et ne pas décourager les néophytes, Seirich possède trois niveaux d’utilisation différents. L’évaluation est plus rapide et moins technique en mode débutant, ce qui permet de mettre en place les fondamentaux de la prévention. Les initiés (niveau 2) et experts (niveau 3) peuvent détailler plus finement leur évaluation et approfondir leur démarche.

De nombreuses fonctionnalités viennent aider les utilisateurs tout au long de leur cheminement : création de notice de poste, saisie automatique des données de FDS, réédition d’étiquettes en cas de reconditionnement, mise à disposition d’informations techniques et réglementaires ciblées, simulation des risques pour tester une substitution de produit ou une modification technique…

LES TROIS NIVEAUX D’UTILISATION DE SEIRICH

Pour s’adapter à tous les publics (chefs d’entreprise, responsables QHSE, médecins du travail, services de santé au travail, chimistes, toxicologues, spécialistes du risque chimique…), Seirich propose trois niveaux d’utilisation. Le premier,débutant, s’adresse à ceux ayant peu ou pas de compétences sur le risque chimique. La démarche comporte trois étapes : inventaire des produits et agents chimiques émis, évaluation simplifiée des risques, plan d’action de prévention. Les deux niveaux suivants, initié et expert, offrent la possibilité de schématiser son entreprise pour compartimenter les activités et gagner en précision, jusqu’à pouvoir analyser les différentes tâches effectuées par les salariés. Au troisième niveau, les experts en prévention des risques chimiques peuvent compléter les résultats de base de Seirich, pour prendre en compte leur expertise et d’autres méthodes d’évaluation (contrôle des VLEP, biomonitoring, avis d’experts…).

Téléchargeable librement sur www.seirich.fr, l’outil informatique, créé il y a deux ans, a déjà réuni plus de 15 000 utilisateurs. « Nos partenaires ont été des relais indispensables pour faire connaître Seirich sur le terrain. Aussi bien les institutionnels comme les Carsat et les Direccte dans leur rôle de conseil, que les fédérations professionnelles grâce à leurs relations privilégiées avec leurs adhérents, ont su trouver les bonnes approches et relayer les messages de prévention pour amener les entreprises à essayer Seirich, souligne Nicolas Bertrand. Nous souhaitons fédérer une véritable communauté et, pour ce faire, c’est une solution globale que nous proposons, intégrant de l’assistance et des formations. »

Démultiplier la formation

En effet, accompagner les entreprises dans la prise en main de l’outil est primordial pour les fidéliser. Ainsi peuvent-elles adresser leurs questions, qui sont réparties, en fonction de leurs thématiques, à un service d’assistance spécifique. Ces canaux permettent également les remontées du terrain sur les éventuels bugs ou besoins des utilisateurs concernant la mise en place de nouvelles fonctionnalités, par exemple.

Parallèlement, plus de 150 référents issus des organisations partenaires et de services de santé au travail ont été formés en région, au plus près du terrain, pour animer des actions d’information, de formation ou de conseil dans toute la France. De plus, les formations de l’INRS dédiées aux risques chimiques ont toutes intégré Seirich comme outil d’évaluation, permettant de partager un référentiel commun avec les stagiaires qui l’utilisent et de le faire découvrir aux autres. Enfin, des webinaires pluriannuels permettent de toucher un auditoire encore plus vaste. Rien que sur les années 2016 et 2017, plus de 2 300 personnes y ont assisté.

UNE VERSION 2 DE SEIRICH RICHE DE NOUVEAUTÉS

La version 2 du logiciel autorise ses utilisateurs à stocker les fichiers Seirich sur leur serveur d’entreprise, leur donnant ainsi la possibilité de travailler à plusieurs depuis différents postes, contrairement à la version précédente qui limitait la conservation des données à un seul ordinateur. En complément, un nouveau format d’édition en « lecture seule », qui était réclamé par la communauté d’utilisateurs, fait également son apparition. Cette évolution permet de partager les données Seirich sans que celles-ci soient modifiées de manière imprévue. En outre, une foire aux questions (FAQ) répond aux thèmes les plus fréquemment abordés sur le fonctionnement du logiciel et sur l’interprétation des résultats. Enfin, l’ajout d’une version de démonstration en anglais doit permettre, non pas une exportation à l’étranger puisque les valeurs de référence varient d’un pays à l’autre, mais plutôt un soutien aux filiales de groupes internationaux qui pourront faire valider leur choix en matière de prévention à leur maison mère.

Pérenniser l’outil en le faisant évoluer au gré des changements réglementaires, des avancées des connaissances scientifiques et techniques ainsi que des besoins des utilisateurs est une autre volonté forte des partenaires. « Seirich ne doit pas être obsolète au bout de quelques années, estime Nicolas Bertrand. Nous travaillons donc en continu à son actualisation et à l’amélioration de ses performances. Pas moins de quatre mises à jour ont été faites depuis 2015, qui ont permis par exemple de faciliter l’exploitation des données pour la traçabilité. La version 2, dont le lancement officiel a lieu ce mois d’octobre, intègre des fonctions attendues par les utilisateurs, comme la sauvegarde des inventaires sur leurs réseaux pour faciliter le travail à plusieurs. »

Deux ans après son lancement, qu’en est-il sur le terrain ? Comment les entreprises se sont-elles approprié Seirich ? Ses évaluations ont-elles été suivies d’actions concrètes de prévention ? En allant à la rencontre de professionnels de différents secteurs d’activité, de taille variable et possédant une culture de prévention des risques chimiques hétérogène, nous vous proposons de faire le point sur ces questions.

Damien Larroque

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