DOSSIER

À Bazas, en Gironde, des professionnels de la tôlerie-chaudronnerie ont imaginé une presse plieuse électrique adaptée au pliage de pièces de petit format. L’entreprise Alphapli, créée pour concevoir cette machine de formage innovante, a été conseillée par l’INRS sur les aspects relatifs à la sécurité.

Alphapli a été créé pour répondre à un besoin d'entreprises qui utilisent des presses plieuses surdimensionnées par rapport à la taille des pièces qu'elles produisent.

Alphapli a été créé pour répondre à un besoin d'entreprises qui utilisent des presses plieuses surdimensionnées par rapport à la taille des pièces qu'elles produisent.

L’IDÉE A PRIS forme dans les ateliers de l’entreprise de mécanique industrielle Sotomeca, installée à Bazas, dans le département de la Gironde. Alors que 60 % à 80 % des pièces de tôlerie traitées mesurent moins d’un mètre, l’établissement utilise deux presses plieuses hydrauliques ayant une largeur de tablier respectivement de 3 et 4 mètres pour 100 et 400 tonnes de poussée. Au fil des discussions, Jean-Luc Lanoelle, le dirigeant, et Yann Grégoire, collaborateur d’une société de fabrication de machines pour le travail de la tôle, imaginent une presse de petite taille, facilement déplaçable dans les ateliers à l’aide d’un chariot élévateur ou d’un pont roulant.

Cette presse plieuse électrique, qui leur semble mieux adaptée aux besoins des ateliers, permettrait notamment de réaliser des travaux de pliage en temps masqué, c’est-à-dire lorsque les opérateurs doivent rester à proximité de machines sur lesquelles des travaux sont en cours (laser, centre d’usinage…). En 2014, la société Alphapli, dont Yann Grégoire prend la tête, est créée pour concevoir puis commercialiser une nouvelle gamme de machines-outils de formage. Les presses seront conçues, usinées, assemblées et testées à Bazas. Le travail sur la modélisation est réalisé avec un bureau d’études externe.

Rapidement, deux aspects doivent être abordés : la conception en sécurité dans le respect de la réglementation et l’ergonomie de la machine. Sur ce dernier point, l’idée est de proposer un poste de travail assis-debout, en adoptant la hauteur du poste de commande numérique. Un plan de travail plus bas que celui proposé par les autres constructeurs est également envisagé. En ce qui concerne la conception en sécurité de la presse, les interrogations sont nombreuses.

Une action de conseil

« La directive Machines dans son annexe I, qui définit les exigences essentielles de santé et de sécurité relatives à la conception et à la construction des machines, est exhaustive. Elle donne des objectifs de résultats clairs et compréhensibles. Toutefois, les solutions pour les atteindre ne sont pas toujours évidentes et les boîtes à outils que sont les normes et documents techniques sont peu connues ou maîtrisées par les concepteurs, constate Xavier Dotal, contrôleur de sécurité à la Carsat Aquitaine. C’est pourquoi, lorsque nous avons été sollicités par Yann Grégoire, j’ai orienté l’entreprise vers l’INRS qui a une compétence en matière de conception en sécurité des presses plieuses. »

Une publication récente de l’institut 1 détaille notamment la sécurité de ce nouveau type de presses, dites à servomoteurs, dont le fonctionnement diffère de celui des presses plieuses conventionnelles. Ainsi, en 2016, James Baudoin, qui travaille sur la sécurité des équipements de travail et des automatismes à l’INRS, se rend à deux reprises chez Sotomeca. « J’ai proposé un plan d’action à la Carsat et à l’industriel, en posant les limites de l’intervention, explique-t-il. Ces machines étant soumises à certification CE de type, il ne s’agissait en aucun cas de se substituer à l’organisme certificateur, mais de conseiller l’entreprise sur des points techniques et de l’orienter vers les différentes réglementations appli­cables (machines, basse tension, compatibilité électromagnétique…). En matière de conception, Alphapli partait de rien mais l’entreprise foisonnait d’idées. »

UN OUTIL ADAPTÉ

La machine en test (800 mm/20 t), parfaitement adaptée au pliage des pièces de moins d’un mètre, les plus nombreuses, a été conçue pour rationaliser la productivité des ateliers. Son installation est facilitée grâce à l’alimentation électrique. La commande numérique universelle et didactique est simple et son enveloppe robuste. Elle sera déclinée en trois modèles qui diffèrent par la commande numérique. Une seconde presse plieuse, plus petite (400 mm/8 t), est en cours de développement. La structure de ces nouvelles machines est rigide, compacte. L’épaisseur du bâti, de 30 mm, a été surdimensionnée de façon à éviter toute déformation pendant le travail. Le déplacement dans l’atelier est simple, à l'aide soit d'un pont roulant soit d'un chariot élévateur, et aucune remise à niveau n’est nécessaire lors de la remise en route.

« Cet apport nous a permis de valider certains choix technologiques en  nous assurant qu’ils répondaient aux exigences de sécurité, complète Yann Grégoire. L’un des points sur lesquels l’INRS nous a conseillés est par exemple celui des risques liés au mouvement du tablier (la partie mobile qui déforme la tôle) et des dispo­sitifs à mettre en œuvre pour empêcher sa chute en cas de défail­lance d’un élément. Sur la machine, nous avons intégré un système de ressorts de rappel qui, en cas de rupture d’un élément mécanique, maintiennent le tablier. »

L’intégration des fonctions de sécurité et la mise en place de la commande électrique prennent environ un an. Une première machine est ensuite testée chez Sotomeca par un opérateur dûment formé et habilité pour cette phase de développement. Ces presses plieuses électriques sont soumises à une procédure de mise sur le marché appelée examen CE de type. « Nous avons fait appel à Socotec pour la certification, faisant le choix d’un organisme français car ils ont la réputation d’avoir un haut niveau d’exigence », souligne Yann Grégoire.

Une machine en phase avec l’activité

Après constitution du dossier technique avec analyse des risques, l’examen CE de type a lieu sur le site. La machine testée dans l’atelier a une largeur de tablier de 800  mm pour 20 tonnes de poussée. « Elle a été conçue en fonction de nos besoins : tout ce qui pouvait être amélioré l’a été, estime Raphaël Dauce, l’opérateur de pliage qui a pris la machine en main. On choisit sa position de travail et la programmation est très simple. Avant, il fallait utiliser la machine de 3 mètres pour les petites pièces. Cette presse compacte nous évitera des allers-retours et le montage-démontage d’outils. Elle est légère, indéformable et se déplace facilement, avec le pont roulant ou même un chariot élévateur. »

L’innovation a fait l’objet d’une présentation au salon Tolexpo 2018.  « C’est une cellule flexible, que l’on disposera où l’on veut, insiste Jean-Luc Lanoelle. L’organisation de l’atelier, que ce soit au niveau des flux ou des stocks, va pouvoir être repensée. De plus, cette presse constitue un gain technologique intéressant pour les opérateurs, en totale adéquation avec les métiers du métal et de la tôlerie. »

L’innovation a fait l’objet d’une présentation au salon Tolexpo 2018.  « C’est une cellule flexible, que l’on disposera où l’on veut, insiste Jean-Luc Lanoelle. L’organisation de l’atelier, que ce soit au niveau des flux ou des stocks, va pouvoir être repensée. De plus, cette presse constitue un gain technologique intéressant pour les opérateurs, en totale adéquation avec les métiers du métal et de la tôlerie. »

MISE SUR LE MARCHÉ

Trois procédures d’évaluation CE existent pour déclarer qu’une machine est conforme, c’est-à-dire conçue dans le respect de l’ensemble des règles techniques pour assurer sa fonction, être réglée et entretenue sans que les personnes soient exposées à un risque : l’évaluation avec contrôle interne de la fabrication (dite autocertification en France), l’examen CE de type et la procédure d’assurance qualité complète. La liste limitative de machines concernées par les procédures d’examen CE de type (dont font partie les presses plieuses) et d’assurance qualité complète figure à l’article R. 4313-78 du Code du travail.

Grégory Brasseur

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