DOSSIER

Olivier Decourcelle est kinésithérapeute libéral diplômé d’État, ergonome et gérant d’une société de conseil et de formation en ergonomie et prévention. Sa rencontre avec l’ergonomie, puis les réflexions menées auprès des entreprises pour comprendre, transformer et améliorer le travail ont nourri sa propre pratique professionnelle.

Travail & Sécurité. Vous êtes kinésithérapeute libéral, mais également ergonome et vous intervenez en prévention des risques professionnels en entreprise. Expliquez-nous ce parcours.

Olivier Decourcelle. Il est d’autant plus atypique que j’ai commencé comme chauffeur de poids lourds! Ne m’imaginant pas vieillir dans le métier, j’ai repris mes études et décroché, en 1992, le diplôme d’État de kinésithérapie. En troisième année, un professeur dispensait une formation à l’ergonomie. Le sujet m’a plu. Puis, lorsque j’ai commencé à exercer, un événement a bouleversé mon rapport à l’activité. En soins, je suivais des salariées d’une même usine de production, touchées par le syndrome du canal carpien. Le fait que certaines reviennent en consultation après s’être fait opérer, en exprimant la même souffrance, m’a profondément marqué. Comment l’expliquer? De quelle façon la vie professionnelle et l’usage que l’on fait de son corps sont-ils intriqués? Ce déclic m’a amené à me tourner vers l’ergonomie et la prévention. En 2000, avec un associé, j'ai fondé Ergos-Concept. L’idée était de créer un outil ayant vocation à travailler sur la prévention en entreprise. En parallèle, dans mon activité de kiné, j’ai commencé à m’interroger sur le vieillissement au travail.

RISQUES

Les masseurs kinésithérapeutes sont soumis à de multiples contraintes physiques : manipulation des patients, manutention du matériel, travail en force, gestes répétitifs, etc. Ils peuvent être amenés à utiliser des produits antiseptiques, désinfectants, détergents, crèmes, gels… Ils sont concernés par les déplacements professionnels, le contact avec le public, les horaires atypiques (en particulier les dépassements d’horaires et le travail le week-end). Les risques professionnels rencontrés varient en fonction des conditions d’exercice du métier (en cabinet, à domicile, en établissement de soins, en entreprise…).

Quel regard portez-vous sur la prévention des risques professionnels auxquels les kinésithérapeutes sont exposés?
O. D. J’ai une anecdote, qui remonte à ma deuxième année de préparation du diplôme d’État. Alors que l’on nous décrivait les effets, d’un patient à l’autre, des différentes pommades et huiles essentielles utilisées, une étudiante a demandé ce qui résultait, pour nous, de la somme de ces effets. « Ça, c’est une autre question », lui a répondu l’enseignant. Ce qui en disait déjà long sur la non-prise en compte des risques. De plus, pour assumer leurs charges, leurs investissements, il n’est pas rare que les kinés, pour l'essentiel des libéraux, travaillent de 7h30 à 21h30, 6 jours sur 7. S’ils sont confrontés, dès leurs études, aux exigences physiques, intellectuelles et psychologiques du métier, rien ne les prépare à l’usure et au vieillissement au travail. De même, si l’on regarde vers les organisations qui nous représentent, qu’il s’agisse des organisations professionnelles ou du conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, il faut bien admettre qu’en matière de santé au travail du praticien, il n’y a que quelques pierres posées dans le désert.

Les choses n’ont-elles pas évolué ?
O. D. Jusqu’à présent, personne, dans notre environnement professionnel, n’a anticipé les questions de vieillissement. Nous sommes partis d’un postulat selon lequel l’engagement physique que j’ai avec mon patient, dans la pratique de la kinésithérapie manuelle, est le même à 25 ans et à 65 ans. C’est un leurre. On parle beaucoup des mesures concernant la pénibilité au travail. Mais comment vont-elles toucher les libéraux ? Pour beaucoup, ce choix de vie, fait en début de carrière, a, à terme, des conséquences économiques et humaines qu’ils ne mesuraient pas. Pour ma part, si je consacre encore une journée par semaine aux consultations de kinésithérapie dans mon cabinet parisien, l’activité en entreprise a pris le dessus. Je pense d’ailleurs qu’en tant que kinésithérapeutes, nous avons, dans l’environnement professionnel, de vrais atouts.

 

PANORAMA

Au 1er janvier 2013, on dénombrait 75304 masseurs kinésithérapeutes en France métropolitaine et 2474 dans les DOM. 49% sont des femmes. 79% exercent en libéral (principalement en cabinets individuels et cabinets de groupe), 17% sont des salariés hospitaliers. 42,4% ont 45 ans et plus. (source: Drees)

Grégory Brasseur

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