DOSSIER

© Gaël Kerbaol/INRS/2019

Pascal Cestre accueille une formation à la manipulation et à la contention des bovins dans son exploitation de vaches allaitantes. Une formation dispensée par la MSA, car, malgré leur image impavide, les bovins peuvent être à l’origine d’accidents, souvent graves.

La contention des animaux présente notamment des risques d'écrasement si les installations ne sont pas adaptées.

La contention des animaux présente notamment des risques d'écrasement si les installations ne sont pas adaptées.

« Qui a déjà eu peur en manipulant un bovin ? », interroge Pierre-Marie Joseph-François, conseiller en prévention à la MSA et formateur à l’Institut de l'élevage. Nous sommes dans une grange aménagée en salle de formation, à Mhers, dans la Nièvre. Personne ne répond. Puis un éleveur ose : « On s’est tous déjà fait peur, je pense. » Le formateur renchérit : « S’en rendre compte et accepter de le dire ici, c’est honnête. » Les chiffres parlent : la moitié des accidents du travail dans le secteur agricole ont lieu dans des activités d’élevage et représentent plus de la moitié des coûts engendrés par les réparations. « Chaque année, complète Christophe Lapalus, formateur à l’Institut de l’élevage, de 5 à 15 personnes sont tuées par un taureau, dans le cadre de leur profession. »

La MSA a lancé un plan de formation 2016-2020 sur le risque animal bovin et équin. Dans la Nièvre, une dizaine d’éleveurs de vaches allaitantes sont réunis pour deux jours de formation : une journée sur la manipulation et, sept jours plus tard, une autre sur la contention. Avec une présentation en salle puis une partie pratique, dans l’exploitation de l’un des éleveurs. « On est sur le terrain et on est confrontés aux mêmes difficultés que lui, insiste Pierre-Marie Joseph-François. Nous ne sommes pas dans une situation “idéalisée”. »

Lors de la première journée, le formateur a insisté sur les cinq sens des bovins dont il faut se servir lors de toute manipulation. Et tout d’abord, parler à l’animal, lui signifier qu’on est là. Puis se rapprocher de lui et arriver au contact. Il perçoit alors des odeurs et des sons qui ne lui sont pas familiers. « Il faut également être vigilant sur leur champ de vision qui est différent du nôtre et peut provoquer des réactions auxquelles on ne s’attend pas… », explique le formateur. Pour illustrer ses propos, il diffuse deux vidéos, l’une reflétant la vision d’un bovin, l’autre réalisée à partir d’une caméra fixée sur la tête de l’animal. 

De 5 à 15 personnes sont tuées chaque année par un taureau, dans le cadre de leur profession.

Ensuite, il faut chercher à entrer en contact avec le bovin : les deux formateurs montrent des points précis, sur le dos et entre les yeux, qui apaisent l’animal. Enfin, ne pas hésiter à récompenser l’animal à la voix ou en lui donnant de la farine ou de la mélasse. « Avec la tendance actuelle à réduire le nombre de personnes sur les exploitations agricoles, les éleveurs sont moins proches de leurs animaux, explique Christophe Lapalus. Ici, certains exploitants remplacent leurs vaches charolaises par des salers. Pourquoi ? Parce que les salers sont connues pour vêler facilement, sans intervention humaine. Mais cela a une contrepartie : l’éleveur a moins l’habitude de côtoyer ces vaches rustiques et très protectrices de leur veau. Cela peut devenir plus risqué. » Lorsque le formateur questionne les éleveurs sur les activités qu’ils jugent les plus à risque, les mots fusent : « la manipulation des taureaux », « le vêlage », « les interventions sur les veaux », « le parage ou le déparasitage »… La liste est longue.

Du matériel adapté

La seconde journée est consacrée à la contention, une étape indispensable pour intervenir en sécurité sur les animaux. Avec quelques principes de base pour empêcher l’animal de prendre conscience de l’environnement (grâce à des parois pleines), limiter son envie de fuite, respecter son instinct grégaire et utiliser sa curiosité naturelle. « Plus l’animal a l’habitude d’être dans une installation de contention, moins il sera stressé, remarque Pierre-Marie Joseph-François. À une certaine époque, des éleveurs achetaient des couloirs de contention à plusieurs. Au final, ils ne s’en servaient jamais. » Pascal Cestre, qui accueille la formation sur son exploitation de 20 salers et 40 charolaises, confirme : « Avant, nous possédions un couloir mobile de contention à deux agriculteurs, c’était compliqué. Depuis que j’en ai acheté un pour moi, je m’en sers tout le temps. »

LES CHIFFRES DE LA MSA

  • Les trois quarts des accidents survenant en élevage bovin nécessitent un arrêt de travail et 3 % sont des accidents graves ou mortels.
  • Dans plus de 9 cas sur 10, les personnes accidentées sont des hommes.
  • Les personnes dont le niveau de formation professionnelle (concernant la sécurité, la manipulation des animaux…) est faible sont les plus touchées
  • Les deux tiers des accidents ont lieu entre octobre et mars, lors de la période d’hivernage, quand les animaux sont rentrés et font l’objet de soins (vaccination, traitement antiparasitaire…). Ils surviennent autant lors de tâches de routine que lors de tâches occasionnelles
  • Dans la plupart des cas, les accidents sont à mettre en relation avec le milieu de travail : mauvais état des sols, couloirs trop étroits, éclairage insuffisant… La conception d’un bâtiment nécessite de prendre en compte ces données.

Autre règle : faire le choix d’un matériel adapté à l’éleveur et à l’élevage… et ne pas chercher un outil permettant de tout faire. Le matériel pour un élevage allaitant ne sera pas le même que pour un élevage laitier par exemple. Des règles sur l’orientation lorsque c'est possible, l’embarquement est facilité s’il se fait au Nord sur les flux (maquette à l’appui), et des données générales : la surface par bovin des parcs d’attente, la hauteur des parois, la longueur du couloir et sa largeur. « Quand les gens construisent eux-mêmes leurs installations, ils ont tendance à voir trop grand. Il s’agit de contention, donc il faut que les animaux soient immobilisés », insiste Christophe Lapalus.

Les passages d’hommes permettent de circuler facilement et évitent de se faire coincer par un animal qui peut dépasser la tonne dans le cas des taureaux. « Si ce sont des barrières, en cas de charge, on peut rouler dessous, ou passer à travers. Passer par-dessus est plus risqué, car on n’a souvent pas le temps de passer la deuxième jambe », explique le formateur MSA, vidéo à l’appui. Sur le terrain, les formateurs incitent les éleveurs à examiner l’installation de la contention fixe, « faite maison il y a 25 ans », et à proposer des améliorations.

Les choses avancent

Les salers sont déplacées, manipulées. Les formateurs font une démonstration de lève-tête sur Furtive, l’une d’elles. Du matériel utile pour administrer un traitement antiparasitaire. « Leur propriétaire est très calme et ça joue. Ces animaux ne sont pas stressés », analyse le formateur MSA. Ils passent ensuite à l’installation de contention mobile. Là encore, les salers entrent sans difficulté. Chacun leur parle, les touche, cherche les points pour les calmer. Amélie Seutin, une exploitante, participe à la formation. Elle se propose pour faire des licols : « Je voudrais aussi essayer le nœud qui peut être défait rapidement. » Aidée du formateur, elle se prête à l’exercice, demande des explications pour parfaire son approche des bovins, calmer l’animal et « enrichir ses connaissances ».

Au total, 92 exploitants ont été formés l’année dernière en Bour­gogne. « Ça paraît peu, reconnaît Jean-Charles Gornouvel, responsable du service prévention des risques professionnels à la MSA. Mais les choses avancent… et les scolaires et salariés n’entrent pas dans le décompte. » Toutes les régions mettent en place des formations dans le cadre des actions du PSST 2016-2020, ce qui touche environ un millier d’exploitants agricoles chaque année. Et une cinquantaine de formations en lycées agricoles ont été réalisées sur toute la France. À la fin de la formation, l’un des agriculteurs raconte comment, gamin, il s’est fait coincer par un animal. « La peur de ma vie, je m’en souviendrai toujours. » 

ACCIDENTS DU TRAVAIL ET CONSIGNES DE PRÉVENTION

  • Les principales lésions physiques sont des fractures ou fêlures, des lésions superficielles, des contusions, plaies, entorses ou foulures.
  • Les victimes sont plus souvent touchées au niveau des mains et des membres inférieurs. Puis viennent les membres supérieurs, la tête, le dos, les yeux, le thorax et l’abdomen… et les lésions multiples.
  • La conception des bâtiments, les aires de circulation (des hommes et des animaux) et leur éclairage sont des éléments importants. De même que des systèmes de sécurité, comme des passages d’homme, des couloirs ou des cages de contention.
  • La sélection des animaux ne doit pas se limiter aux qualités bouchères ou laitières. Leur docilité doit également être prise en compte.
  • La relation avec les animaux doit se faire sans cris ni coups, en portant une tenue adéquate (cotte, bottes, gants…). Le matériel doit aussi être adapté et les machines entretenues.

Delphine Vaudoux

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