DOSSIER

Conscient de l’importance de la prévention des risques professionnels, le Train Théâtre, petite salle de spectacle située à Portes-lès-Valence dans la Drôme, a su s’organiser pour améliorer les conditions de travail de ses salariés. Rencontre avec Luc Sotiras, son directeur

Travail & Sécurité. Qu’est-ce que le Train Théâtre ?
Luc Sotiras.
 Il s’agit d’une scène conventionnée d’intérêt national  de la périphérie de Valence, essentiellement dédiée à la chanson française et d’une capacité de 450 places (NDLR : une scène conventionnée d’intérêt national est une structure de création et de diffusion soutenue par le ministère de la Culture en raison de son action en faveur de la création artistique, du développement de la participation à la vie culturelle, de l’aménagement et de la diversité artistique et culturelle d’un territoire). Outre des concerts, nous proposons également à notre public du cirque, des contes, des spectacles jeunesse… L’année dernière, nous avons accueilli 95 spectacles qui ont attiré 45 000 spec-tateurs. Pour faire tourner le lieu, notre équipe, qui se compose de 14 salariés permanents soit 12,6 équivalents temps-plein (ETP), a reçu le renfort d’intermittents qui, en 2018, ont représenté 2,1 ETP. Enfin, principalement pour l’accueil, 6  étudiants en CDII (NDLR : contrat permettant aux agences d’intérim d’embaucher des salariés à durée indéterminée et de les envoyer sur différentes missions pour différents commanditaires) nous ont accompagnés en tenant leur poste de 60 à 120 heures par an chacun.

Qui est responsable de la gestion des risques professionnels ?
L. S.
  Un poste de directrice technique a été créé en 2014, au moment où nous sommes passés d’un statut de régie directe administrée par l’agglomération de commune à celui de régie autonome. Sa mission étant de veiller au bon fonctionnement du bâtiment dans son intégralité, aussi bien la scène et les coulisses que les bureaux et la billetterie, il est tout naturel que la gestion des risques professionnels lui incombe. Elle a réalisé notre document unique et le fait évoluer en tant que de besoin. Elle est également chargée du plan de prévention qui nous permet de travailler en bonne intelligence sur les questions de sécurité avec les équipes des artistes qui viennent jouer dans nos murs. Autre point important à sa main, le suivi des formations de nos salariés et de leur renouvellement. Les habilitations pour le travail électrique ou en hauteur, par exemple. Avec notre gril technique situé à huit mètres au-dessus de la scène, il est indispensable d’être à jour en la matière. Notre directrice technique est tout aussi vigilante à ce sujet lors du recrutement d’intermittents qui se doivent d’être formés et titulaires des habilitations requises pour réaliser les tâches pour lesquelles ils sont embauchés.

Dans vos métiers, les amplitudes horaires sont parfois excessives. Avez-vous agi à ce sujet ?
L. S.
Pour éviter les trop longues journées de travail, nous nous employons à préparer la salle la veille des spectacles. Il ne reste alors que les réglages à effectuer le jour J. Nos équipes peuvent ainsi se caler sur l’heure d’arrivée des artistes, vers midi, pour leur prise de poste. S’il n’est pas possible, pour une raison ou pour une autre, que la salle soit prête la veille, nous faisons appel à une autre équipe qui travaille le matin. C’est le recours à l’intermittence qui permet de s’organiser de la sorte.

Dans le but de finir plus tôt, nous dînons ensemble avant les spectacles. En effet, lorsque les repas se faisaient après la journée de travail, nos salariés pouvaient rentrer chez eux à une heure du matin. Depuis cette réorgani-sation, nous avons gagné deux heures. Cela réduit le stress et insuffle un supplément de convivialité entre artistes, techniciens et administratifs. Cette amélioration n’a pas nécessité un grand investissement, ce qui ne gâte rien. Nous avons aménagé une cuisine portative tout électrique et trouvé un prestataire pour s’occuper de la préparation des repas. En outre, la cuisine familiale et les produits du terroir que nous proposons participent à notre popularité auprès des artistes qui apprécient l’accueil qui leur est fait.

ÊTRE A L'ECOUTE

Dans les métiers du spectacle vivant, il est souvent difficile de savoir quand la journée va se terminer. Un retard de l’artiste, une performance qui s’éternise et l’on rentre chez soi plus tard que prévu. « Quand cela se produit, nous essayons de rééquilibrer les choses en permettant aux collègues de faire moins d’heures la journée suivante, souligne Luc Sotiras. Je me fais un devoir d’être à l’écoute des problèmes que peuvent me faire remonter mes collaborateurs et de voir comment régler la situation. » Par exemple, le Train Théâtre fournit à ses équipes des bouchons d’oreilles moulés. En effet, dans une salle de concert, la norme permet de monter jusqu’à 105 décibels pour le public. Or les salariés sont, eux, soumis à la limite d’exposition professionnelle qui est fixée à 85 dB(A). Ces équipements de protection individuelle sont donc indispensables pour travailler dans l’environnement sonore qui résulte des représentations de musique live.

Propos recueillis par Damien Larroque

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