DOSSIER

L’entreprise Premys, filiale de Colas IDFN, est spécialisée dans la déconstruction. Sur son site alsacien, elle recycle des matériaux en provenance de chantiers, activité fortement génératrice de poussières. Pour protéger les salariés, de nouveaux postes de triage manuels bénéficiant d’une ventilation adaptée ont été mis en place.

Le poste de tri a été installé dans un local fermé, doté d'une ventilation descendante. Des bouches d'aération ont été positionnées horizontalement, au niveau du convoyeur.

Le poste de tri a été installé dans un local fermé, doté d'une ventilation descendante. Des bouches d'aération ont été positionnées horizontalement, au niveau du convoyeur.

Pour atteindre le site de recyclage de l’entreprise Premys situé à Wittelsheim, près de Mulhouse, il faut serpenter entre des dunes qui rappellent des paysages bien éloignés de ceux de la plaine d’Alsace. À y regarder de plus près, les monticules de ce Sahara à échelle réduite présentent des variations de teintes et de textures qui dissipent l’illusion… Ce sont bien des camions bennes chargés de déchets de déconstruction issus de chantiers du BTP que nous croisons dans un sens. Et dans l’autre, les camions qui sortent de l’usine transportent des matériaux recyclés, ceux-là même qui composent les collines du site.

Déchargées sur un tapis roulant, les cargaisons sont dans un premier temps triées pour en éliminer le bois, le plastique et le métal. Les matériaux exploitables, à savoir les pierres, le béton, les tuiles, les briques, les enrobés, la terre… sont acheminés jusqu’à un concasseur. « Les débris qui en ressortent passent par une série de tamis et de convoyeurs pour être séparés en fonction de leur taille, explique Jimmy Jeandel, responsable de production du site. Ils sont ensuite vendus tels quels ou reconstitués en mélangeant différentes granulométries, en fonction de leur utilisation finale. On n’utilise pas les mêmes recettes de recyclés pour construire un bâtiment ou réaliser la couche de forme d’une route, par exemple. » En 2018, les six salariés à temps plein du site ont traité 55 000 tonnes de gravats pour produire 46 000 tonnes de matériaux recyclés.

Tout au long du process, de la poussière est émise. À l’arrivée des camions, pendant le déchar­gement, le concassage, le stockage… Si des brumisateurs disposés stratégiquement humidifient sols, déchets et produits finis, limitant la mise en suspension de particules, le tri manuel des gravats expose particulièrement les équipes aux poussières. Ou plutôt exposait. Précédemment, le tri était réalisé à l’embouchure du concasseur. Un environnement très bruyant, soumis aux vibrations de la puissante machine, en hauteur, à l’air libre et sans aucun dispositif pour limiter les émissions de poussières. C’était vraiment difficile de travailler dans ces conditions.

PRÉTRI ET SÉLECTION

© Gaël Kerbaol/INRS « Nous n’acceptons pas les livraisons qui contiennent trop de matériaux indésirables, souligne Francis Roth, chef de poste. Je vérifie donc visuellement, à l’aide d’une caméra située au-dessus de la balance qui pèse les camions à leur arrivée, si la cargaison semble conforme. » Au cas où la proportion de bois, de métal ou de plastique serait plus élevée dans les couches inférieures de la benne, donc invisible à la caméra, un second contrôle au moment de la réception valide l’acceptation du chargement. « Ajoutez à cela le passage de deux à six postes de tri, et vous aurez l’explication du ralentissement de cadence, autre levier de diminution de la pénibilité », explique Gilbert Parmentier, contrôleur de sécurité à la Carsat Alsace-Moselle.

Très récemment, de nouveaux postes ont été installés à l’abri dans une cabane. Ces aménagements changent radicalement la donne du point de vue de l'acoustique, de l’éclairage, des risques de chutes et de la ventilation. « Nous avons signé un contrat de prévention avec la Carsat Alsace-Moselle et suivi ses conseils pour mettre au point un outil de travail sûr, notamment en ce qui concerne l’aspiration des poussières, souligne Aurélien Jeandel, chef de l’agence Premys. Car un dispositif mal conçu peut s’avérer contre-productif. Ainsi, le flux d’air se doit d’être inférieur à 0,4 m/s pour éviter que les particules ne soient remises en suspension. » Afin de conserver l’efficacité du dispositif quelles que soient les caractéristiques de la matière triée, la décision a été prise de laisser le réglage de la puissance du système à la main des opérateurs.

« Il était également primordial que le flux d’air soit descendant, précise Gilbert Parmentier, contrôleur de sécurité à la Carsat. Ainsi, l’arrivée court au plafond sur toute la longueur du local et les six bouches d’aspiration, positionnées horizontalement au niveau du convoyeur, évitent de faire passer les polluants devant le visage des employés. » Pour limiter l’apport de particules depuis l’extérieur, la ponction d’air a été installée sur la face du bâtiment la moins exposée à la poussière générée par les activités alentour. Enfin, la machinerie ne nécessite pas d’entretien fréquent. Les parties dont la maintenance est réalisée mensuellement sont les plus accessibles, à l'inverse de celles qui ne sont revues qu'annuellement et qui, là, nécessitent plus de travail.

Une activité bien mieux acceptée

L’installation de la ventilation a aussi pris en compte le confort des salariés. Muni d’une pompe à chaleur, le circuit souffle le chaud en hiver et le frais en été, maintenant une ambiance thermique agré­able en toute saison. Installée sur l’arrivée d’air, une chaussette diffuse le flux de manière homogène pour que les opérateurs ne soient pas gênés par le souffle. Pour limiter les décibels, les murs ont été recouverts de panneaux acoustiques et la turbine d’extraction a été installée à l’extérieur. Les goulottes d’évacuation des déchets ont pour leur part été recouvertes de longues lamelles de caoutchouc. Outre leur effet sur l’ambiance sonore, celles-ci empê­chent la remontée des poussières relâchées par la chute des indésirables dans les conteneurs situés sous la cabane.

_ À DÉFAUT DE COURANT D’AIR, DE L’EAU

L’installation des postes de tri manuel dans un local fermé a permis à Premys de mettre en place un système de ventilation. À l’air libre, la problématique posée par les poussières se doit d’être abordée différemment. Ainsi, les camions bennes sont arrosés à leur entrée sur le site. Des brumisateurs sont disposés en différents points du trajet de la matière, notamment avant son entrée dans le local de tri. « Avec l’été qui arrive, dans le cadre de notre politique d’amélioration continue de nos actions de prévention, nous avons identifié d’autres endroits du site, au niveau des stocks de recyclés notamment, qui seront équipés eux aussi de dispositifs d’humidification pour encore diminuer les émissions de poussière », ajoute Nicolas Petitdemange, adjoint d’exploitation. Premys a également acquis des masques à ventilation assistée pour les interventions sur les lignes au niveau du concasseur ou des systèmes de tamis notamment.

C’est bien la préservation de la santé de nos salariés qui était visée par les aménagements du poste de tri.

Damien Larroque

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