DOSSIER

Derrière le terme d’auxiliaire médical, sont regroupés des métiers variés et des façons de les exercer également diverses. La question des risques professionnels s'inscrit parmi de nombreuses autres préoccupations, mais demeure rarement prioritaire.

La question de la prévention des risques professionnels dans les formations initiales reste sommaire, à tous niveaux.

La question de la prévention des risques professionnels dans les formations initiales reste sommaire, à tous niveaux.

Ils ne sont pas médecins. Ils ne sont pas non plus dentistes ni pharmaciens ni sages-femmes. Pourtant, ils exercent leurs métiers dans un cadre strictement médical. Ce sont les auxiliaires médicaux… Une appellation qui regroupe une large diversité de métiers et des contextes d’exercice très variés (lire l’encadré ci-dessous). Elle est définie par le Code de la santé publique et correspond à la notion de profession paramédicale. Les auxiliaires médicaux agissent sur prescription médicale afin d’accompagner, de soigner, de préparer, d’appareiller ou de rééduquer les patients. Cela représente plus d’une vingtaine de métiers et un peu plus d’un million de personnes en France. Ces professions sont exercées à plus de 80 % par des femmes. On distingue trois grandes familles de professions paramédicales : les métiers de soins, les métiers de rééducation et les métiers de l’appareillage et de l’assistance médico-technique. Ces métiers sont exercés dans des contextes différents : public, privé ou associatif, libéral (en cabinet ou à domicile).

LES MÉTIERS PARAMÉDICAUX

● Métiers de soins : aide-soignant, infirmier, auxiliaire de puériculture, puéricultrice.
● Métiers de la rééducation : diététicien, ergothérapeute, masseur-kinésithérapeute, orthophoniste, orthoptiste, pédicure-podologue, psychomotricien.
● Métiers de l’appareillage et de l’assistance médico-technique : ambulancier, audioprothésiste, orthoprothésiste, prothésiste dentaire, préparateur en pharmacie, podo-orthésiste, opticien-lunetier, technicien de laboratoire en analyses biomédicales, manipulateur en radiologie.

En matière de risques professionnels, chaque métier a ses spécificités et ses expositions. Le risque biologique se rencontre dans toutes les activités, dans des mesures diverses. À différents niveaux, la majorité de ces professions implique des efforts physiques – liés aux gestes pratiqués ou aux positions de travail - et exige une bonne condition physique. La diversité de conditions d’exercice de ces professions joue donc aussi sur la difficulté à organiser des actions de prévention. « Les risques de chaque métier sont connus, souligne Renée Magis, consultante en prévention des risques professionnels, auparavant ingénieur en sécurité du travail à l’AP-HP. Mais chaque métier s’exerce dans des conditions de travail variables (environnement de travail, agencement des locaux, équipements à disposition…). Des risques peuvent également être engendrés du fait des conditions d’exercice de la profession (collaboration avec des services prescripteurs, internes ou externes…). Enfin, des risques sont liés aux exigences de fonctionnement des établissements (urgences, astreintes…). » D’où une multitude de cas de figure… Sans occulter le fait que les soignants ont également en commun de faire passer leurs patients en premier. « S’il y a des conflits d’impératifs de sécurité entre la santé du personnel et celle des patients, ça penchera toujours en faveur du patient. Les soignants ne pensent jamais à eux en premier », poursuit-elle.
 

Des lacunes en formation initiale

En établissements hospitaliers, les auxiliaires médicaux sont soumis à des contraintes temporelles et organisationnelles (travail de nuit ou le week-end, environnement de travail, tâches fragmentées et parfois réalisées dans l’urgence, possible déficit de communication interprofessionnelle, moyens limités…). Contraintes également d'ordre physique, à l’origine notamment de troubles musculosquelettiques. La mobilisation quotidienne et répétée des patients entraîne de nombreux efforts qui à terme peuvent générer des douleurs et développer des TMS. C’est pourquoi l’accompagnement des agents en situation d’effort est un axe prioritaire dans la prévention. L’aspect psychologique intervient par ailleurs grandement dans les professions paramédicales. Un rôle de psychologue et de soutien incombe souvent à ces métiers de contact, avec les patients ou leur famille. Les charges mentale et émotionnelle induites par l’activité sont fortes.

La question de la prévention des risques professionnels dans les formations initiales reste sommaire. « Pour un certain nombre de ces métiers, les études se font dans des écoles privées, explique Anne Delépine, conseiller médical en santé au travail à l’INRS. Le contenu en matière de prévention des risques lors des études peut être très variable selon les établissements. »

Longtemps, les risques professionnels ont été sous-estimés, voire ignorés. Leur prise en compte est relativement récente. « Depuis la loi du 31 décembre 1991, la quatrième partie du Code du travail “santé et sécurité au travail” s’applique à la fonction publique hospitalière. Et on ne peut que constater les efforts considérables réalisés depuis », explique Renée Magis. Même constat dans le secteur privé. Il est plus difficile dans le secteur libéral de savoir où en est la prévention. « Le souci, c’est que les paramédicaux ne se plaignent pas, souligne Dominique Rouland, vice-président de la Fédération nationale des podologues, il est donc difficile de cibler les problématiques professionnelles. » Car exercées en libéral, les professions paramédicales connaissent d’autres contraintes : volumes horaires importants, gestion administrative lourde (téléphone, comptabilité, stérilisation du matériel…), isolement du praticien face à son patient…

ENQUÊTE PÉNIBILITÉ

L’enquête sur la pénibilité auprès des auxiliaires médicaux réalisée par LH2 pour la Carpimko (Caisse autonome de retraite et de prévoyance des infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes) a porté sur 1500 libéraux: 640 infirmiers, 520 kinésithérapeutes, 140 orthophonistes, 100 orthoptistes et 100 podologues. Répartis sur toute la France, ils étaient en activité libérale depuis au moins cinq ans. Pour 34% d’entre eux, le métier est très difficile physiquement et pour 21% d’entre eux, très difficile psychologiquement.

Selon une étude menée pour la caisse de retraite des auxiliaires médicaux Carpimko auprès de 1 500 praticiens libéraux, les auxiliaires médicaux travaillent en moyenne 51 heures par semaine en libéral. Plus d’une heure par jour est consacrée à la gestion administrative. Le temps passé dans les déplacements peut également être important : 37 % conduisent plus de deux heures par jour. Les horaires, les responsabilités ne sont pas les mêmes qu’en activité salariée. La surcharge de travail est d’ailleurs souvent évoquée par les soignants libéraux. Le manque de temps de récupération par rapport au volume de travail, le besoin de concentration pour exercer les actes, le travail dans l’urgence génèrent un fort stress et de la pression au quotidien. L’exposition aux risques psychosociaux dans ces métiers tend à se développer. Mais malgré ces difficultés et les risques perçus, les auxiliaires médicaux se disent très majoritairement satisfaits de leur métier. Ils l’aiment et l’ont choisi en ayant conscience des contraintes et des risques inhérents à sa pratique.

PRATIQUES DES INFIRMIERS LIBÉRAUX

L’Institut de veille sanitaire a publié en février dernier une étude sur les infirmiers libéraux en Seine-et-Marne en 2012. Celle-ci visait à évaluer leurs pratiques en matière de prévention des risques liés aux soins réalisés à domicile, notamment concernant les accidents d’exposition au sang, la couverture vaccinale, la gestion des déchets d’activité de soins à risques infectieux ou encore les règles d’hygiène associées aux soins à domicile. Un questionnaire a été adressé à 883 personnes par voie postale. 206 réponses ont été recueillies. L’étude a révélé que l’application des précautions standards est insuffisante: couverture vaccinale peu souvent à jour, recommandations relatives à la bonne hygiène des mains insuffisamment suivies. Il a également été mis en lumière un manque de communication hôpital - ville. La transmission d’informations essentielles est souvent insuffisante. Les infirmiers libéraux ne sont presque jamais informés lorsqu’un patient est porteur d’une bactérie multirésistante par exemple.

Céline Ravallec

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