DOSSIER

Afin de limiter les risques d’irritation et d’allergie, aux niveaux respiratoire et cutané, lors de l’usinage des métaux, Streit Mécanique a mis en place un système de ventilation. Une démarche accompagnée par la Carsat Bourgogne-Franche-Comté.

Les trois premières installations d’extraction des brouillards d’huile mises <br/>en place dans l’entreprise apportent toute satisfaction. À terme, le système devrait être généralisé à l’ensemble des postes de travail générateurs de brouillards d’huile. <br/>

Les trois premières installations d’extraction des brouillards d’huile mises
en place dans l’entreprise apportent toute satisfaction. À terme, le système devrait être généralisé à l’ensemble des postes de travail générateurs de brouillards d’huile.

Chaque année, les 900 salariés du groupe Streit, présent à la fois en France, en Serbie et en Slovaquie, produisent plus de 7,5 millions de pièces. Essentiellement des composants mécaniques destinés à l’industrie mondiale. Sur le site franc-comtois du groupe, l’entité Streit Mécanique est spécialisée depuis cinquante ans dans l’usinage et l’assemblage de ces composants mécaniques. Les matériaux usinés par l’entreprise sont des métaux durs, tels que la fonte, l’aluminium et l’acier inoxydable. Leur usinage nécessite des fluides de coupe afin de refroidir et faciliter les
opérations, en réduisant la friction entre l’outil et la pièce usinée.

Il s’agit d’un processus réalisé dans des cabines d’usinage et qui produit de la chaleur. Des aérosols, appelés brouillards d’huile, se forment alors et s’échappent lors de l’ouverture de la porte. Ils contiennent un ensemble de substances additifs, biocides, produits de dégradation thermique, etc. qui peuvent présenter des risques pour la santé des salariés, notamment des affections respiratoires irritatives et allergiques. Des irritations ou des allergies cutanées sont également possibles en cas de contact entre du fluide de coupe et la peau, lors de la manipulation des pièces.

En 2015, le groupe Streit a commencé à réfléchir au regroupement de ses activités de production en France sur un seul site, celui de Streit Mécanique à Pays-de-Clerval, dans le Doubs. Un agrandissement de 3 000 m 2 est prévu au niveau de l’atelier, offrant aux 250 salariés qui y travailleront au quotidien une surface de 10 000 m 2. « Nous avons suggéré à l’entreprise d’intégrer dans son projet une ventilation permettant un captage à la source des brouillards d’huile pour l’ensemble des postes. », explique Patrick Karman, contrôleur de sécurité à la Carsat Bourgogne-Franche-Comté. L’objectif à atteindre : un débit d'aspiration adapté pour chacun des postes concernés avec un rejet d’air filtré à l’extérieur et un apport total d’air neuf. Soit un débit moyen de 23 000 m3/heure.

Un résultat plus que positif

Le respect de ces préconisations exige un apport d’air extérieur important. « Un système classique d’extraction d’air aurait fortement refroidi l’atelier en hiver, où la température extérieure est régulièrement négative ; et cela même avec une aspiration ne se déclenchant qu’à l’ouverture des machines », précise Fabrice Gindre, le directeur du site. L’entreprise a alors commandé une étude à un cabinet spécialisé dans l’énergie.

REPÈRES

Un million de travailleurs en France seraient exposés à des fluides de coupe (deux secteurs principaux : travail des métaux et automobile).

Elle a également pu bénéficier des conseils du service de santé au travail AST25. L’intervention du toxicologue d’AST25 notamment a permis à l’entreprise d’approfondir ses connaissances sur les composants des brouillards d’huile et de vérifier le bon fonctionnement de l’installation. Les pilotes et coordinateurs santé-environnement, Caroline Fallot et Régis Prédine, ont veillé à l’efficacité énergétique et au confort d’utilisation en optimisant les débits et en optant pour un système de récupération de la chaleur.

Au final, l’entreprise a opté pour trois installations identiques et indépendantes, qui couvriront à terme l’ensemble des postes de travail générateurs de brouillards d’huile. La première est entrée en fonction en septembre 2017. Après avoir mesuré l’efficacité lors de la phase hivernale, la deuxième installation a été mise en route à l’été 2018. Un résultat plus que positif constaté par le directeur du site : « Ce système permet d’aspirer les brouillards d’huile, de rendre l’air plus sain et d’assurer le maintien d’une température agréable en hiver dans l’atelier », déclare Fabrice Gindre. Le service de santé au travail est aussi venu vérifier le bon fonctionnement de l’installation. « L’ensemble des salariés semblent apprécier la nouvelle installation », constate Régis Prédine. Grâce au captage à la source, les opérateurs ne ressentent plus ces brouillards chauds et humides lors de l’ouverture de la machine.

La maintenance n’a pas été oubliée lors de la conception de la ventilation car Régis Prédine, ancien responsable de la maintenance, qui a supervisé ce projet, a veillé à l’amélioration de certaines fonctionnalités. « L’en­treprise est allée encore plus loin que nos préconisations, en mettant en place des préséparateurs, sortes de filtres facilitant la maintenance », se réjouit Patrick Karman. Situés dans le système de ventilation, au-dessus des machines, les préséparateurs piègent les copeaux métalliques et empêchent leur migration dans les conduits. Ces séparateurs sont lavables, ce qui permet de limiter les déchets. Le service maintenance peut les démonter aisément car ils sont accessibles en utilisant une nacelle. « Par ailleurs, il y a moins de fluide consommé car celui-ci redescend par gravité dans les machines quand il refroidit. Et cela permet de diminuer le risque d’incendie lié à l’encrassage du réseau par l’huile », souligne le contrôleur de sécurité.

Pour compléter l’installation du dispositif, Streit Mécanique a pensé à la sécurité lors des interventions extérieures. Des passe­relles ont été installées pour accéder aux cheminées. Les opérations de prélèvement d’air pour l’analyse du rejet atmosphérique sont ainsi réalisées en sécurité. 

FABRICE GINDRE, DIRECTEUR DU SITE STREIT MECANIQUE

 « Dans nos métiers, les risques d’allergies respiratoires liées aux brouillards d’huile peuvent exister. Allergies cutanées, irritations, problèmes respiratoires sont des sujets sensibles. Potentiellement, sur 250 salariés, un nouvel embauché comme un salarié travaillant depuis de nombreuses années dans notre entreprise peuvent faire une réaction.
Pour prévenir tout risque, en évitant le contact cutané avec le fluide de coupe, nous mettons en complément à la disposition des salariés des vêtements couvrants, des gants jetables en nitrile(1) et des sous-gants en coton. »

(1)  Les gants en caoutchouc naturel (latex) sont à proscrire à cause de leur mauvaise résistance aux fluides de coupe.

EN SAVOIR PLUS

  • Captage et traitement des aérosols de fluides de coupe. Guide pratique de ventilation n°6, ED 972.
  • Prévention des risques chimiques causés par les fluides de coupe dans les activités d’usinage de métaux. Recommandation R451. Cnam.

VÉRIFIER RÉGULIÈREMENT SON FLUIDE DE COUPE POUR PROTÉGER LA SANTÉ DES SALARIÉS

Dans l’entreprise Streit Mécanique, une centaine de machines utilisent du fluide de coupe de type émulsion huile-eau. La distribution du liquide dans les machines de l’atelier s’effectue de façon automatique via un réseau aérien centralisé. Puis chaque machine fonctionne de manière autonome. L’entreprise réalise des prélèvements de fluide dans chacune d’elles, à une fréquence définie. Le fournisseur pratique lui aussi des analyses, et notamment la concentration en micro-organismes et le pH. Un pH modéré (de l’ordre de 9) limite le caractère irritant du fluide.

Katia Delaval

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