DOSSIER

Le monde des « hypers » n’a pas très bonne réputation, en général, notamment du point de vue des salariés. Pourtant, certaines enseignes, mettent en place des échanges fructueux sur les questions de sécurité. C’est le cas de l’hypermarché Auchan de Dieppe.

Le développement de la polyvalence est encouragé pour lutter notamment contre des risques tels que les troubles musculosquelettiques (TMS), qui guettent les salariés effectuant toujours les mêmes gestes ou contraints aux mêmes postures.
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<br/>© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

Le développement de la polyvalence est encouragé pour lutter notamment contre des risques tels que les troubles musculosquelettiques (TMS), qui guettent les salariés effectuant toujours les mêmes gestes ou contraints aux mêmes postures.

© Grégoire Maisonneuve pour l’INRS

Quand les gens pensent aux hypermarchés, que ce soit chez nous ou ailleurs, les métiers et les emplois ne font pas forcément rêver, commente Carole Lamamy, responsable ressources humaines dans un hyper Auchan de 350 salariés à Dieppe, en Seine-Maritime. « Pourtant, autant que faire se peut, nous nous ingénions à faire mentir les clichés. » Un avis partagé par Éric Labussière, qui cumule les fonctions de responsable d’exploitation technique du magasin et de responsable sécurité. « Je n’ai pas connu une telle qualité de relations au travail dans mes précédents emplois. Au bout de quelques mois, je suis encore surpris par la considération élevée, de la part de la direction et des instances représentatives du personnel, pour le dialogue et l’échange. On peut même parler des conditions de travail sans tabou ! »

Outre le stage d’entrée qui consiste chez Auchan, quel que soit le poste occupé ensuite, à faire travailler le nouvel embauché à l’ensemble des postes du magasin – « ça facilite tellement le dialogue, par la suite, ajoute-t-il. Quand les gens savent que vous connaissez leur poste, ils vous témoignent bien plus que de la politesse : un réel intérêt… » –, Éric a pu apprécier aussi le travail en réseau autour de la prévention : « Les responsables sécurité des 25 magasins de la région se réunissent régulièrement. Cela facilite les synergies, les échanges de bonnes pratiques. Autant de bonnes habitudes qui permettent de mieux répondre, collectivement et individuellement, aux questions qui se posent. »

Même si, aucun magasin ne ressemblant à un autre, certaines réponses aux questions de prévention se doivent de rester spécifiques. Jacques Charlotte, contrôleur de sécurité à la Carsat Normandie, témoigne d’une collaboration de longue date : « Les relations avec l’entreprise sont anciennes. Elles ont démarré en 1986. Cela nous a permis de nous comprendre et de faire passer un grand nombre de messages de sécurité et d’amélioration des conditions de travail. »

INTERVIEW

Jacques Charlotte, contrôleur de sécurité à la Carsat Normandie
« Notre collaboration a commencé en 1986 (à l’époque, le magasin était sous enseigne Mammouth), avec une action de conception pour limiter les risques routiers, lors des opérations de chargement et de déchargement des camions. En 1994-1995, c’est encore une action de conception, avec la construction de la galerie marchande actuelle, qui nous a de nouveau amenés à travailler ensemble. En 2005, la suppression de la distribution gratuite de sacs marquait encore une amélioration des conditions de travail des caissières. Depuis, le Pnac Grande distribution a vu le déploiement de plusieurs actions. Actuellement, deux actions sont en cours : l’essai de gondoles inférieures à 1,80 m de hauteur ; et l’application de la recommandation CnamTS pour prévenir les risques liés aux manutentions manuelles lors de la mise en rayons. »

Une illustration des relations sociales plus respectueuses est donnée par le règlement des horaires de travail : « Un accord d'entreprises sur le temps de travail, ainsi que notre volonté de faire attention aux équilibres entre vie privée et vie professionnelle, permet aux hôtesses de caisse et à un certain nombre d’autres postes, de se positionner de façon volontaire sur les plages horaires », explique Carole Lamamy. Christine, chef du secteur caisses, intervient : « Un outil (actuellement papier), en cours d’informatisation, permet de calculer les besoins et charges de travail. Les salariées expriment leurs souhaits de manière volontaire, six semaines à l’avance. » Les seuls motifs de changements acceptés après ce positionnement sont d’ordre médical. « Nous accordons des temps de repos importants et veillons à ce que nos collaboratrices effectuent des journées de travail les plus continues possibles », reprend la responsable RH.

Polyvalence et formations

Une action qui ne se borne pas aux horaires de travail : « Nos réflexions ont porté aussi sur l’employabilité et les compétences de nos salariés, signale Carole Lamamy. Nous essayons de développer la polyvalence. Aussi bien pour lutter contre la précarisation et l’appauvrissement professionnels, la perte de motivation, que contre des risques tels que les troubles musculosquelettiques (TMS), qui guettent plus encore les salariés affectés toujours aux mêmes postes. » Une équipe dite « transverse », de quinze collaborateurs actuellement, a été constituée. Comprenant des salariés déjà en place, volontaires, et de nouveaux embauchés, cette équipe doit former des personnes polyvalentes, en vue notamment d’absorber les surcroîts de travail. « Les salariés qui y sont affectés expriment une certaine satisfaction, rapporte Éric Labussière. On est passé d’une polyvalence subie à une polyvalence reconnue, les regards ont changé. »

TÉMOIGNAGE

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Nathalie, hôtesse de caisse
« J’ai des problèmes de dos; mon temps de travail est réparti entre les caisses et les rayons. En ce qui concerne les sièges de caisse, nous avons été associées au choix des équipements. Nous avons privilégié un modèle robuste sans roulettes, réglable en hauteur, profondeur et positionnement pour le dossier et l’assise. C’est vraiment plus confortable, on finit les journées moins exténuées qu’avant. Celles qui souffrent de TMS (une épaule ou un bras, coude, poignet…) peuvent choisir, entre les caisses paires et impaires, un poste sollicitant moins le membre touché. »

Au niveau des formations à la sécurité, le magasin s’est doté de formateurs internes : un formateur au sauvetage secourisme du travail (SST) assure les formations et le recyclage de quelque 60 à 70 salariés. « Nos 14 agents de sécurité sont formés SST », se réjouit Carole Lamamy. Pour ce qui est de la prévention des risques liés à l’activité physique (Prap), deux moniteurs en interne dispensent les formations, très appréciées en général et conduisent un certain nombre d’actions Prap : « L’une des dernières en date est l’amélioration du poste de la rôtissoire, indique Éric Labussière. Le meuble initialement prévu était trop haut, en deux parties, l’une au-dessus de l’autre, et risquait d’occasionner des TMS, lombalgies, brûlures… » Après une analyse des risques, il a été décidé de placer les deux parties du meuble au même niveau, à une hauteur médiane. « Quand on voit le meuble en place, c’est juste évident, explique la salariée affectée au poste ce jour. Il suffisait d’y penser ! »

Une action plus ancienne s’est déroulée au rayon boulangerie il y a cinq ans : l’achat d’une machine à emballer les baguettes. « Vraiment utile, pour un rayon qui sort jusqu’à deux mille pains par jour. Et vraiment plus économique pour le corps des salariés », pointe Éric Labussière. Lors des dernières fêtes de fin d’années, le personnel, y compris l’encadrement, qui a donné des coups de mains ponctuels a pu apprécier les améliorations apportées par les nouveaux équipements. Enfin, une formation à la gestion des incivilités a été dispensée l’an dernier : « Cela nous a permis de parler, d’échanger sur ces sujets délicats, susceptibles de mettre les collègues à rude épreuve, et de les préparer à mieux gérer ce type de situations », relate la responsable des ressources humaines.

Antoine Bondéelle

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