DOSSIER

À Vandœuvre-lès-Nancy, en Meurthe-et-Moselle, l’entreprise Predict développe des technologies numériques et digitales pour la surveillance, le diagnostic, le pronostic et la maintenance à distance des installations industrielles. Son président, Jean-Baptiste Léger, évoque les perspectives que présente l’e-surveillance pour l’industrie 4.0.

L’entreprise que vous dirigez développe des solutions visant à prévoir les pannes dans  le secteur industriel. En quoi cela consiste -t-il ?
Jean-Baptiste Léger. Predict est spécialisée dans les technologies numériques de maintenance préventive. Nous concevons des logiciels permettant d’anticiper les pannes et de prévoir la durée de vie résiduelle d’une machine ou d’un équipement. Grâce à des capteurs mis en place sur les installations industrielles, nous pouvons réaliser à distance et en temps réel le bilan de santé d’une installation industrielle, prévoir les pannes ou dysfonctionnements éventuels. L’entreprise est née en 1999 de travaux de recherche et de développement européens menés à l’époque avec l’université de Lorraine dans le domaine de la télésurveillance et du télédiagnostic de centrales hydroélectriques. Nos solutions logicielles, en constante évolution, sont installées, configurées et paramétrées chez nos clients, en adaptant les indicateurs de suivi à leurs besoins. Nous les formons, afin qu’ils soient autonomes dans leur utilisation. Depuis 2010, l’activité de développement s’est renforcée autour de la production manufacturière dans les domaines de l’automobile et de l’aéronautique. Nous avons observé une augmentation de la demande de l’industrie 4.0, qui voit à travers l’e-surveillance des perspectives d’amélioration des performances.

Quelle est la place de la prévention des risques professionnels dans la demande de ces entreprises ? 
J.-B. L. La situation est différente suivant les domaines d’application. Dans l’industrie nucléaire ou la défense navale, par nature, la sécurité prime. Dans le secteur manufacturier, la demande première a trait à la rentabilité et à la compétitivité. Outre les gains de production et la réduction du nombre de pannes. Si les entreprises cherchent d'abord à réduire les coûts de maintenance, elles n’en ignorent pas pour autant les bénéfices en termes d’amélioration de la prévention des risques professionnels. Une panne sur un équipement peut générer des situations à risques. La programmation des interventions de maintenance permet également de ne pas s’inscrire dans l’urgence. Et nombreux sont les industriels ayant vécu des accidents du fait d’interventions mal préparées.

Quelles sont les évolutions ?
J.-B. L.  La réalité augmentée suscite beaucoup d’intérêt. On perçoit bien les bénéfices pour la sécurité des personnes se trouvant à proximité immédiate d’installations industrielles, comme les agents de rondes. Nous travaillons également sur le « digital twin » ou jumeau numérique. Cette technologie, basée sur le principe de réplique numérique, permet de comprendre comment un système dérive et quels sont les moyens de le détecter et de réagir, avant même de vivre la dégradation. Nous travaillons sur ces aspects dans le domaine de la machine-outil et de la fabrication, notamment pour l’industrie automobile et l’aéronautique. Enfin, il y a une dizaine d’années, pour les raffineries de pétrole, nous avons étudié le Fault tolerant contrôl (FTC), à savoir la capacité à détecter un problème de manière précoce et à se mettre en situation pour continuer à produire sans engendrer de risque. Il s’agit d’une solution temporaire, qui n’éradique pas le problème, mais sur laquelle des industries telles que celles de la chimie ou la pétrochimie se penchent aujourd’hui très sérieusement. 

PRÉVENIR LES PANNES : QUELS BÉNÉFICES POUR LA SÉCURITÉ ?

Anticiper les dysfonctionnements ou les pannes permet d’éviter les situations de rupture ou de casse qui ont un impact sur l’état de fonctionnement des équipements et génèrent des risques pour les opérateurs. Mais les bénéfices ne concernent pas que la production. « Les interventions de maintenance corrective, qui consistent souvent à faire le pompier pour remettre rapidement en état une installation, sont les plus accidentogènes, explique Jean-Baptiste Léger. Aujourd’hui, grâce aux technologies numériques, qui donnent accès à des informations sur l’état de santé des installations, les entreprises peuvent faire de la maintenance préventive, avoir un calendrier d’intervention. » Ainsi, les opérations peuvent être réfléchies, programmées et réalisées dans des conditions générant moins de stress.

Propos recueillis par Grégory Brasseur

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