DOSSIER

Les maîtres-nageurs et surveillants de piscines accompagnent les nageurs dans leur pratique des sports aquatiques. Chaque jour, ces professionnels évoluent dans un environnement bien particulier dont le volume sonore, le sol glissant et l’air chargé de trichloramine mettent leur santé en danger. Conscient de cette réalité, le centre aquatique de Bois-Colombes, en Île-de-France, agit pour protéger ses salariés.

Le volume sonore, mais aussi le sol qui peut être glissant ou l’air chargé de trichloramine font partie des risques auxquels sont exposés les personnes travaillant dans les centres aquatiques.

Le volume sonore, mais aussi le sol qui peut être glissant ou l’air chargé de trichloramine font partie des risques auxquels sont exposés les personnes travaillant dans les centres aquatiques.

Le centre aquatique de Bois-Colombes (CABC), dans les Hauts-de-Seine, accueille 250 000 personnes par an. Il propose, en plus de la pratique de la natation, un bassin équipé d’un toboggan, des bains bouillonnants, des jets massants et différentes activités comme l’aquagym ou l’aquabike. On imagine le brouhaha qui peut régner dans ce type d’espace. Pourtant, l’ambiance n’est pas aussi bruyante que ce à quoi on pourrait s’attendre. Même si en ce jour de mars 2018, les bassins ne sont pas aussi fréquentés qu’à la faveur de la période estivale, des enfants chahutent dans le bassin de jeu, des nageurs arpentent les 25 mètres de la piscine sportive et du côté des bassins dédiés aux activités, une trentaine de personnes s’activent au son d’une musique rythmée.

« Nous avons mis en place un limitateur de volume et acquis du matériel de sonorisation permettant d’orienter le son vers les pratiquants d’aquagym, non seulement pour ne pas déranger les clients des autres espaces, mais aussi pour épargner nos oreilles, explique Clément Pierdet, chef de bassin. J’ai travaillé par le passé dans un bâtiment construit pour abriter un bassin précédemment à l’air libre. On se serait cru sur une piste d’aéroport tellement les cris des baigneurs se répercutaient. Ici, ça n’a rien à voir. » En effet, pas besoin d’élever la voix pour se parler.

Il faut dire que l’établissement est plutôt récent. Sorti de terre il y a quinze ans, il est équipé de dispositifs d’atténuation du bruit intégrés dès sa conception. Des plaques phoniques recouvrent plusieurs des murs et le plafond est acoustique. « Nous avons demandé au service de santé au travail d’effectuer des mesures de bruit en 2017, se remémore Philippe Robinet, directeur de l’établissement. Les résultats n’ont pas montré de dépassement des seuils. » Dans le but d’améliorer encore l’ambiance sonore, les perches en aluminium manipulées par les maîtres-nageurs lors des cours de natation sont équipées d’embouts de caoutchouc. Ainsi, les chocs répétés contre le carrelage, qui pouvaient vite devenir désagréables, sont de l’histoire ancienne. En complément, des accroches murales permettent de fixer ce matériel sans risque de les voir basculer et heurter le sol.

Sport de glisse

Mais il n’y a pas que les perches qu’il faut empêcher de tomber. Car le risque de chute est un autre sujet de préoccupation dans un établissement dont le sol mouillé est particulièrement glissant. Un état qui peut empirer lorsque se développe à sa surface un biofilm. « Malheureusement, il n’y a pas de solution miracle. Nous ne pouvons pas nettoyer avec les produits chimiques efficaces, car ils seraient nocifs pour les baigneurs, affirme Philippe Robinet. Nous utilisons donc un jet haute pression tous les 3 ou 4 mois, mais cela ne supprime pas le risque 100 % du temps. »

CENTRES AQUATIQUES, GÉRANCE ET PARTENARIAT

Récréa est l’exploitant commercial du centre aquatique de Bois-Colombes (CABC), en partenariat avec Engie Cofely au sein Nautelyo. Cette entité gère l’établissement en délégation de service public. « Avant, les mairies construisaient une piscine et cherchaient un délégataire ensuite, note Baptiste Abdallah, directeur adjoint du CABC. Depuis un certain nombre d’années, la logique s’est inversée. Le contrat est signé avant le début des travaux et nous pouvons participer à la conception des lieux afin notamment de prendre en compte la santé de nos salariés. »

Et si la politique de prévention est établie au niveau de Nautelyo, la co-entreprise laisse de la latitude aux équipes des établissements pour adapter les axes de prévention qu’elle a définis à leurs spécificités (taille, type d’activité, ancienneté des locaux, équipements existants ou en conception…).

Ainsi, il a fallu se tourner vers une solution imparfaite car incomplète, mais qui diminue néanmoins les risques de glissades pour les salariés qui donnent les cours d’aquagym au bord de la piscine, une pratique particulièrement exposée. Il s’agit de tapis antidérapants. « Ce n’est pas la solution miracle, mais c’est quand même beaucoup plus sécurisant que de faire nos mouvements directement sur le carrelage », commente Clément Pierdet.

Le risque de chute est aussi présent avec les chaises de surveillance. Celles-ci, à la manière de celles occupées par les arbitres de tennis, sont très hautes et lorsque les maîtres-nageurs doivent intervenir rapidement pour porter secours à un baigneur, rater un degré de l’échelle est un risque important. « Nous prévoyons d’acquérir de nouveaux modèles de chaises en 2018. Plus basses, avec une seule large marche, elles nous permettront de gagner en sécurité », note Baptiste Abdallah, directeur adjoint.

Le risque chimique est une autre préoccupation des centres aquatiques. La trichloramine, composé à l’origine de l’odeur caractéristique des halls de piscine, résulte de la réaction entre le chlore ajouté à l’eau et les matières organiques apportées par les baigneurs, telles que la sueur, les cheveux, la salive, l’urine ou les peaux mortes… Ainsi, le rappel aux clients des règles d’hygiène simples comme prendre une douche savonnée et faire passer les enfants aux toilettes avant de rejoindre les bassins, le port obligatoire du bonnet, ou l’interdiction des shorts de bain est un premier levier indispensable qu’il faut actionner. Une nouvelle signalétique, plus visible et disposée de manière stratégique va d’ailleurs être déployée.

« En outre, nous militons auprès de la commune qui définit les différents tarifs d’entrées, pour la suppression des cartes qui sont débitées en fonction du temps passé dans l’établissement, souligne Philippe Robinet. En effet, les clients optant pour cette formule ont tendance à vouloir optimiser leurs dépenses en ne passant pas par la case douche. » Si informer les usagers permet de diminuer le problème, les composés organiques ne peuvent cependant tout simplement pas être totalement supprimés.

Agiter c’est gagner

Aussi, pour surveiller la qualité de l’eau, un suivi est réalisé en continu. Des chambres d’analyses pourvues de capteurs équipent les goulottes d’évacuation des différents bassins, et envoient les données recueillies dans le système de pilotage informatisé du circuit. En complément, le centre aquatique compte dans ses effectifs des techniciens qui prélèvent des échantillons deux fois par jour, matin et après-midi, pour mener des analyses de vérification. Ces tests, prévus par la réglementation, permettent, tout comme ceux effectués automatiquement, de contrôler le pH de l’eau, le taux de chlore et la concentration en chloramines (les valeurs autorisées doivent être inférieures à 0,6 mg/l). Sur la base des résultats obtenus, le pH est régulé par ajout d’acide ou de base.

AGIR POUR SE PROTÉGER DE LA TRICHLORAMINE

À l’origine d’irritations oculaires, cutanées et respiratoires, de rhinites et d’asthmes, la trichloramine est générée par la réaction entre des matières organiques (cheveux, sueur, salive, urine, etc.) et le chlore utilisé pour la désinfection de l’eau. L’INRS a développé des solutions pour prévenir l’exposition des salariés à ce composé. Dans un premier temps, Aquaprev, logiciel gratuit et disponible en ligne, permet d’estimer la concentration en trichloramine dans l’air en fonction des caractéristiques de l’établissement (taille, fréquentation, activités…). Cet outil aide à la prise de décision concernant les mesures techniques à mettre en place : captage des polluants à la source, ventilation et assainissement de l’air, système de strippage (extraction de gaz dissous dans l’eau) et de dégradation… Le dispositif Prophète, de l’INRS, par exemple, est capable d’extraire et de recycler la trichloramine en la valorisant sous forme d’acides hypochloreux, aux effets bactéricides, qui pourront être réintroduits dans le circuit d’eau de l’établissement.

Pour faire descendre un taux de chloramines trop élevé, le CABC, au-delà de l’injection d’eau neuve dans le circuit, utilise un filtre à charbon actif qui piège une partie du polluant et fait revenir l’eau des goulottes en cascade dans les deux bacs tampons dont le niveau monte ou descend en fonction de la fréquentation des bassins. Ce faisant, elle crée une agitation favorable au passage de la trichloramine de l’eau à l’air. On appelle cette technique le strippage. Libérés sous forme gazeuse, les polluants sont ensuite rejetés à l’extérieur où l’effet de dilution évite toute conséquence sur l’environnement et réduit significativement le risque d’exposition du voisinage. « Néanmoins, il existe une solution technologique pour se débarrasser des chloramines après leur extraction, précise Fabien Gérardin, chercheur à l’INRS. Elle met en jeu un système photocatalytique permettant de valoriser la trichloramine en la transformant en azote et en acide hyperchloreux. Ce dernier possédant une activité bactéricide, il est possible de le réinjecter dans l’eau des pédiluves ou même des bassins. »

Moins sentir la piscine

Le système de ventilation de la piscine participe également au maintien dans le hall d’une ambiance saine. Composé de cinq centrales (trois au sous-sol et deux sur le toit), il est dimensionné de façon à permettre un remplacement de l’air efficace (lire l’encadré ci-dessous). La centrale de la halle bassin a été équipée d’un algorithme qui calcule les apports d’air neuf et les vitesses de soufflage en fonction de différents critères de qualité d’air mesurés en continu. Un dispositif qui, en outre, permet de faire des économies d’énergie.

« L’odeur “de piscine” est plutôt discrète comparée à celle d’autres établissements dans lesquels j’ai officié, note Clément Pierdet. J’étais gêné pendant la journée et cela persistait le soir en rentrant chez moi. Ce n’est pas le cas ici. Et si je sens que mes yeux commencent à picoter ou que ma gorge me gratte, j’appelle les techniciens pour qu’ils prennent des mesures correctives. » S’il existe des dispositifs de déchloramination par UV sur le marché, ce n’est pas le choix qui a été fait par le CABC.

« Et c’est une bonne chose, car aucune étude n’a prouvé réellement l’efficacité de ces systèmes et encore moins leur innocuité, souligne Fabien Gérardin. L’Anses a publié un rapport en ce sens. Il y a même suspicion de formation de produits encore plus toxiques. » Si l’on ajoute à cela les coûts d’installation et d’entretien élevés, le choix de la technique du strippage qui a fait ses preuves semble être la meilleure option pour les piscines.

La recette appliquée par le CABC apparaît la plus efficace. En basant son action sur la sensibilisation à l’hygiène du public, une ventilation bien dimensionnée et le suivi continu de la chimie de l’eau tout en s’appuyant sur un système de strippage, l’établissement limite l’exposition de ses équipes aux chloramines.

DE L’IMPORTANCE DE LA VENTILATION

Le règlement sanitaire départemental type (document de référence pour les autorités locales en matière d’hygiène) ne prend pas en compte la pollution générée par les produits chlorés. Il considère les établissements aquatiques comme des « locaux à pollution non spécifique », estimant le facteur humain seul responsable de la pollution. Cependant, en raison de la toxicité avérée de la trichloramine, l’Anses recommande de classer les piscines collectives dans la catégorie « locaux à pollution spécifique » et, en conséquence, d’imposer un débit d’air neuf minimal de 60 m3/h par occupant conformément au Code du travail. En effet, un renouvellement d’air insuffisant est souvent responsable d’une accumulation de la trichloramine dans l’air du hall de l’établissement (la valeur limite d’exposition est de 0,3 mg/m3). Ainsi, si la capacité de la centrale d’air de la piscine le permet, une augmentationdu débit d’air est une solution pour contribuer à maîtriser l’exposition des personnels à ce composé.

Aujourd’hui, l’Aase est totalement autonome en ce qui concerne la formation de ses équipes, ce qui n’aurait pas été possible sans le soutien méthodologique et financier que propose le programme « Aidants, aidés ». « Grâce à la Carsat et aux acteurs locaux, notamment la Conférence des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie, dont la caisse fait également partie, nous avons pu recruter Hélène Sacher ainsi qu’une autre formatrice, précise Sandrine Lavoix, directrice de l’association. Une aubaine pour permettre à une structure comme la nôtre de progresser en matière de prévention et de faire diminuer accidents du travail et épuisement professionnel. »

Afin d’être elle aussi autonome en termes de formation de ses salariés à la prévention, l’Assad se dotera, dans le courant de l’année 2018, d’une salle équipée d’aides techniques dans laquelle Isabelle Lambersend et Aline Szkolnik animeront des formations pour les intervenants et les aidants familiaux.

Damien Larroque

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