DOSSIER

Les Hôpitaux de Saint-Maurice se sont engagés dans un projet de lutte contre les troubles musculosquelettiques (TMS). Une personne ressource, mobilisée tant sur l’évaluation des risques liés à l’activité physique que sur l’élaboration d’actions de prévention, s’apprête, en vue du déploiement d’équipements d’aide aux soins de manutention, à former les agents.

Ne pas faire à la place mais laisser faire est un principe profitant aux soignés et aux soignants.

Ne pas faire à la place mais laisser faire est un principe profitant aux soignés et aux soignants.

La priorité, à l’hôpital, c’est toujours le patient. Le rapport que les soignants entretiennent avec leurs propres risques est, du coup, assez particulier. » Viviane Marchal, infirmière de formation, est aujourd’hui conseillère en prévention des risques professionnels, cadre de santé et psychologue du travail aux Hôpitaux de Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne. « Prendre soin de soi ne devrait pas s’inscrire en opposition avec l’idée de s’occuper des autres. Beaucoup de professionnels s’en rendent compte trop tard, indique-t-elle. Sur l’établissement, les troubles musculosquelettiques (TMS) représentent une problématique majeure, notamment pour les services de soins de suite et réadaptation, de traitement de l’insuffisance rénale et de psychiatrie. Un tiers des accidents du travail sont dus aux manutentions manuelles, qui constituent la première cause d’absences. »

Historiquement, des actions ont déjà eu lieu. Elles reposent, pour la plupart, sur des volontés individuelles… qui parfois s'usent. Pour autant, un programme structuré, porté par des relais internes, devait se mettre en place. « Il fallait observer l’existant, discuter avec les agents, écouter leurs besoins, s’interroger sur le matériel dont ils disposent. Est-il approprié, entretenu, opérationnel ? Savent-ils s’en servir ? », explique Marie-Christine Combes, kinésithérapeute et cadre de rééducation. Arrivée dans l’établissement en 2011, elle a, derrière elle, un parcours de rééducateur et formateur sur les questions de TMS.
 

Un projet, un référent, des relais

« En juillet 2012, l’hôpital a répondu à un appel à projet de l’Agence régionale de santé (ARS) sur des contrats locaux d’amélioration des conditions de travail (Clact) », reprend Viviane Marchal. Plusieurs thèmes sont proposés, parmi lesquels les TMS, le risque chimique, la prévention des violences. L’engagement de la direction se fait sur un projet TMS, prévoyant la formation d’un référent. Marie-Christine Combes, chargée de coordonner ce projet, suit donc la formation de la Cramif, associée au dispositif de l’ARS et intitulée « Devenir référent prévention TMS en secteur santé ». « L’idée est de former, parmi les soignants ou cadres d’établissements confrontés à la pratique du soin de manutention, une personne ressource, chargée de l’animation et de la mise en œuvre d’une démarche de prévention des TMS, en lien avec les partenaires internes ou externes, précise David Baudet, contrôleur de sécurité chargé de formation à la Cramif. Le référent est là pour repérer les services et les situations de travail à risques, puis analyser les activités avant de définir avec les équipes les axes de prévention. Des propositions sont ensuite faites à la direction pour la mise en place de solutions. »

13 JOURS POUR DEVENIR RÉFÉRENT

L’inscription à la formation « Devenir référent prévention TMS en secteur santé » destinée aux établissements hospitaliers et médicosociaux d’Ile-de-France, est validée par la Cramif, après examen du dossier de candidature et entretien avec la direction et son candidat. Les établissements ont au préalable participé à une information sur ce dispositif, qui unit depuis 2005 la Cramif et le Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph (GHPSJ). La formation dure 13 jours et se déroule au GHPSJ, où une chambre d’hôpital équipée de matériels d’aide à la manutention y est dédiée. Elle s’adresse aux auxiliaires de vie, aides médico-psychologiques, aides-soignants, brancardiers, infirmiers, manipulateurs en radiologie, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens, cadres de santé. Au programme : la méthodologie et les outils de la démarche de prévention des TMS, la mobilisation des compétences autour d’un projet participatif et enfin la construction du soin de manutention.

Le projet est présenté en CHSCT, dont l’une des membres, une aide-soignante, est intégrée au comité de pilotage. « Lors de la formation à la Cramif, nous sommes revenus sur l’un des objectifs majeurs, qui n’est pas d’apprendre à porter mais à construire le soin sans être obligé de porter le soigné. La réflexion autour de l’autonomie du patient est au cœur de nos métiers », souligne Marie-Christine Combes. « S’il faut s’orienter vers des outils ou des aides techniques, le référent est à même de définir les caractéristiques nécessaires et de conseiller l’employeur sur le choix des équipements », reprend David Baudet. Dans le cadre du projet, les Hôpitaux de Saint-Maurice ont obtenu un financement par l’Agence régionale de santé pour plus de 150 draps de glisse, des timons motorisés (utilisés pour tirer les chariots repas) ou encore des matelas de transfert sur coussin d’air.
 

Harmoniser les connaissances

« Nous allons accompagner le déploiement progressif du matériel », affirme Marie-Christine Combes, chargée, depuis avril 2014, de former les agents par groupes de douze personnes. Elle y consacre un jour par mois. L’occasion d’aborder avec eux leurs attentes, de rappeler des notions d’anatomie, de physiologie et de pathologie, de revoir la question des prises (à mains planes, avec la paume, pour le confort du patient) et, évidemment, de tester les équipements. La suite : assurer un suivi du déploiement, grâce à la mise en place de relais. La direction des ressources humaines a d’ailleurs prévu des sensibilisations de deux heures pour l’encadrement.

« On ne peut rien faire si l’encadrement n’est pas partie prenante. La mise à disposition du matériel doit être suivie d’une harmonisation des connaissances, afin qu’il soit utilisé dans tous les services. Certains continuent à penser qu’il s’agit d’une perte de temps », affirme le Dr Olivia Garcia, médecin du travail, très impliquée dans la diffusion de l’information auprès des salariés de l’hôpital. Au niveau des agents, l’opération rencontre un certain succès. Le planning des formations a été rempli sans difficulté. « Quand on s’est fait mal une fois, on devient plus vigilant », note Nathalie le Guillou, kinésithérapeute de rééducation. Dans son service, les soignants, sensibles à la question, vont facilement porter la bonne parole. « Le choix d’utiliser des outils tels que le lève-malade, le verticalisateur ou le guidon de transfert est lié au niveau d’autonomie du patient », ajoute Aurélie Delvalée, ergothérapeute.

Ne pas faire à la place mais laisser faire : un principe clé, qui profite autant aux soignants qu’aux soignés. « Les patients ont changé. Ils sont plus âgés, plus lourds. Aujourd’hui, l’établissement peut devoir faire face à une pénurie de personnel qui n’existait pas jusque-là. Les agents en arrêt maladie ne sont pas toujours remplacés, indique Olivia Garcia. On sent que beaucoup attendent des solutions. L’aide de l’ARS a permis d’obtenir du matériel neuf et adapté sans conséquence pour le budget des services. Les pôles en ont bénéficié, sans avoir à en faire le choix. » Un coup de pouce qui ne fait pas de mal, dans un milieu où les priorités, en termes de budgets, vont rarement à la prévention des risques professionnels.

Grégory Brasseur

HÔPITAUX DE SAINT-MAURICE

© Vincent Nguyen pour l’INRSLes Hôpitaux de Saint-Maurice ont un statut d’établissement public hospitalier départemental. Nés de la fusion de l’Hôpital national de Saint-Maurice et de l’EPS Esquirol en janvier 2011, ils ont gardé, dans leur organisation, la marque des différentes cultures d’établissement. Ils regroupent des services de soins de suite et réadaptation (adulte et enfant), de psychiatrie (40 structures hospitalières dans les secteurs de Paris et du Val-de-Marne et une douzaine d’unités d’hospitalisation complète), de traitement de l’insuffisance rénale chronique, ainsi qu’une maternité. 2 100 personnels non médicaux et environ 200 médecins y travaillent.

Haut de page