DOSSIER

Le Pr Audrey Petit est rhumatologue et enseignante-chercheuse. Elle exerce au centre de consultations de pathologie professionnelle du CHU d’Angers, centre référent pour les TMS et le maintien dans l’emploi. Elle revient sur l’importance d’un retour rapide au travail pour permettre une prise en charge efficace des patients lombalgiques.

Travail & Sécurité. Le travail est-il mauvais pour notre dos ?
Pr Audrey Petit. Ce n’est pas si simple. Dans un premier temps, en cas de lombalgie, il faut vérifier qu’il ne s’agit pas du symptôme d’une pathologie qu’il faudra traiter rapidement et de manière appropriée. Une tumeur, une fracture, ou une infection, par exemple. Si cette hypothèse est invalidée, on est face alors à une lombalgie commune qui résulte de la combinaison de multiples facteurs. Ceux-ci sont tout autant individuels, tels que l’âge, biomécaniques, comme le port de charge, ou encore psychosociaux, comme le stress (dans la vie professionnelle comme personnelle). Dans la majorité des cas, la lombalgie commune évolue favorablement en moins d’un mois. Cepen­dant, dans 2 % à 7 % des cas, la douleur devient chronique, stade qui laisse les soignants dépourvus et entraîne bien souvent la désinsertion professionnelle des personnes atteintes.

Comment empêcher cette évolution néfaste ?
Pr A. P.
Il est vrai que c’est quelque peu contre-intuitif, mais il est important pour un patient lombalgique de poursuivre une activité physique et de reprendre son activité professionnelle dès que possible. En effet, le retour précoce au travail améliore le pronostic de la lombalgie en évitant de tomber dans un cercle vicieux : moins on bouge, plus les muscles s’atrophient et plus il est difficile de reprendre une activité physique. Il n’est donc pas souhaitable d’attendre la disparition complète des douleurs pour revenir au travail. Si au bout d’un mois d’arrêt, l’état du patient ne semble pas s’améliorer, il est important de le guider tout de même vers un retour en poste.

Mais quand on souffre, il est difficile de se dire que l’on peut se remettre à travailler… 
Pr A. P. C’est à l’ensemble des intervenants de la prise en charge de rassurer le patient et de l’accompagner pour réussir son passage du milieu de soin à celui du travail. Un objectif qui nécessite une coopération sans faille entre professionnels de santé et monde de l’entreprise. Chacun a un rôle à jouer. Le médecin traitant connaît le parcours de soins du patient, le médecin du travail est au fait de la réalité de son poste, le kinésithérapeute sait où il en est de sa rééducation… L’entreprise, par le biais de ses préventeurs et de son service RH, doit aussi être impliquée pour discuter des amé­nagements éventuellement nécessaires et possibles pour le retour au travail, qu’il s’agisse d’un changement de poste, d’une diminution du rythme ou du temps de travail, d’évolutions ergonomiques ou  de toutes autres solutions. En partageant les informations, on s’assure de trouver la bonne formule et le bon timing pour une reprise d’activité adéquate tout en évitant une cacophonie médicale. 

Une cacophonie médicale ?
Pr A. P.
Oui, des informations discordantes voire contradictoires. Prenons un exemple concret. Face à un manutentionnaire lombalgique qui appréhende la reprise du travail le médecin traitant peut avoir tendance à prolonger l’arrêt de travail alors que le médecin du travail pourra lui conseiller de reprendre son activité en demandant son aménagement. Ces avis contraires déboussolent le salarié, le stressent, ce qui retarde le plus souvent son rétablissement. Il est donc primordial que les professionnels adhèrent à cette logique d’une prise en charge coordonnée. C’est dans ce but que l’Assurance maladie a mené une campagne d’information et a créé des postes de conseillers de service qui ont pour mission de faciliter les échanges entre les différents professionnels impliqués. 

LE RÉSEAU « LOMBACTION »

Centralisé au CHU d’Angers, le réseau régional « Lombaction » a pour objectif d’améliorer la prise en charge des personnes lombalgiques chroniques à risque de désinsertion professionnelle. Il propose une consultation pluridisciplinaire (médecin du travail, rhumatologue, psychologue) qui évalue notamment le syndrome de déconditionnement physique, psychique et social. « Pour définir les aménagements de postes permettant aux salariés lombalgiques de revenir au travail, le Cadre vert (NDLR : lire l'encadré page précédente), outil créé par l’INRS, est un modèle utile, explique le Pr Audrey Petit. Plus qu’un cadre strict, ce dispositif amène à se poser les bonnes questions et oriente l’action des préventeurs et de l’entreprise pour un retour au travail réussi et durable. »

Damien Larroque

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