DOSSIER

À l’occasion de récents travaux d’agrandissement, l’hypermarché Auchan de Manosque a repensé son organisation de travail, en mettant les conditions de travail et la prévention des risques professionnels au cœur des projets d’aménagements.

Le laboratoire boucherie, ainsi que le laboratoire pâtisserie et les étals de la poissonnerie sont traversés sur toute leur longueur par des caniveaux à fente qui permettent une meilleure évacuation des eaux de lavage.  Cet aménagement diminue à la fois les risques bactériologiques et les risques de glissade et réduit aussi la pénibilité du nettoyage en limitant les surfaces de raclage.

Le laboratoire boucherie, ainsi que le laboratoire pâtisserie et les étals de la poissonnerie sont traversés sur toute leur longueur par des caniveaux à fente qui permettent une meilleure évacuation des eaux de lavage. Cet aménagement diminue à la fois les risques bactériologiques et les risques de glissade et réduit aussi la pénibilité du nettoyage en limitant les surfaces de raclage.

A l’approche de Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence, la zone commerciale s’étend le long de la route départementale qui vient de Gap. Parmi les bâtisses rectangulaires des enseignes qui font face aux collines arborées, se trouve l’hypermarché Auchan qui a entrepris des travaux d’extension de 2 000 m2 en 2012. Dès la phase de conception du projet en 2011, la direction locale a mis la prévention des risques professionnels au cœur du réaménagement, et particulièrement celle des troubles musculosquelettiques (TMS), dont la réduction dans le secteur de la grande distribution constitue une des actions prioritaires du réseau Assurance maladie-risques professionnels

Le bâtiment n’avait pas été modifié depuis sa construction dans les années 1970, lorsqu’il servait de halle à des commerçants locaux. Il n’était donc pas vraiment adapté à sa nouvelle activité. « Lorsque je suis arrivé à ce poste, il y a huit ans, mon prédécesseur avait déjà instauré des mesures permettant de faire baisser la sinistralité dans l’entreprise. Mon objectif est de maintenir ce cap, et même de l’améliorer », explique François Joly, en charge des services généraux et techniques.

Pour ce faire, il s’est appuyé notamment sur le CHSCT. « Je ne prends presque plus de décisions sans avoir consulté ses membres. Ils en discutent de collaborateur à collaborateur et la décision est mieux acceptée par l’ensemble des salariés. » En outre, les salariés ont été associés tout au long de la réflexion sur l’organisation de leur nouvel espace de travail.

Cibler les TMS

« Pour ma part, j’ai présenté aux dirigeants de l’entreprise les bonnes pratiques dans ce secteur et elles ont toutes été prises en compte. Certaines sont même de leur initiative, se réjouit Jean-Christophe Sollari, contrôleur de sécurité à la Carsat Sud-Est, spécialisé dans la conception des espaces de travail. La Carsat a également apporté son regard sur les plans d’organisation. »

L’intégralité du laboratoire boucherie et l’atelier pâtisserie sont des zones à faible température (6 à 8 °C) qui nécessitent un refroidissement permanent. Conformément aux recommandations de la Carsat, une gaine textile a été installée au plafond pour fournir un flux d’air qui se diffuse uniformément sur toute la longueur. « C’est moins désagréable pour les personnes qui travaillent en dessous, celles-ci ressentent ainsi moins l’air froid. Et cela limite également les risques de TMS, le froid étant un facteur aggravant », souligne le contrôleur de sécurité. Un mois après l’installation de la gaine, un piège à son a néanmoins dû être ajouté car, à l’usage, les salariés se sont plaints du bruit.

IMPLIQUER LE PLUS POSSIBLE LES SALARIÉS

Les salariés concernés par les changements ont participé aux projets d’aménagement. Par exemple, les cinq salariés du laboratoire boucherie, où s’effectue la découpe des viandes, et les neuf de l’atelier boulangerie-pâtisserie ont pu faire des propositions quant à l’organisation de leurs espaces de travail respectifs. « Ce sont eux les utilisateurs, ils savent ce qui leur facilite le travail », estime François Joly. « On a favorisé l’éclairage naturel, mais tout en gardant à l’esprit de ne pas gêner les flux de travail, ce qui aurait dégradé les conditions de travail. Toute la conception du laboratoire boulangerie a été réalisée en groupe. Nos demandes ont été entendues même si des impératifs réglementaires, notamment concernant l’hygiène, ont parfois compliqué leur mise en œuvre », détaille Philippe Faure-Rolland, boulanger et chef pâtissier dans l’hypermarché depuis 1991, également membre du CHSCT.

Toujours pour lutter contre les TMS, à la boulangerie, le chariot utilisé pour enfourner les baguettes est désormais réglable en hauteur et peut s’ajuster au four. Afin de réduire les efforts physiques lors de la montée et la descente du plateau, l’ajout d’un contrepoids plus lourd est actuellement examiné.

Du côté de la poissonnerie, où travaillent six personnes, l’amélioration vient de l’achat d’un canon à glace pour garnir l’étal au quotidien. « Ce qui évite de remplir les étals à la pelle, un geste répétitif, source potentielle de TMS », explique Jean-Christophe Sollari. Ce canon est composé d’un tuyau relié à une réserve de glace située dans une pièce à l’arrière. Les seuls gestes répétitifs qui n’ont pas encore pu être supprimés sont ceux nécessaires pour façonner les étals et pour enlever la glace en fin de journée, une manœuvre qui est encore réalisée à la pelle.

Des rayons plus adaptés aux salariés

Quant au rayon fromage et charcuterie à la coupe, pour limiter les postures sollicitant le dos par exemple, les meubles sont dorénavant moins profonds. Par ailleurs, ils peuvent s’ouvrir côté client, évitant ainsi au salarié de se pencher lors du nettoyage de la paroi interne des vitres du meuble et lors du réapprovisionnement en charcuterie et en fromages. « Une initiative de l’hypermarché », précise Jean-Christophe Sollari. Le remplacement des meubles aux vitres bombées par ces nouveaux modèles est désormais systématique dans tous les magasins de l’enseigne. Enfin, pour éviter que les salariés n’aient les bras trop relevés lorsqu’ils utilisent les trancheurs automatiques, ces derniers sont situés sur des plans de travail plus bas que ceux destinés à la coupe manuelle.

EXERGUE

Les salariés ont été associés à la réflexion tout au long du processus de conception.

C’est de la direction locale d’Auchan qu’émanent les décisions de changer le mobilier des rayons, où 70 salariés travaillent chaque jour à leur réapprovisionnement. La hauteur de tous les rayonnages non muraux a été limitée à 1,80 m. En haut du meuble, une planche à 2 m empêche d’accumuler des stocks au-dessus de cette hauteur. Ces choix rejoignent les préconisations du réseau Assurance maladie-risques professionnels concernant la grande distribution. « C’est aussi plus pratique pour les clients et cela donne une impression d’espace entre les rayons », se réjouit François JolSur les recommandations de la Carsat Sud-Est, le magasin s’est également équipé de chariots à levée progressive. Grâce à une cellule photoélectrique, au fur et à mesure que les chariots se désemplissent, la palette se lève automatiquement au niveau choisi par l’opérateur en fonction de sa taille, et lui évite de se baisser. Au rayon fruits et légumes, la profondeur des stands a été réduite d’un tiers et les barres pour accrocher les prix ont été abaissées à 1,40 m. Des détails qui font la différence pour les salariés… et qui sont également appréciés des clients, qui n’ont plus à se pencher pour se servir dans la dernière rangée de bacs.

DES SOLS ADAPTÉS AUX NORMES DE L’AGROALIMENTAIRE

La Carsat Sud-Est a fourni à l’hypermarché une liste des sols référencés. Auchan a choisi avec les salariés celui qui semblait le plus adapté. Ces sols ont été réalisés dans toutes les zones nécessitant un lavage quotidien, c’est-à-dire la poissonnerie, le rayon à la coupe, la boucherie et la boulangerie-pâtisserie. C’est un carrelage granuleux, anti-dérapant avec des joints étanches, et légèrement incliné vers le système d’évacuation d’eau. « C’est nickel, niveau sécurité. Malgré les granules, il se nettoie relativement facilement. L’inconvénient est que l’eau sèche moins vite au niveau des granules du sol et on le salit si on marche dessus juste après le nettoyage », détaille Philippe Faure-Rolland. Un sol qui n’exclut pas l’usage de chaussures de sécurité adaptées, à semelles antidérapantes. Toutes les bonnes pratiques conciliant les exigences de santé des consommateurs et des salariés dans la conception des locaux agroalimentaires sont disponibles sur www.agrobat.fr (site développé par l’Assurance maladie-risques professionnels).

Enfin, un gros effort a été réalisé pour favoriser le travail à la lumière naturelle : la façade a été entièrement repensée. Ainsi, des vitres de trois mètres de hauteur ont été installées, sur toute la longueur de la ligne de caisses. Pour le bien-être de la cinquantaine d’hôtes et d’hôtesses de caisse employés ici, l’éclairage naturel et la vue sur l’extérieur ont été privilégiés. Un objectif facilité par l’absence de galerie marchande à l’entrée du magasin. Seul regret exprimé par les hôtes et hôtesses de caisse : le soleil vient taper sur les écrans en fin d’après-midi, lorsqu’il passe au-dessus des collines. Le mobilier des caisses est celui choisi par le siège de l’enseigne, avec la Caisse d’assurance maladie, mais son positionnement a été vu avec les salariés de l’établissement.

Pour les bureaux, situés à l’entresol, le choix de favoriser la lumière naturelle et la vue sur l’extérieur a été également adopté. La première ligne de bureaux, où dix personnes travaillent en permanence, bénéficie d’une vue directe sur l’extérieur. Le second rideau de salles (une des salles de pause, le réfectoire, etc.) profite ainsi de la lumière naturelle via les châssis vitrés à mi-hauteur des cloisons, apportant vues et éclairages naturels indirects. Les pièces sans fenêtre ont été réservées aux activités de passage (salle de réunion, salle de connexion Internet et caisse centrale).

« Cela fait plus d’un an et demi que nous avons achevé les travaux, mais nous réalisons toujours des ajustements. Améliorer les conditions de travail de nos 200 salariés permanents est un effort quotidien, très important… en particulier dans la grande distribution qui est un secteur très compétitif et qui exige une bonne productivité. On trouve toujours des solutions », conclut François Joly.

ORGANISER LES ESPACES DE TRAVAIL ET LIMITER LES POSTURES CONTRAIGNANTES

Sur la mezzanine et la toiture, sont situés les locaux techniques des condenseurs de froid et de la climatisation et, depuis l’extension du magasin, des panneaux photovoltaïques qui recouvrent toute la nouvelle surface. Ceux-ci sont positionnés soit à plat, directement sur le toit, soit sur la pente sud des quatre sheds. La pente vitrée exposée au nord permet un apport de lumière naturelle sur les rayons du magasin situés dessous, insuffisant toutefois pour se passer totalement de lumière artificielle. La rénovation a été également l’occasion de remplacer par un escalier droit l’échelle à crinoline qui permettait l’accès aux personnes en charge de la maintenance (salariés de l’hypermarché et entreprises extérieures). Toute la périphérie des toits a aussi été munie de garde-corps, ainsi que le sommet des sheds.

Katia Delaval

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