DOSSIER

À Villejuif, dans le Val-de-Marne, le groupement CAP (Vinci Construction-Spie Batignolles) bâtit un ouvrage de service de la ligne 15 sud du métro. Les terrassiers, qui ont excavé la terre de ce puits de 50 m de profondeur, ont bénéficié de l’installation d’un ascenseur qui a été prolongé au fur et à mesure du creusement. Explications.

Pour faciliter le travail des terrassiers, Vinci Construction s’est rangé à la recommandation de la Cramif : doubler les escaliers d’un ascenseur mis en service à l’avancement.

Pour faciliter le travail des terrassiers, Vinci Construction s’est rangé à la recommandation de la Cramif : doubler les escaliers d’un ascenseur mis en service à l’avancement.

En refermant la porte de l’ascenseur, Jorge Fernandes, maître compagnon chez Vinci Construction prévient : « Il va y avoir une secousse au départ, mais pas d’inquiétude, c’est normal, c’est comme à la fête foraine ! » Le soubresaut nous ébranle et la descente commence. Depuis la cabine d’un mètre carré, nous voyons les parois de béton défiler à travers le grillage et, au-dessus de nos têtes casquées, l’embouchure circulaire laissant apparaître un bout de ciel bleu diminue… Un nouveau choc annonce notre arrivée à destination, 50 m plus bas. Nous sommes au fond du trou.

D’un diamètre de 11,80 m, ce puits creusé sur les terres de la commune de Villejuif, au sud-est de Paris, est un chantier du pharaonique projet du Grand Paris Express. Il abritera l’un des ouvrages de service qui doivent ponctuer, tous les 800 m, le trajet de la ligne 15 sud du métro. Ceux-ci accueillent des systèmes de ventilation pour le renouvellement d’air et serviront d’accès pompiers et d’issues de secours en cas d’incident et de nécessité d’évacuer les rames.

« À vue d’œil, le puits semble circulaire, mais il est en fait composé de 15 faces, signale Fabien Guyon, ingénieur travaux chez Vinci Construction. Chacune de ces parois moulées est épaisse de 82 cm et large de 2,47 m. Elles s’enfoncent à plus de 50 m car, même si le plancher de l’édifice doit être positionné à cette profondeur, il faut s’assurer que ses murs s’appuient sur un sol dur, capable de soutenir l'ensemble. »

Pour construire ce que l’on peut qualifier de véritable tour enterrée, il existe plusieurs techniques. La plus novatrice, qui met en jeu une machine-outil appelée « VSM » (Vertical Shaft Sinking Machine), sorte de tunnelier vertical, a été mise en œuvre sur d’autres chantiers du Grand Paris (lire p. 22-23). Ici, c’est la méthode traditionnelle dite des parois moulées, très bien maîtrisée et moins onéreuse, qui a été retenue.

Un ascenseur plutôt que des escaliers

Dans un premier temps, de petites tranchées parallèles espacées de 82 cm, soit l’épaisseur définie pour les parois, sont creusées pour dessiner la forme de la construction. Du béton y est coulé pour donner naissance à deux murettes-guides qui matérialisent les contours du puits. Entre celles-ci, la terre est ensuite excavée par des bennes mécaniques. Pour maintenir la stabilité de ces profondes tranchées pendant toute la durée du forage, un mélange d’argile et d’eau appelé bentonite est substitué au terrain. Des cages d’armature sont ensuite insérées dans cette boue avant que du béton ne soit injecté et, simultanément, la bentonite pompée.

DÉTECTION DE GAZ

Au fur et à mesure de l’excavation du terrain, des canalisations ont été régulièrement tirées pour apporter tout ce dont avaient besoin les ouvriers : eau, air, ventilation. Une canalisation vide a été également conçue au cas où il serait nécessaire de prendre le relais d’une des trois premières. La ventilation est d’ailleurs primordiale quand on sait que plus on s’enfonce, plus les gaz toxiques issus des moteurs thermiques comme le CO, le CO2 et le NO2 peuvent s’amasser au fond du puits. En complément du renouvellement d’air, un détecteur quatre gaz, CO, CO2, NO2 plus oxygène, est remis aux équipes afin de les alerter en cas de danger. « Le détecteur est donné à un compagnon qui reste au fond tout au long du poste, présente Sébastien Gerber, chargé prévention-environnement chez Vinci Construction. Il est identifié chaque matin pendant le briefing de poste. Mais il doit bien entendu pouvoir remonter. Il confie alors le détecteur à un collègue. »

Une fois que le béton a pris, les terrassiers interviennent. Leur mission : retirer la terre de l’espace délimité par les parois moulées. « Habituellement, seuls sont installés des escaliers qui sont rallongés pour suivre l’avancée des travaux, explique Jorge Fernandes. Quand vous devez faire l’aller et retour plusieurs fois par jour, c’est vraiment éreintant. » C’est pourquoi, pour faciliter le travail des terrassiers, Vinci Construction s’est rangé à la recommandation de la Cramif : doubler les escaliers d’un ascenseur mis en service à l’avancement. Fixé en haut du puits sur la même structure métallique que les volées de marches qui plongent dans la cavité, son mât est allongé régulièrement afin de permettre aux équipes de parvenir sans effort le plus près possible du fond.

Les derniers mètres se font par le biais de l’escalier qui pousse en parallèle. Car en cas de dysfonctionnement de l’ascenseur, il est primordial de pouvoir tout de même accéder au chantier et surtout en sortir. « Il serait impossible de travailler efficacement si le mât devait être prolongé à chaque mètre parcouru. Il faudrait intervenir sur l’ascenseur quotidiennement en arrêtant le reste du chantier, souligne Fabien Guyon. Nous avons donc suivi l’avis de la Cramif en procédant à son rallongement tous les 13,5 m. » Cela correspond à un immeuble de cinq étages, soit la hauteur à partir de laquelle un ascenseur est indispensable selon la recommandation R477 de la Cnam. Logique de partir sur la même référence pour ce genre de construction en profondeur.

La nacelle plutôt que l'échafaudage

« Notre document DTE 266, qui reprend la R477, a été diffusé après l’attribution du lot et le groupement CAP ne l’avait donc pas pris en compte dans son marché, précise Frédéric Hidoin, contrôleur de sécurité à la Cramif. Mais après les réunions d’information, le groupe  a décidé d’appliquer cette méthode. » La démarche a radicalement changé la donne par rapport aux conditions de travail habituelles des terrassiers puisque l’installation d’un ascenseur intervient d’ordinaire après leur passage, au bénéfice des corps de métier qui prennent le relais. La productivité y gagne, elle aussi, car si l’on compare la minute 45 que met l’ascenseur pour faire le trajet aux 10 minutes nécessaires pour gravir les degrés à pied, auxquelles il faut ajouter 10 minutes de récupération pour s’en remettre, il n’y a pas photo.

Actuellement, sont menées au fond du puits des opérations d’étanchéité du rameau, court tunnel qui doit faire la jonction entre l’édifice en construction et les voies à venir. Un engin a été descendu pour leur réalisation. « Nous avons préféré amener une nacelle jusqu’ici plutôt que de monter un échafaudage. Elle permet aux collègues de travailler au plus près des zones qu’ils traitent, sans prendre de positions contraignantes, explique Sébastien Gerber, chargé prévention-environnement chez Vinci Construction. Le rameau étant voûté, atteindre certaines parties depuis un échafaudage est bien plus compliqué. »

Pour supporter la machine élévatrice, un plancher provisoire a été installé à niveau. Une solution plus pratique qu’un remblai qui demande des manutentions supplémentaires. Ce plancher a en outre l’avantage de permettre l’écoulement d’eau et d’éviter aux équipes de patauger dans la boue. « Ce chantier est bien représentatif de la volonté du groupement CAP de prendre en compte nos demandes en matière de prévention et de les déployer sur leurs autres ouvrages du Grand Paris », confirme Frédéric Hidoin. 

UN ESPACE RÉDUIT

À Villejuif, l’une des difficultés du chantier de l’ouvrage de service de la ligne 15 sud du métro réside dans sa surface restreinte. Coincé entre le cimetière et des maisons d’habitation, il a nécessité une organisation particulièrement stricte en matière de livraison des matières premières, puisque les lieux de stockage sont très limités. « Les jours de livraison,
les camions doivent arriver précisément aux horaires définis par nos équipes puisque leurs chargements prennent la place d’éléments qui viennent d’être utilisés, témoigne Fabien Guyon, ingénieur travaux chez Vinci Construction. C’est un peu un jeu de Tétris, dans lequel chaque élément doit pouvoir s’insérer dans la place qui lui est impartie. » En outre, un chemin bétonné a été réalisé entre la base-vie et l’entrée du puits. Sur celui-ci, rien ne doit être entreposé, pour éviter aux ouvriers de chuter.

Damien Larroque

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